Poème
La rose se fane
et puis renaît
de sa graine, naturellement
mais où
sinon à l'abri du poème
ira-t-elle
pour que sa splendeur
ne s'altère
William Carlos Williams Asphodèle suivi de tableaux d'après Bruegel ed Points traduction Alain Pailler
La rose se fane
et puis renaît
de sa graine, naturellement
mais où
sinon à l'abri du poème
ira-t-elle
pour que sa splendeur
ne s'altère
William Carlos Williams Asphodèle suivi de tableaux d'après Bruegel ed Points traduction Alain Pailler
Une seule phrase, tissée de musiques,
fait-elle le poème ? Quel nombre est
nécessaire pour qu'apparaisse en lui
la part sauvée du naufrage ? Il
accomplit le jour de la vie, fait la fête
à peu de frais, lui fait fête, fait ce qu'il
dit. Il met en oeuvre les secrets qui
dormaient depuis toujours. Même s'il
se répète, c'est le même. Le poème de
la journée. Cela suffit.
Jean Mambrino N'être pour naître ed José Corti
VIII
Ousqu'est mon registre à poèmes
moi qui voulais...
pas de papier pas de plume
plus de poème
me voici en face de rien
de rien du tout
du néant
ah que je me sens métaphysique
sans feu ni chandelle
pour la poétique
Raymond Queneau L'instant fatal III
J'écrirai un poème
avec un stylo
qui n'aura pas d'encre
un poème transparent
forcément.
Mais un autre poème encore
bien plus beau
car indélébile
dépourvu de toute pensée
réduit au rêve d'un avenir
improbablement.
Sachez attendre je vous prie
comme moi-même j'attends
assuré des mots futurs
inimaginables mais évidents.
Ne me dites pas que je mens.
André Dhôtel Poèmes comme ça ed le temps qu'il fait
D'autres poèmes du même auteur sur le blog.
J'ai décidé de progresser
au lieu de vieillir.
Je n'ai réalisé aucun
de mes rêves de jeunesse
et je suis quand-même heureux.
Est-ce que je dois m'excuser ?
On aurait moins peur
du hasard ou du destin
si on leur donnait leur vrai nom :
trajectoires et rencontres.
C'est quand il est dans une chaussure
ou dans un sandwich que le sable révèle
sa grande capacité de nuisance.
Une chanson, c'est un poème qui a pris l'air.
En ce moment, je suis
dans une mauvaise passe.
Je sens que je devrais me poser des
questions, mais je ne sais pas lesquelles.
Le mocassin, on ne s'en lace pas.
Il parle si bien qu'on n'arrive jamais
à savoir ce qu'il pense.
Insecte shop
Punaise !
Ta taille de guêpe
Est un objet dard,
Mais quand tu piques
Tu fais souvent mouche,
Ma puce...
Rosse ignoble de mes amours
Ma pie, toujours bavarde,
Te voici soudain mouette
Et ta rouge gorge te trahit.
Tu me trompes avec un aigle,
Ca ne fait palombe d'un doute.
Fauve qui peut
Je suis ton lion,
Tu es ma lionne.
Nous sommes félins
pour l'autre...
Grégoire Lacroix Le penseur malgré lui ed Cherche midi
Je sais bien que le poème
veille à la porte de la maison.
Si je ne veux pas sortir
il demeurera néanmoins.
Pas un gardien tout le contraire
dépourvu d'une quelconque mission
planté pour nous préserver
d'oublier le démon qui nous habite
et nous indiquant le chemin
fatal sous l'ombre des nuées
lui-même ombre des ombres
et fraternel compagnon.
André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait
Voici bien longtemps que je n'ai
pas écrit de poème.
En ai-je écrit jamais
poétiques je veux dire ?
Des paroles dans le vent
en espérant que le vent
est poète à ses heures
et nous prêtant sa voix
harmonise nos artifices.
Nos strophes seraient bien des branches
avec mille feuilles que l'air du large
fera parler peut-être un jour
où personne n'écoutera.
Car l'essentiel serait
qu'on n'écoute jamais
et qu'on ne sache pas
qui parle et qui se tait.
Vous comprenez nos phrases vides
agrandissent l'espace
où des souffles se lèvent
avec leurs accents qui vont
par delà l'horizon.
Le secret c'est d'attendre
le retour d'une chanson
dont on a lancé trois syllabes
pour que le ciel nous renvoie
quelque phrase décisive
que cette phrase soit
printanière ou orageuse.
André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait
Vivre ce n'est pas
Se laisser aller,
C'est aller
Sans laisse
*
Veiller
Surtout en dormant
*
Je me suis rencontré
Nous ne nous sommes
Pas reconnus
*
Aujourd'hui
Ne veut pas
Se blottir dans un poème.
Il y a
Des jours comme ça.
Guillevic extraits de poèmes de Relier éditions Gallimard
...
Mais le total de la misère,
La misère au bout de la vieille misère,
C'est quand on dit : tout m'est égal,
Je ne sais plus, je ne veux plus, je ne peux plus.
extrait du poème La misère Poèmes de Guillevic Folio junior