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Le livre errant Jean-Marie Kerwich (extrait)

Publié le par riende9?

     C'est beau une page blanche, c'est comme si on écrivait sur la neige. C'est comme si une invisible écriture était là, comme une jeune fille en robe de nuit blanche. Mais après que les pensées ont marché sur la page, la page devient une rue boueuse bordée de détritus de toutes sortes. La page a perdu sa blancheur, la neige de papier a fondu sous l'encre chaude du poème. J'arrête d'écrire pour laisser un espace de neige, pour vous laisser admirer l'horizon du paysage enneigé du papier.

 

Jean-Marie Kerwich

Ed Mercure de France

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Charles Juliet

Publié le par riende9?

il y a une marge

entre ce que je suis

et celui que je voudrais être

 

il y a une marge

entre la vie que je mène

et la vie à laquelle j'aspire

 

il y a une marge

entre ce que j'écris

et ce que je voudrais écrire

 

j'ai travaillé et je travaille

avec ténacité à réduire

ces marges qui n'en font qu'une

 

Charles Juliet Moisson choix de poèmes ed P.O.L

Illustration trouvée par Constance ici http://adalberto-mecarelli.net/

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Cinq heures

Publié le par riende9?

Ma table de Café,

Comme je la chéris... La coquette,

Toute en marbre poli,

Qu'elle est jolie et qu'elle est fraîche !

 

Avec un siphon vert au milieu,

Et, à côté, les allumettes

Devant mon verre rempli

D'une boisson légère.

 

(J'ai toujours proscrit les liqueurs,

Les trouvant peu décoratives :

Les sirops ont des couleurs

Plus vives et plus brutales.)

 

C'est sur elle que je peux écrire

Mes vers argentés,

Au grand étonnement des garçons

Qui me regardent sans compendre.

 

Sur elle je pose mes bras

Avec détachement,

Cherchant dans l'air les vestiges

De ma vie passée.

 

Ou bien, grillant des cigarettes,

- Car cela fait un an que je fume -

J'imagine et je confectionne

Mes petites intrigues bizarres.

 

(Et si par hasard devant moi

Passe l'éclat d'une jolie femme,

La fumée de ma cigarette

Va l'embrasser, bien entendu...)

 

L'arrivée d'un nouveau client,

C'est un nouvel acteur sur la scène,

Car mon regard ennuyé

Lui prête aussitôt un rôle.

 

Et le rouge de ces lèvres

Qu'au fond j'aperçois, si tristes,

Dans ma pensée persiste

Et ne la quitte plus.

 

Telles sont les futilités

Enfermées dans mon souvenir ;

De ces visions fugitives

Naissent mes plus fortes nostalgies...

 

(Telle histoire en Or, si belle,

Dans ma vie avorta :

Je fus un héros de roman

Inemployé par les auteurs...)

 

Dans les Cafés, j'attends la vie

Qui jamais ne vient à moi :

- Je ne suis pas en peine

Du temps qui passe en courant.

 

Mon but est de passer le temps,

L'idéal qui seul me reste :

Pour moi, il n'est plus belle fête,

Et je ne trouve rien plus beau.

 

- Cafés de ma paresse,

Vous êtes aujourd'hui - quel exploit ! -

Tout mon terrain d'action

Et toute mon ambition.

 

                                                         Paris, septembre 1915

 

Mario de Sa-Carneiro Poésies complètes ed Minos La différence  

 

 

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Pour un art poétique (suite)

Publié le par riende9?

Prenez un mot prenez-en deux

faites-les cuir' comme des oeufs

prenez un petit bout de sens

puis un grand morceau d'innocence

faites chauffer à petit feu

au petit feu de la technique

versez la sauce énigmatique

saupoudrez de quelques étoiles

poivrez et puis mettez les voiles

 

où voulez-vous en venir ?

A écrire

Vraiment ? à écrire ??

 

Raymond Queneau Le chien à la mandoline 

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Le sable et l'écume

Publié le par riende9?

Sagesse n'est plus sagesse lorsqu'elle est trop fière pour pleurer, trop sérieuse pour rire et trop pensive pour parler.

 

La racine est une fleur qui dédaigne la gloire.

 

Nous ne vivons que pour découvrir la beauté. Tout le reste n'est qu'attente.

 

Si tu chantes la beauté, même dans la solitude du désert, tu trouveras une oreille attentive.

 

Si tu éprouves le désir d'écrire, et nul autre que l'Esprit n'en détient le secret, tu dois maîtriser connaissance, art et magie :

la connaissance des mots et leur mélodie,

l'art d'être sans fard,

et la magie d'aimer ceux qui te liront.

 

La moitié de ce que je dis est dénué de sens, mais je le dis afin que l'autre moitié puisse t'atteindre.

 

Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit.

 

Khalil GIBRAN Le sable et l'écume aphorismes ed Albin Michel spiritualités vivantes

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