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sable

Dits d'un livre de l'or (extrait)

Publié le par riende9?

Qu'est-ce que l'or? dit le jour.


Un sacre qui transmue la nuit.

Qu'esl-ce que l"or? dit la nuit.


Des tournesols sur la mer.

Qu'est-ce que l'or?

dit la mer.


Une douceur d'orange sous le sable.

Qu'est-ce que l'or? dit le sable.


Du lait où purifier le sang.

Qu'est-ce que l'or? dit le sang.


Des dieux en fête dans la neige.

Qu'est-ce que l'or? dit la neige.


Une enfance qui naît de la mort.

Qu'est-ce que l'or? dit la mort.


L'immortalité du mystère.

Qu'est-ce que l'or? dit le mystère.


Rien, sauf l'éclat de ma ténèbre.

Quand l'abîme brûlera ton visage,

là,

juste à l'extrême bord du roc,

— veuille la nuit

(qui les a pistés, longtemps traqués parmi la neige)

détourner les mots.

les écarter assez de toi

pour qu'aucun d'eux n'assèche ton sang,

n'ait le pouvoir de te détruire!

Oui,

sauf ceux (mais où luisent, derrière le soupçon, leur signes?)

qu'imprègne le souffle, que baigne muettement la foudre de ce qui t'habite et te transmue,

— redoute-les!

Prêt à prier,

— expulse la langue qui limite.

Fuis celle qui leurre le guet, ensable l'angoisse fécondante.

Evite celle qui rassure

(fût-ce l'âme, fût-ce la solitude du corps).

Car même l'énigme qu'elle annonce, même le mystère qu'elle salue ne peuplent rien à travers elle...

Les mages le savent : nul vocable (piégé/piégeant) ne sauve du deuil, ne sonde l'outre-mort.

Nul. hors le vrai délire, ne connaît le sens : le secret. (Extrait)

 

Jean-Claude Renard

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Pyramide Guillevic

Publié le par riende9?

Pyramide

 

 

Il me semble que j'imite
Et pourtant je cherche qui.

 

J'ai vu le sable et le vent
Essayer de faire un corps.

 

J'ai vu l'eau se soulever
Mais le plan est fait pour elle.

 

J'ai vu durer les rochers
Plus informes que le ciel.

 

Moi j'ai la stabilité,
J'ai la force dans ma base,

 

La patience dans mes faces
Et l'esprit dans mon sommet.

 

J'ai de coupantes arêtes,
Je suis on ne peut plus nette.

 

Et puis qui n'imite pas,
Qui n'est pas un peu pareil

 

A tout cela qu'il n'est pas,
Qui ne lui ressemble pas ?

 

Nous, figures, nous n'avons
Après tout qu'un vrai mérite,

 

C'est de simplifier le monde
D'être un rêve qu'il se donne.

 

Guillevic ("Euclidiennes"  1967 - Gallimard)

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Plage

Publié le par riende9?

Circulaire, le poème t'entoure :

En boucles serrées il vient encercler

Ton corps allongé sur le sable.

 

Comme une autre abeille à la recherche d'autre miel,

Abandonnant les arômes du jardin,

Le poème se met à frôler ta peau.

 

José SARAMAGO Les poèmes possibles ed Jacques Bremond traduction Nicole Siganos

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