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Le livre errant Jean-Marie Kerwich (extrait)

Publié le par riende9?

     C'est beau une page blanche, c'est comme si on écrivait sur la neige. C'est comme si une invisible écriture était là, comme une jeune fille en robe de nuit blanche. Mais après que les pensées ont marché sur la page, la page devient une rue boueuse bordée de détritus de toutes sortes. La page a perdu sa blancheur, la neige de papier a fondu sous l'encre chaude du poème. J'arrête d'écrire pour laisser un espace de neige, pour vous laisser admirer l'horizon du paysage enneigé du papier.

 

Jean-Marie Kerwich

Ed Mercure de France

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FEMME / ECRITURE

Publié le par riende9?

Surgie du luxe qu'est le silence

tu veilles à la frontière du domaine des signes

dans l'échancrure de l'encre heureuse

qui t'emporte vers la voie lumineuse

où se meut le mystère.

 

Là / à l'orée de l'instant inaltérable

derrière les tentures du songe

plus rien ne fait écran

à l'avancée vertigineuse de tes graphies

tandis que tes empreintes digitales

brasillent sur fond de meurtrissure.

 

Alors sans cesser de respirer

- matière liquéfiée par l'eau princière de l'esprit -

tu te regardes devenir présage de l'ailleurs

du dedans et du terme :

lieu séminal d'une page

en quête au plus profond de toi

d'autres saignées.

 

Nohad Salameh

Le livre de Lilith

Avec deux lavis de Colette Deblé

Ed L'Atelier du Grand Tétras

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Evadné

Publié le par riende9?

L'été et notre vie étions d'un seul tenant

La campagne mangeait la couleur de ta robe odorante

Avidité et contrainte s'étaient réconciliées

Le château de Maubec s'enfonçait dans l'argile

Bientôt s'effondrerait le roulis de sa lyre

La violence des plantes nous faisait vaciller

Un corbeau rameur sombre déviant de l'escadre

Sur le muet silex de midi écartelé

Accompagnait notre entente aux mouvements tendres

La faucille partout devait se reposer

Notre rareté commençait un règne

(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière

En tournant chaque nuit la page consentie

Veut que chaque part de toi que je retienne

Soit étendue à un pays d'âge affamé et de larmier géant)

 

C'était au début d'adorables années

La terre nous aimait un peu je m'en souviens

 

René Char Seuls demeurent

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Olivier Larronde

Publié le par riende9?

Ton oeil a sa lèvre

Un regard ton nez

L'oreille a du nez

 

Cri de la page

 

Olivier Larronde Oeuvres poétiques complètes Ed Le promeneur

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