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poeme

Le livre errant Jean-Marie Kerwich (extrait)

Publié le par riende9?

     C'est beau une page blanche, c'est comme si on écrivait sur la neige. C'est comme si une invisible écriture était là, comme une jeune fille en robe de nuit blanche. Mais après que les pensées ont marché sur la page, la page devient une rue boueuse bordée de détritus de toutes sortes. La page a perdu sa blancheur, la neige de papier a fondu sous l'encre chaude du poème. J'arrête d'écrire pour laisser un espace de neige, pour vous laisser admirer l'horizon du paysage enneigé du papier.

 

Jean-Marie Kerwich

Ed Mercure de France

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Poème et Haïku violette

Publié le par riende9?

Aux champs du printemps

pour cueillir la violette

m'en était venu

et ne pouvant la quitter

toute la nuit j'y suis resté

 

Yamabe no Akahito

 

 

Dans une flaque de soleil

puis sous un rayon de lune

la violette !

 

 

MAYUZUMI Madoka

Haïkus du temps présent

Présentation, choix et traduction

de Corinne Atlan

 

Ed Philippe Picquier 

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Plage

Publié le par riende9?

Circulaire, le poème t'entoure :

En boucles serrées il vient encercler

Ton corps allongé sur le sable.

 

Comme une autre abeille à la recherche d'autre miel,

Abandonnant les arômes du jardin,

Le poème se met à frôler ta peau.

 

José SARAMAGO Les poèmes possibles ed Jacques Bremond traduction Nicole Siganos

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Avril perpétuel de l'âme

Publié le par riende9?

Salue la lumière

qui t'ouvre les lèvres : ensuite

écarte les rideaux.

 

Dès le seuil invente

un mot toujours neuf,

précaire, ce sera "seuil".

 

Peut-être du givre

ou la frondaison, avance,

aux chemins de répondre.

 

Où que tu ailles, l'humus,

le sable, prends modèle

sur les ondes, allège-toi.

 

Ne sois que souffles

et vois : une glycine

a débordé le mur.

 

Ne coupe aucune fleur,

tu t'élargis

dans l'air des cimes.

 

Oublie tous les noms

sauf ceux du jardin,

à la fois ceux des plages.

 

Pleines mains sur ce tronc,

écoute, équitable,

le silence, la sève.

 

Rien ne reste invisible,

dis à présent

le parfum des lilas.

 

Pluie fine, la chair en liesse,

la clairvoyante, réveille

un chant de grive.

 

Les ailes, le coeur,

laisse-les battre,

laisse-les battre ensemble.

 

Si tu t'arrêtes, fais-le

à l'ombre d'un érable,

pense alors aux falaises.

 

Le vent sur les épaules,

n'aie soif ou faim

que d'embruns, de pollen.

 

Au soleil un vanneau,

un galet sous l'écume,

choisis l'un avec l'autre.

 

D'une même voix parle

à la nuit comme à l'aube

uniquement de ce qui va éclore.

 

Et toujours réserve

au creux de tes paumes

une place à l'écho.

 

Rends grâce au poème,

franchis l'horizon,

l'essor s'y régénère.

 

Pierre Dhainaut Rudiments de lumière ed Arfuyen

 

 

 

 

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Publié le par riende9?

Récupérer des figures du rêve

Comme on gagne du terrain sur la mer

et fonder sur cette plage minimale

le tremblement d'un petit poème.

 

Puis rendre le rêve au rêve

et fermer le circuit,

car le rêve ne peut pas rester longtemps

hors du rêve.

 

Ainsi, presque sans l'avoir cherché,

il restera parmi les mots du poème

un peu du parfum du fond.

 

Roberto Juarroz dixième poésie verticale traduction François-Michel Durazzo ed Corti 

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Intervalles

Publié le par riende9?

J'écris un poème

pour faire quelque chose

et justifier ma paresse.

Feignant, dit le démon,

tu es à moi, tu es

le plus vicieux des hommes.

 

Monsieur le démon, je n'ai

pas encore pris

de décision irréversible.

Je n'en prendrai jamais

et vous me chercherez

où je ne serai pas.

 

La poésie ce n'est que cela

ne pas exister sinon

savoir être toujours

aussi bien à côté des villes

que très loin des campagnes

 

là où rêvent les cygnes

dont on ne sait à quel moment

ils viennent boire au fleuve

à quel moment ils planent

sur la hauteur des vents.

 

Avec le poème on chemine

entre deux vérités

comme entre deux mensonges,

c'est pareil puisqu'on est

dans l'invisible désert

 

que méconnaissent les gens de bien

tout autant que les gens de mal

le désert qui s'étend

dans l'intervalle des pensées

où règne la bonté du ciel.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

 

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Il faut

Publié le par riende9?

Il faut absolument

écrire un poème.

A partir de quoi ?

A partir de il faut.

 

Il faut de l'herbe et des vaches,

le poème est vrai

comme la verdure et le lait.

Ca veut dire non nécessaire

mais qui est obligé de naître

sans autre dire que sa naissance.

 

On définit la nourriture

et les animaux qui en vivent.

On ne s'est jamais inquiété

de ce qui n'avait d'autre sens

que de venir au jour.

 

C'est pourquoi le poème

est le modèle premier

de ce qui vit sans germe

et sans apprêtement.

 

L'essentielle nullité

de toute préparation.

Pas de source ni d'écoulement.

Une eau pure surgit

de la pure indifférence.

 

Car tout demeure indifférent

dans l'inconscience d'un hasard

limité à sa nécessité.

Un envol idéal

sans ailes ni vent porteur

depuis les profondeurs

d'une raison réduite

à son non-sens originel

où est ramené rappelé

en sa nécessité

tout ce qui veut être vivant.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

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Epreuves du langage II

Publié le par riende9?

Quel alphabet

Prend en compte

Nos clartés comme nos ombres

Quel langage

Raboté par nos riens

Ameute le souffle

Quel désir

Devient cadences

Images     métamorphoses

Quel cri

Se ramifie ailleurs

Quel poème

Fructifie

pour se dire autrement ?

 

Andrée Chédid Rythmes ed Gallimard

 

  

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Jean Mambrino

Publié le par riende9?

Le mot de passe est un recueil composé de textes de deux lignes, ci-dessous quelques uns de ces textes.

 

Un jardin où demeure

l'odeur de la pensée.

 

L'oubli

pour se souvenir.

 

Trouve ce nulle part

en tous lieux.

 

Naître

dans un regard.

 

Un poème dont chaque mot

imite le silence.

 

Le coeur croise sa souffrance

sans la reconnaître.

 

Trois brindilles suffisent à l'araignée

pour tisser sa constellation.

 

Plus lente que l'indolence

l'irruption du poème.

 

Tout partage approfondit

le mystère du désir.

 

Lorsque la solitude

devient le havre de l'amour.

 

En allant vers lui, vers elle,

c'est toi que tu découvres.

 

Tous les chemins divergent

pour aider les rencontres.

 

Un tonnerre

qui parlerait à voix basse.

 

Ne demeure

que ce qui change.

 

Ils se reconnurent

à leurs blessures.

 

Efface pour inscrire

l'invisible.

 

Jean Mambrino Le mot de passe ed José Corti

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Reconnaissances

Publié le par riende9?

Je me suis rencontré.

Nous ne nous sommes

Pas reconnus.

 

               *

 

Aujourd'hui

Ne veut pas

Se blottir dans un poème.

 

Il y a

des jours comme ça.

 

               *

 

Tu manques d'orgueil,

M'a dit le matin.

 

C'est pour ça

Que je ne peux

Me donner à toi.

 

                 *

 

Non. Il n'y a pas

De gouffre devant toi.

 

Tu peux avancer,

Le sol est ferme,

 

Plus que toi

Quand tu te regardes

 

Ne pas oser

Y croire.

 

                          1995

 

Guillevic Relier ed Gallimard       

 

 

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