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Publié depuis Eklablog

Publié le par riende9?

                                           III

 

La route est courte

On arrive bien vite

Aux pierres de couleur

Puis

A la pierre vide

 

On arrive vite

Aux mots égaux

Aux mots sans poids

Puis 

Aux mot sans suite

 

Parler sans avoir rien à dire

On a dépassé l'aube

Et ce n'est pas le jour

Et ce n'est pas la nuit

Rien c'est l'écho d'un pas sans fin

 

 

Paul Eluard

Poésie ininterrompue ed Poésie/Gallimard                                                                                                                                                      

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Sommeil

Publié le par riende9?

La lune tire la nuit

comme un chien son aveugle

 

Je les suis à pas d'ombre

au coeur du buisson noir

 

J'en appelle au silence

qui connaît les secrets

 

Qu'il guide mes pas

dans le couloir des feuilles

par les vallées de l'aube

vers le jour rajeuni

 

Jean-Pierre Siméon A l'aube du buisson ed Cheyne collection poèmes pour grandir 

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Janine Modlinger - Beauté du presque rien - Extraits

Publié le par riende9?

L'éclat lorsqu'il vient, dévoile la vérité de toute chose.

...

L'invisible, comme une prière approchée. Ce sont des sables murmurants, allongés entre ciel et mer. C'est le monde grand ouvert. C'est une phosphorescence humble et pauvre.

...

Seulement cela, peut-être : balbutier.

...

Lieux aimantés, à l'infini.

...

L'invisible miroite. Se voile et se dévoile. Se fait caresse, pastel ailé de brumes roses au matin, sur le blanc des cimes. Mais la matière, paroi de roches dans son évidence abrupte, mais la montagne elle aussi est agenouillée dans le mystère.

...

Je n'ai pas encore parlé de l'oiseau, lui qui chante la venue. Lui qui, d'un trait, nomme le jour.

 

L'oiseau le veilleur.

 

 

Janine Modlinger

Beauté du presque rien

Ed Ad Solem

Poésie

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Elle Brigitte Baumier

Publié le par riende9?

Elle était paniquée, disait-elle. Dedans.

Ce n'était pas le plus beau jour, non,

vraiment pas. Malgré toutes ces fleurs et ces

dentelles. Cette peur tenace. Cette question

insupportable. Mais à qui la poser ?

 

Paysages intermittents

Brigitte Baumié

Editions la Boucherie littéraire

Collection La feuille et le fusil 

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"Ce jour..."

Publié le par riende9?

Ce jour, je suis jetée nue dans la lumière.

 

Attentive, vouée au chant qui ne cesse de fleurir.

 

Janine Modlinger

Beauté du presque rien

Ed Ad Solem

 

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Homéopathie du vide

Publié le par riende9?

Ton sourire sapide

je le prends

et le laisse fondre

sous ma langue

trois fois par jour

 

Thomas Vinau Juste après la pluie Alma Editeur

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La fleur rouge

Publié le par riende9?

 

A la place du ciel

Je mettrai son visage

Les oiseaux ne seront

Même pas étonnés

 

Et le jour se levant

Très haut dans ses prunelles

On dira: "le printemps

Est plus tôt cette année?"

 

Beaux yeux, belle saison

Viviers de lampes claires

Jardins qui reculez

Sans cesse l'horizon

 

On fait déjà les foins

Le long de ses paupières

Les animaux peureux

Viennent à la maison

 

Je n'ai jamais reçu

Tant d'amis à ma table

Il en vient chaque jour

De nouvelles étables

 

L'un apporte sa faim

Un autre la douleur

Nous partageons le peu

Qui reste tous en choeur

 

Qu'un enfant attardé

Passe la porte ouverte

Et devinant la joie

Demande à me parler

 

Pour le mener vers moi

Deux mains se sont offertes

Si bien qu'il a déjà

Plus qu'il ne désirait

 

La chambre est encombrée

De rivières sauvages

Dans le foyer s'envole

Une épaisse forêt

 

Et la route qui tient

En laisse les villages

Traîne sa meute d'or

Jusque sous les volets

 

Tous mes fruits merveilleux

Tintent sur mon épaule

Son sang est sur ma bouche

Une flûte enchantée

 

Je lui donne le nom

De ma première enfance

De la première fleur

Et du premier été

 

René Guy Cadou  Hélène ou le règne végétal (Seghers 1952)

 

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L'oiseau qui s'efface

Publié le par riende9?

Celui-là, c'est dans le jour qu'il apparaît, dans le jour le plus blanc.

Oiseau.

Il bat de l'aile, il s'envole.

Il bat de l'aile, il s'efface.

 

Il bat de l'aile, il réapparaît.

 

Il se pose.

Et puis il n'est plus.

D'un battement il s'est effacé dans l'espace blanc.

 

Tel est mon oiseau familier, l'oiseau qui vient peupler le ciel de ma

petite cour.

Peupler?

On voit comment...

 

Mais je demeure sur place, le contemplant, fasciné par son apparition,

fasciné par sa disparition.

 

Henri Michaux

 

 

 

 

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Van Gogh, le suicidé de la société Antonin ARTAUD

Publié le par riende9?

 

[...] Un fou, Van Gogh ?

 

 

Que celui qui a su un jour regarder une face humaine regarde le portrait de Van Gogh par

 

lui-même, je pense à celui avec un chapeau mou.

 

Peinte par Van Gogh extralucide, cette figure de boucher roux, qui nous inspecte et nous

 

épie, qui nous scrute avec un œil torve aussi.

 

Je ne connais pas un seul psychiatre qui saurait scruter un visage d'homme avec une force

 

aussi écrasante et en disséquer comme au tranchoir l'irréfragable psychologie.

 

L'œil de Van Gogh est d’un grand génie, mais à la façon dont je le vois me disséquer moi-

 

même du fond de la toile où il a surgi, ce n’est plus le génie d’un peintre que je sens en ce moment

 

vivre en lui, mais celui d'un certain philosophe par moi jamais rencontré dans la vie.

 

Non, Socrate n’avait pas cet œil, seul peut-être avant lui le malheureux Nietzsche eut ce

 

regard à déshabiller l’âme, à délivrer le corps et l’âme, à mettre à nu le corps de l'homme, hors des

 

subterfuges de l'esprit.

 

Le regard de Van Gogh est pendu, vissé, il est vitré derrière ses paupières rares, ses

 

sourcils maigres et sans un pli.

 

C’est un regard qui enfonce droit, il transperce dans cette figure taillée à la serpe comme

 

un arbre bien équarri.

 

Mais Van Gogh a saisi le moment où la prunelle va verser dans le vide, où ce regard, parti

 

contre nous comme la bombe d'un météore, prend la couleur atone du vide et de l’inerte qui le

 

remplit.

 

Mieux qu’aucun psychiatre au monde, c’est ainsi que le grand Van Gogh a situé sa

 

maladie.

 

Je perce, je reprends, j'inspecte, j'accroche, je descelle, ma vie morte ne recèle rien, et le

 

néant au surplus n’a jamais fait de mal à personne, ce qui me force à revenir au dedans, c’est

 

cette absence désolante qui passe et me submerge par moments, mais j'y vois clair, très clair,

 

même le néant je sais ce que c'est, et je pourrais dire ce qu'il y a dedans.

 

Et il avait raison, Van Gogh, on peut vivre pour l'infini, ne se satisfaire que d'infini, il y a

 

assez d'infini sur la terre et dans les sphères pour rassasier mille grands génies, et si Van Gogh

 

n'a pas pu combler son désir d’en irradier sa vie entière, c’est que la société le lui a interdit.

 

Carrément et consciemment interdit.

 

Il y a eu un jour les exécuteurs de Van Gogh, comme il y a eu ceux de Gérard de Nerval,

 

de Baudelaire, d'Edgar Poe et de Lautréamont.

 

Ceux qui un jour ont dit :

 

Et maintenant, assez, Van Gogh, à la tombe, nous en avons assez de ton génie, quant à

 

l'infini, c’est pour nous, l'infini.

 

Car ce n'est pas à force de chercher l'infini que Van Gogh est mort, qu’il s’est vu contraint

 

 

 

 

 

d’étouffer de misère et d’asphyxie, c'est à force de se le voir refuser par la tourbe de tous ceux qui,

 

de son vivant même, croyaient détenir l'infini contre

 

lui ;et Van Gogh aurait pu trouver assez d'infini

 

pour vivre pendant toute sa vie si la conscience bestiale de la masse n’avait voulu se l'approprier

 

pour nourrir ses partouses à elle, qui n’ont jamais rien eu à voir avec la peinture ou avec la poésie.

 

De plus, on ne se suicide pas tout seul.

 

Nul n’a jamais été seul pour naître.

 

Nul non plus n’est seul pour mourir.

 

Mais, dans le cas du suicide, il faut une armée de mauvais êtres pour décider le corps au

 

geste contre nature de se priver de sa propre vie.

 

Et je crois qu'il y a toujours quelqu'un d’autre à la minute de la mort extrême pour nous

 

dépouiller de notre propre vie.

 

Ainsi donc, Van Gogh s'est condamné, parce qu'il avait fini de vivre et, comme le laisse

 

entrevoir ses lettres à son frère, parce que, devant

 

la naissance d'un fils de son frère, il se sentait

 

une bouche de trop à nourrir.

 

Mais surtout Van Gogh voulait enfin rejoindre

 

cet infini pour lequel, dit-il, on s’embarque

 

comme dans un train pour une étoile, et on s’embarque le jour où l’on a bien décidé d’en finir avec

 

la vie.

 

Or, dans la mort de Van Gogh, telle qu’elle s’est produite, je ne crois pas que ce soit ce qui

 

s’est produit.

 

Van Gogh a été expédié du monde par son frère, d’abord, en lui annonçant la naissance de

 

son neveu, il a été expédié ensuite par le docteur Gachet, qui, au lieu de lui recommander le repos

 

et la solitude, l’envoyait peindre sur le motif un jour où il sentait bien que Van Gogh aurait mieux

 

fait d'aller se coucher.

 

Car on ne contrecarre pas aussi directement une

 

lucidité et une sensibilité de la trempe de

 

celles de Van Gogh le martyrisé.

 

Il y a des consciences qui, à de certains jours, se tueraient pour une simple contradiction,

 

et il n’est pas besoin pour cela d’être fou, fou repéré et catalogué, il suffit, au contraire, d’être en

 

bonne santé et d’avoir la raison de son côté.

 

Moi, dans un cas pareil, je ne supporterai plus sans commettre un crime de m’entendre dire

 

: "Monsieur Artaud, vous délirez", comme cela m’est si souvent arrivé.

 

Et Van Gogh se l'est entendu dire.

 

Et c’est de quoi s’est tordu à sa gorge ce nœud de sang qui l’a tué. [...]

 

 

Antonin ARTAUD

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Chanson

Publié le par riende9?

 

Mon cheval arrêté sous l'arbre plein de tourterelles, je siffle un sifflement si pur, qu'il n'est promesses à leurs rives que tiennent tous ces fleuves.

Feuilles vivantes au matin sont à l'image de la gloire)...

Et ce n'est point qu'un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d'un vieil arbre,

appuyé du menton à la dernière étoile,

il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.

Mon cheval arrêté sous l'arbre qui roucoule, je siffle un sifflement plus pur...

Et paix à ceux qui vont mourir, qui n'ont point vu ce jour.

Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance.

 

Enfance, mon amour, j'ai bien aimé le soir aussi

c'est l'heure de sortir.

Nos bonnes sont entrées aux corolles des robes...

et collés aux persiennes, sous nos tresses glacées, nous

avons

vu comme lisses, comme nues, elles élèvent à bout de

bras l'anneau mou de la robe.

Nos mères vont descendre, parfumées avec l'herbe -

à-Madame-Lalie... Leurs cous sont beaux. Va devant et

annonce Ma mère et la plus belle ! - J'entends déjà

les toiles empesées

qui traînent par les chambres un doux bruit de tonnerre...

 

Et la Maison! la Maison ?.. on en sort !

Le vieillard même m'envierait une paire de crécelles

et de bruire par les mains comme une liane à pois, la

guilandine ou le mucune. Ceux qui sont vieux dans le pays tirent une chaise sur

la cour, boivent des punchs couleur de pus.

 

Saint John Perse



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