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paresse

Intervalles

Publié le par riende9?

J'écris un poème

pour faire quelque chose

et justifier ma paresse.

Feignant, dit le démon,

tu es à moi, tu es

le plus vicieux des hommes.

 

Monsieur le démon, je n'ai

pas encore pris

de décision irréversible.

Je n'en prendrai jamais

et vous me chercherez

où je ne serai pas.

 

La poésie ce n'est que cela

ne pas exister sinon

savoir être toujours

aussi bien à côté des villes

que très loin des campagnes

 

là où rêvent les cygnes

dont on ne sait à quel moment

ils viennent boire au fleuve

à quel moment ils planent

sur la hauteur des vents.

 

Avec le poème on chemine

entre deux vérités

comme entre deux mensonges,

c'est pareil puisqu'on est

dans l'invisible désert

 

que méconnaissent les gens de bien

tout autant que les gens de mal

le désert qui s'étend

dans l'intervalle des pensées

où règne la bonté du ciel.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

 

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Jean-Claude Pirotte

Publié le par riende9?

mon adresse est dans la lune

me dit Pierrot en chemin

je ne voyais pas ses mains

promenons-nous dans les prés

 

je te montrerai l'étang

où ma belle étoile est née

on y dormira longtemps

n'écoute pas ceux qui disent

 

que le monde appartient aux

malins qui se lèvent tôt

la paresse est seule exquise

 

Jean-Claude Pirotte Le promenoir magique et autres poèmes ed la table ronde

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Cinq heures

Publié le par riende9?

Ma table de Café,

Comme je la chéris... La coquette,

Toute en marbre poli,

Qu'elle est jolie et qu'elle est fraîche !

 

Avec un siphon vert au milieu,

Et, à côté, les allumettes

Devant mon verre rempli

D'une boisson légère.

 

(J'ai toujours proscrit les liqueurs,

Les trouvant peu décoratives :

Les sirops ont des couleurs

Plus vives et plus brutales.)

 

C'est sur elle que je peux écrire

Mes vers argentés,

Au grand étonnement des garçons

Qui me regardent sans compendre.

 

Sur elle je pose mes bras

Avec détachement,

Cherchant dans l'air les vestiges

De ma vie passée.

 

Ou bien, grillant des cigarettes,

- Car cela fait un an que je fume -

J'imagine et je confectionne

Mes petites intrigues bizarres.

 

(Et si par hasard devant moi

Passe l'éclat d'une jolie femme,

La fumée de ma cigarette

Va l'embrasser, bien entendu...)

 

L'arrivée d'un nouveau client,

C'est un nouvel acteur sur la scène,

Car mon regard ennuyé

Lui prête aussitôt un rôle.

 

Et le rouge de ces lèvres

Qu'au fond j'aperçois, si tristes,

Dans ma pensée persiste

Et ne la quitte plus.

 

Telles sont les futilités

Enfermées dans mon souvenir ;

De ces visions fugitives

Naissent mes plus fortes nostalgies...

 

(Telle histoire en Or, si belle,

Dans ma vie avorta :

Je fus un héros de roman

Inemployé par les auteurs...)

 

Dans les Cafés, j'attends la vie

Qui jamais ne vient à moi :

- Je ne suis pas en peine

Du temps qui passe en courant.

 

Mon but est de passer le temps,

L'idéal qui seul me reste :

Pour moi, il n'est plus belle fête,

Et je ne trouve rien plus beau.

 

- Cafés de ma paresse,

Vous êtes aujourd'hui - quel exploit ! -

Tout mon terrain d'action

Et toute mon ambition.

 

                                                         Paris, septembre 1915

 

Mario de Sa-Carneiro Poésies complètes ed Minos La différence  

 

 

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