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mambrino

La nuit déchirée

Publié le par riende9?

Tant de lumière en ton esprit se perd en une mer infinie d'étoiles. Sueur de l'obscur. L'océan intérieur détruit ce qu'il fabrique. Comment se détachent et s'inaugurent les sensibles éclairs, qu'étrangement arrache en toi l'identique à la nuit ?

 

Jean Mambrino

Casser les soleils

Ed José Corti  

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Jean Mambrino 50

Publié le par riende9?

Certaines silhouettes portent avec douceur

le temps sur leurs épaules,

comme un sentier la pluie d'automne le soir.

Elles revêtent en silence la douleur

du monde. As-tu vu cette vieille femme

qui tenait une enfant par la main, sa tête petite

levée vers elle ? Leurs regards, en se croisant,

se passent la même aurore. Enfance et vieillesse

orphelines. On ne sait qui enfante l'autre.

 

Ainsi la vie se transmet.

 

Jean Mambrino Comme un souffle de rosée bruissant ed Arfuyen 

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Publié le par riende9?

Tu te replies, à l'ombre

du friselis des peupliers,

le dessin de leurs feuilles

à même les nuages,

le frémir des eaux vives

sur les pierres qui étincellent

d'un souvenir d'étoiles.

Certes, on vous a réunis,

à dessein.

 

Jean Mambrino Comme un souffle de rosée bruissant ed Arfuyen

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Clin d'oeil à Joruri

Publié le par riende9?

Oublie et n'oublie pas

le demi-mot des choses.

 *

Le pollen dans les brises

comme un perpétuel au revoir.

 *

Ouvert et clos

comme le jour entre deux nuits.

 *

Toutes les larmes tombent

dans le ciel.

 *

Ce qu'il aime en toi

c'est ta face cachée.

 *

Si l'énigme

donne sa langue au chat.

 

Jean Mambrino Le mot de passe (extraits) ed José Corti 




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Le sourire

Publié le par riende9?

Une petite tortue qui darde sa tête

peut nous guider vers l'allégresse ou la bonté.

Au-dedans cela s'arrête, et deux pies jacassent

sur un sujet que nous ne connaîtrons jamais ;

cet enfant admire un scarabée : tout l'espace

est décoré par ses pinces. Il faut relire

la grande page étincelante dont des yeux

ouverts sont les enluminures. Un sourire

est à la source du texte cachant la source

où il ne cesse de puiser, en racontant

l'enfant, les pies, le scarabée, avec le fond

des cieux, et la tortue qui claudique et acquiesce.

 

Jean Mambrino La pénombre de l'or ed Arfuyen

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Publié le par riende9?

Les trésors sont partout,

trop nombreux pour les voir.

Vols d'oies sauvages

dont la trace demeure

sur l'automne, le soir ;

bignone et hibiscus

tremblants de n'être plus,

gestes de tendresse,

caresses dissimulées

sur le front en sueur,

ce qui reste entre nous

des regards et des heures,

larmes et beauté

qui traversent les âges

du temps à l'éternité.

 

Jean Mambrino Grâce ed Arfuyen

Photo trouvée par Cédric

 

 

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Jean Mambrino

Publié le par riende9?

Les grands automnes

                 descendent de la montagne

                                                   en silence

           jusqu'aux abeilles qui abandonnent

                        nos dernières roses

                 où la rosée le matin

                         a déjà le parfum de la neige.

 

Jean Mambrino L'oiseau-coeur précédé de Clairière et Sainte lumière ed Stock-Poésie  

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Illustration trouvée par Cédric

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Jean Mambrino

Publié le par riende9?

Le mot de passe est un recueil composé de textes de deux lignes, ci-dessous quelques uns de ces textes.

 

Un jardin où demeure

l'odeur de la pensée.

 

L'oubli

pour se souvenir.

 

Trouve ce nulle part

en tous lieux.

 

Naître

dans un regard.

 

Un poème dont chaque mot

imite le silence.

 

Le coeur croise sa souffrance

sans la reconnaître.

 

Trois brindilles suffisent à l'araignée

pour tisser sa constellation.

 

Plus lente que l'indolence

l'irruption du poème.

 

Tout partage approfondit

le mystère du désir.

 

Lorsque la solitude

devient le havre de l'amour.

 

En allant vers lui, vers elle,

c'est toi que tu découvres.

 

Tous les chemins divergent

pour aider les rencontres.

 

Un tonnerre

qui parlerait à voix basse.

 

Ne demeure

que ce qui change.

 

Ils se reconnurent

à leurs blessures.

 

Efface pour inscrire

l'invisible.

 

Jean Mambrino Le mot de passe ed José Corti

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L'ouïe aveugle

Publié le par riende9?

Si le brouillard est le seul rivage. Si le

pont s'interrompt sur le vide  et  le

vent. D'où vient cette harmonie de

l'air, le signe d'un passage, l'ouvert

soudain du temps, la danse nue des

sons qu'on appelle musique ? Ton

sang s'alentit, tu tends la main où

germe une étoile, et ton origine

communique avec la grâce de la fin.

Même la brume luit. Des mesures ruis-

sellent avec les gouttes de clarines

dont le ciel invisible te sature. Tu ré-

entends l'eau issue des cîmes. Ni trop

tard, ni trop tôt.

 

Jean Mambrino N'être pour naître ed José Corti

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Faire faire

Publié le par riende9?

Une seule phrase, tissée de musiques,

fait-elle le poème ? Quel nombre est

nécessaire pour qu'apparaisse en lui

la  part  sauvée  du  naufrage  ?  Il

accomplit le jour de la vie, fait la fête

à peu de frais, lui fait fête, fait ce qu'il

dit. Il met en oeuvre les secrets qui

dormaient depuis toujours. Même s'il

se répète, c'est le même. Le poème de

la journée. Cela suffit.

 

Jean Mambrino N'être pour naître ed José Corti 

 

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