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lumiere

La nuit déchirée

Publié le par riende9?

Tant de lumière en ton esprit se perd en une mer infinie d'étoiles. Sueur de l'obscur. L'océan intérieur détruit ce qu'il fabrique. Comment se détachent et s'inaugurent les sensibles éclairs, qu'étrangement arrache en toi l'identique à la nuit ?

 

Jean Mambrino

Casser les soleils

Ed José Corti  

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Nada

Publié le par riende9?

Les girandoles des soleils au fond du vide

dessinent sur mes yeux le rien de la lumière,

chaque regard tirant de rien ce qui m'éclaire

quand sa distance apaise mon néant avide.

 

Je reconnais en moi la voie ouverte au rien,

qui désigne et déplace et dissipe et déguise

la présence innombrable où je viens à ma guise

en suivant sans le voir un néant de chemin.

 

Le rien dont je suis fait m'égare et me rend sûr,

alors que tous ces riens sont ici mes balises,

m'aidant à déchiffrer les chiffres qui reluisent

sur le mirage tendrement offert des murs.

 

Jean Mambrino

Le Chiffre De La Nuit

Ed José Corti

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Jean Mambrino

Publié le par riende9?

3

 

 

la lumière

      espace de l'esprit

libère un cri

        qui passe sur la mer

 

libère l'esprit

        qui se perd

      au fond de son espace

 

libère l'espace

        pour la montée de l'esprit

        dépouillé de sa lumière

 

car l'espace s'est vidé

              en se courbant

        pour recevoir

                  ce qui éclaire

 

et la lumière répand

                  l'oubli

      de sa continuelle origine

 

 

Jean Mambrino

La Ligne De Feu

Ed José Corti 

 

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"Ce jour..."

Publié le par riende9?

Ce jour, je suis jetée nue dans la lumière.

 

Attentive, vouée au chant qui ne cesse de fleurir.

 

Janine Modlinger

Beauté du presque rien

Ed Ad Solem

 

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Philippe Jaccottet

Publié le par riende9?

 

 

Au dernier quart de la nuit

 

 

Hors de la chambre de la belle

rose de braise, de baisers

le fuyard du doigt désignait

Orion, l'Ourse, l'Ombelle

à l'ombre qui l'accompagnait.

 

Puis de nouveau dans la lumière,

par la lumière même usé,

à travers le jour vers la terre

cette course de tourterelles.

 

Philippe Jaccottet



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Pierre Albert-Birot Le silence

Publié le par riende9?

Ni ombre ni lumière
Pas un mot
On tend la main pour cueillir le silence
C’est le silence
Qui prend la main.

 

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Noël blanc Emile Verhaeren

Publié le par riende9?

Doucement, lentement, la neige tombait, la neige de Noël. L’air en était pointillé ; elle floconnait, s’attardait dans un tour de valse au coin des rues où soufflait la bise. Dans la plaine, elle descendait d’aplomb, serrée.  

C’était le 24 décembre, le soir. Les maisons étaient fermées, personne ne sortait plus. De longues lames jaunes perçaient encore les joints des volets ; mais bientôt ces filtrations de lumière tarirent toutes.

La neige fit alors son œuvre, silencieusement. Elle se mit à choir plus drue, plus brillantée, dans un clair de lune molletonné de nuages. Elle abandonna ses laines par poignées, comme si toutes les nuées du ciel eussent perdu leur toison.

Un petit village, blotti dans un trou de terrain, la recevait sur ses épaules. Il s’en couvrait, frileux, avec ses granges, ses étables, ses meules, ses fumiers, ses huttes, ses fours, ses auges, ses écuries. Il se dorlotait ; les demeures avaient l’air de s’emmitoufler, de se pelotonner, de se serrer les unes près des autres,  comme une famille de marmottes blanches.

Des tourbillonnements follets, des soulèvements de poussière givrée, passaient comme une fumée que le vent lutine. Il y eut un instant de furie tempétueuse d’émeute hurlante à travers les mélancolies de la nuit. On eût dit des plaintes de forêt tordue par l’ouragan.

Vers onze heures la neige cessa. Dans l’apaisement nocturne et le ciel dévoilé, les étoiles perlèrent. Un glacis bleu de lune courut sur l’immensité blanche du paysage. Tout angle s’émoussait ! Les maisons faisaient le gros dos et des ombres en ronde bosse moutonnaient dans les rues. Au milieu du village, l’église, avec les deux pentes jumelles de son toit rabattues comme des ailes, semblait abriter une couvée de cygnes dans un site norwégien.

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Maurice Maeterlink extrait de "La vie des abeilles"

Publié le par riende9?

Dont acte:

 

 

"Reprenons donc, où nous l'avions laissée,

l'histoire de notre ruche, pour écarter, autant

que possible, un des plis du rideau de guirlandes

au milieu duquel l'essaim commence à éprouver

cette étrange sueur presque aussi blanche

que la neige et plus légère que le duvet d'une

aile. Car la cire qui naît ne ressemble pas

à celle que nous connaissons tousElle est

immaculée, impondérable, elle paraît vraiment

l'âme du miel, qui est lui-même l'esprit

des fleurs, évoquée dans une incantation immobile,

pour devenir plus tard entre nos mains,

en souvenir, sans doute, de son origine il y

a tant d'azur, de parfums, d'espace cristallisé,

de rayons sublimés, de pureté et de magnificence,

la lumière odorante de nos derniers

autels."

 

Extrait de "la vie des abeilles"

Maurice Maeterlink.

 

 

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Henri Meschonnic

Publié le par riende9?

l’obscur 
travaille ma lumière 
des formes que je ne comprends pas 
me traversent 
et je me mets à lire 
des lettres que je ne comprends pas 
alors je commence 
à voir clair 
 
                                               1er mars 2008


Henri Meschonnic, L’Obscur travaille, Arfuyen, 2011

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L'arbre Rina Lasnier

Publié le par riende9?

J’avais un grand arbre vert
Où nichait mon enfance ailée,
Un arbre grand troué de lumière
Qui remplissait le haut de mon âme.
 
J’avais de douces branches vertes
Où chantait mon enfance triste,
Des branches vertes et sonores
Qui répétaient les chagrins de mon âme.
 
J’avais mille feuilles vertes
Où palpitait l’élan de mon enfance,
Des feuilles lisses et captives
Comme les oiseaux de mon âme.
 
J’avais un grand arbre vert
Où se dénouait la fleur de mon enfance,
Pour quel printemps, pour quelle abeille ?
Pour quelle joie, pour quelle souffrance ?

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