Petit essai de haïku
Chaleur et soleil
Nombreux les chants des cigales
Jardin en retard
Chaleur et soleil
Nombreux les chants des cigales
Jardin en retard
Tour de silence vagabonde
dans les herbages du soleil
Depuis le sourire de l'onde
et la grande clef d'or de l'inconstance
Fontaine d'air où les nuages
un à un s'en vont se briser
Si tu savais que ta main blanche
n'est pas faite pour les éclairs enchaînés
Alors têtes sans yeux qui voguez dans l'espace
la lèvre de feu humectée
vous tomberez laissant vos traces
sur les puits de froid se geler
Les éclairs gerbe toujours mûre
dans tes bras vont se réchauffer
et l'alcool qui enchante ma voix
parle très bas pour toi
pour toi
André de Richaud
Le Droit d'asile
&
Poèmes épars
L'ETHER VAGUE PATRICE THIERRY éditeur
Aux champs du printemps
pour cueillir la violette
m'en était venu
et ne pouvant la quitter
toute la nuit j'y suis resté
Yamabe no Akahito
Dans une flaque de soleil
puis sous un rayon de lune
la violette !
MAYUZUMI Madoka
Haïkus du temps présent
Présentation, choix et traduction
de Corinne Atlan
Ed Philippe Picquier
Chargée
De fruits légers aux lèvres
Parée
De mille fleurs variées
Glorieuse
Dans les bras du soleil
Heureuse
D’un oiseau familier
Ravie
D’une goutte de pluie
Plus belle
Que le ciel du matin
Fidèle
Je parle d’un jardin
Je rêve
Mais j’aime justement.
Paul ÉLUARD, Médieuses, Gallimard. (1895-1952)
On entend le soleil grésiller sur les tuiles,
La cigale éveillée fait crépiter juillet.
Comme dans une église, on sent les parfums d'huile
De l'olive qu'on pile, à l'ancienne, au maillet.
On entend le mistral qui fait chanter les pierres
Du château décati sous le poids des chaleurs.
Sa musique aigrelette humecte les paupières
Des Pâques terminées jusqu'à la Chandeleur.
On entend le printemps qui promène sa houle
Sur la garrigue offerte au ciel toujours azur.
Dans un pin centenaire, un pigeonneau roucoule :
C'est la passé qui donne une force au futur.
On entend l'aube bleue qui, sur la montagnette,
Réveille la lavande et la touffe de thym,
Mais sait-on écouter, lorsque le temps s'arrête,
Ces morceaux de bonheur offerts par le matin.
René Ligavant ed Centre International Des Arts Et Lettres
Jamais nous ne serons assez nus. Pour le soleil comme pour nos yeux.
Jamais. Jamais assez transparents pour la danse.Nous devenons liquides d'avoir tant bu de miel.Nos veines forment des volutes.
Un jour t'en souviens-tu, je me suis habillé de mousse.
Il faudra tout de même revêtir nos corps tout à l'heure pour descendre au village.Mais dans nos yeux le couchant sera visible de tous.
Ils devineront peut-être que le vent nous a traversé.
Joruri
Soleil de nuit
Ricard de onze heures
pastis de minuit
Jean-Marie GOURIO Haïkus de mes comptoirs ed Le Castor Astral
A travers les grands arbres
le ciel a rajeuni
Brouillards dans la vallée
pâleur sur les sommets
L'étoile du berger
allume son fanal
Les nuages en sari
comparent leurs moirures
Le soleil a trouvé
la couleur qu'il cherchait
*
Michel Butor
Sous l'écorce vive
Éditions de Fallois
Allez-vous-en, vous n’êtes pas joués ! Il fait si noir qu’on n’a jamais gravé les cartes. Allez-vous-en, on vous a joués. Le soleil n’a jamais fait partie des livraisons du jour et la terre n’est qu’une ride de vieillesse. Celui qui aime l’atome ne mange que du néant. Celui qui croit prendre un chemin ne prend que son corps par la fatigue.
J’avais pourtant trouvé de la viande dans les statues…et quelque chose de touchable qui s’insérait, ne quittait jamais la main, cette main, ma main.
Mais la main, l’ombre d’un geste, n’avait jamais quitté cette sépulture anticipée, ce grand dortoir des autres, peuplé, peuplé…
D’un grand fauteuil qui n’invite personne…
D’une clef oeuvrée qui n’explique rien,
Trouvée dans la main
D’un pensionnaire de la maison détruite, quelqu’un payé très cher pour rien.
Et dans un coin du sommeil des autres, lui, là-bas, sa peau se déplace. A quoi t’entraînes-tu ? Qui donc te rêve ? Il n’a rien vu, rien entendu ; son corps l’avait porté à la dernière dimension nocturne, jusqu’à l’issue du dernier hasard.
Le dernier hasard…Un grand brouillard en place. En avant, drapeau noir ! Les démons, on vous somme, plus d’hésitation ! L’habitude de la réalité exige une belle autorité.
Moi, je n’aurais jamais dû me prendre les pieds dans cette galaxie !
Chemins, taches rouges des sédums,
lianes des clématites sauvages, chaleur du soleil couchant.
(Noté d'abord cela, pour ne pas oublier l'intensité singulière de ces instants.)
Aussitôt après :
Ces taches rousses sur les rochers - comme on parle de lune rousse -,
comme des morceaux de toison, de la toison du soleil couchant ;
et puis ce lien entre chemin et chaleur, une chaleur émanée du sol ;
et le chemin une sente plutôt qu'un chemin, "la sente étroite du Bout du Monde",
mais justement pas du bout du Monde : d'ici, de tout près, sous les pas. ( Non dans un livre.)
Tendre trace silencieuse laissée par tous ceux qui ont marché là longtemps,
trace des vies et des pensées qui sont passées là, nombreuses,
diverses, traces de bergers et de chasseurs d'abord
- Et il n'y a pas si longtemps encore -,
puis de simples promeneurs, d'enfants, de rêveurs, de botanistes,
d'amoureux peut-être...
le temps humain qui inscrit ses lignes souples dans le sol.
Philippe Jaccottet
Couleur de terre
Ed. Fata Morgana