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vie

"Il faut sans cesse purifier, c'est tout." "La Paix de l'esprit"

Publié le par riende9?

Guerriers, vrais guerriers

Nous appelons-nous.

De quelle façon sommes-nous

Des guerriers ?

Car nous combattons

Pour la vertu élevée

Pour le haut dévouement

Pour la sublime sagesse

Voilà pourquoi nous sommes appelés guerriers.

 

Anguttara Nikapa

 

Les fleurs tombent

En toute saison

Mais où va leur parfum ?

 

Anonyme

 

Soir d'automne

Il est un bonheur aussi

Dans la solitude

Busson

 

Apaisant l'esprit

Au coeur de la forêt

L'eau s'égoutte

Hôsha

 

Rien ne dit

Dans le chant de la cigale

Qu'elle est près de sa fin

Bashô

 

Ma vie

Qu'en reste-t-il encore ?

La nuit est brève

 

Shiki

 

 

Ce n'est pas manger de la viande 

Qui rend impur

Mais la colère

L'intempérance, l'égoïsme,

L'hypocrisie, la déloyauté,

L'envie, l'ostentation,

La vanité, l'orgueil

Et l'acte de se complaire

Avec ceux qui commettent l'injustice

 

Amagandha Sutra

 

Au moment d'entreprendre

Quelque grand oeuvre

Trouve un associé

Digne de foi.

Si l'on veut incendier 

Une forêt

L'aide du vent 

Est naturellement nécessaire.

 

Ananda Dhvaja Sri Bhadra 

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Le livre des petits étonnements du sage Tao Li Fu ; Jean-Pierre Siméon

Publié le par riende9?

Tout enfant a sa Cité interdite

où même l'Empereur ne pourrait entrer.

 

Si tu veux voir la vie du bon côté,

ferme un oeil.

 

Seuls les hommes

qui ont un sourire d'enfant

ont assez grandi.

 

Soit comme la brise

qui fait chanter l'arbre en passant.

 

Quand les vents sont contraires,

appuie sur eux ton échelle et grimpe.

 

Le vent décoiffe les cheveux

et le rêve les idées bien peignées.

 

Le Livre des petits étonnements du sage Tao Li Fu

Jean-Pierre Siméon

Cheyne éditeur

Traduction de Meng Ming

Calligraphies de Lei Pingyang 

 

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Le mot

Publié le par riende9?

Je cherche un mot

vaste et chaud comme une chambre

sonore comme une harpe

dansant comme une robe

clair comme un avril

 

un mot que rien n'efface

comme une empreinte dans l'écorce

un mot que le mensonge

ne séduit pas

 

un mot pour tout dire

la mort la vie

la peur le silence et la plainte

l'invisible et le doux

et les miracles de l'été

 

depuis si longtemps je cherche

mais j'ai confiance en vous :

il va naître de vos lèvres

 

 

Jean-Pierre Siméon La nuit respire Cheyne éditeur

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Ito Naga Les Petits Vertiges (extraits)

Publié le par riende9?

Le vent - Au Japon, ce n'est pas " Au commencement était le Verbe" mais "Au commencement était le vent".

Il faut ressentir l'invisible.

 

Sais-tu que le cerveau est l'organe qui consomme le plus d'énergie ? En hiver, tu auras du mal à apprendre de nouveaux katas.

 

Soudain des sons se sont insérés dans les notes. C'était un merle.

 

 Souvent, le masque sur son visage ne lui obéit pas. C'est une source de situations tristes ou ridicules dans sa vie. "Nous sommes des artistes dans un monde de masques. Et des rôles dans ce théâtre qui s'appelle La Vie parmi les gens. Il y a des gens qui ont un grand talent pour porter des masques différents. Il y a des gens qui ont d'autres talents."

  

Atteindre l'illumination - il y a deux façons d'atteindre l'illumination. La première est de ne pas manger, ne pas dormir, ne pas s'amuser. La seconde est de bien manger, bien dormir, bien s'amuser.

 

Manque ... le silence - Les êtres vivants sont incomplets. Prenons les chiens : il ne leur manque que la parole. Prenons les hommes : il ne leur manque que le silence.

 

Exprimer... ses émotions - Elle, pense que son vocabulaire n'est pas suffisamment vaste pour qu'elle puisse exprimer toutes ses émotions.

 

Ito Naga

Les Petits Vertiges

Cheyne Editeur   

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Valérie Rouzeau Va où (extrait)

Publié le par riende9?

Je me remets en ligne au lieu de scriber rien

Partante à mes marques prête

Redémesure ma chance bol et déconfiture

Partie pieds décalés

Je serais une étoile ne serais pas plus rien que mon poids

     de gaieté mon volume de chagrin ne serais pas moins

     loin de vos yeux qu'aujourd'hui

Me revoilà en train de plus belle sur les rails

J'aurai roulé ma vie

Foncé dans ma charrette songé dans mon tonneau

Tracé mes cartes de tendre

Et mon esprit de ciel si j'en ai ira bien jusqu'au bout

     de sa peine jusqu'au bout de sa joie partante à vos

     marques prête

J'aurai beaucoup couri j'aurai beaucoup couru

Me serai entarté le cœur qu'il soit pas nu sentiment

     jamais vu et le reste me regarde

Je suis mon propre clown l'histrion lessivé bozo bozo

     beaux yeux

Je suis ma propre piste mon chemin de traviole mes

     bosses et puis mes creux mon histoire somme toute

     vraie ma déroute à mesure

 

 

Valérie Rouzeau

Va où

Ed Le temps qu'il fait

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IDENTITE

Publié le par riende9?

Epicentre de ta colère

Ton œil fait éclater le mien

Je me vois tel qu'aux yeux du Père

Et cette vue est un levain

 

Qui boursoufle ma vie entière

Crèvent en chœur les vieilles faims

Les peurs les secrets les ulcères

La croûte du visage peint

 

Je suis le rongeur qui me ronge

La vermoulure du mensonge

Me nourrir de ma vérité

 

Mais au fort de ma pourriture

Mon œil en me jugeant m'assure

Un atome d'identité

 

Pierre Emmanuel Œuvres poétiques complètes premier volume

Ed  L'Age d'Homme  

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Journal d'un curé de campagne Georges Bernanos

Publié le par riende9?


Je voudrais tenir un de ces savantasses qui me traitent d’obscurantiste, je lui dirais : «Ce n’est pas ma faute si je porte un costume de croque-mort. Après tout, le Pape s’habille bien en blanc, et les cardinaux en rouge. J’aurais le droit de me promener vêtu comme la Reine de Saba, parce que j’apporte la joie. Je vous la donnerais pour rien si vous me la demandiez. L’Église dispose de la joie, de toute la part de joie réservée à ce triste monde. Ce que vous avez fait contre elle, vous l’avez fait contre la joie. Est-ce que je vous empêche, moi, de calculer la précession des équinoxes ou de désintégrer les atomes ? Mais que vous servirait de fabriquer la vie même si vous avez perdu le sens de la vie ? Vous n’auriez plus qu’à vous faire sauter la cervelle devant vos cornues. Fabriquez de la vie tant que vous voudrez ! L’image que vous donnez de la mort empoisonne peu à peu la pensée des misérables, elle assombrit, elle décolore lentement leurs dernières joies. Ça ira encore tant que votre industrie et vos capitaux vous permettront de faire du monde une foire, avec des mécaniques qui tournent à des vitesses vertigineuses, dans le fracas des cuivres et l’explosion des feux d’artifice. Mais attendez, attendez le premier quart d’heure de silence. Alors, ils l’entendront, la parole – non pas celle qu’ils ont refusée, qui disait tranquillement : « Je suis la Voie, la Vérité, la Vie » – mais celle qui monte de l’abîme : « Je suis la porte à jamais close, la route sans issue, le mensonge et la perdition.»

Journal d'un curé de campagne, Georges Bernanos

 

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Van Gogh, le suicidé de la société Antonin ARTAUD

Publié le par riende9?

 

[...] Un fou, Van Gogh ?

 

 

Que celui qui a su un jour regarder une face humaine regarde le portrait de Van Gogh par

 

lui-même, je pense à celui avec un chapeau mou.

 

Peinte par Van Gogh extralucide, cette figure de boucher roux, qui nous inspecte et nous

 

épie, qui nous scrute avec un œil torve aussi.

 

Je ne connais pas un seul psychiatre qui saurait scruter un visage d'homme avec une force

 

aussi écrasante et en disséquer comme au tranchoir l'irréfragable psychologie.

 

L'œil de Van Gogh est d’un grand génie, mais à la façon dont je le vois me disséquer moi-

 

même du fond de la toile où il a surgi, ce n’est plus le génie d’un peintre que je sens en ce moment

 

vivre en lui, mais celui d'un certain philosophe par moi jamais rencontré dans la vie.

 

Non, Socrate n’avait pas cet œil, seul peut-être avant lui le malheureux Nietzsche eut ce

 

regard à déshabiller l’âme, à délivrer le corps et l’âme, à mettre à nu le corps de l'homme, hors des

 

subterfuges de l'esprit.

 

Le regard de Van Gogh est pendu, vissé, il est vitré derrière ses paupières rares, ses

 

sourcils maigres et sans un pli.

 

C’est un regard qui enfonce droit, il transperce dans cette figure taillée à la serpe comme

 

un arbre bien équarri.

 

Mais Van Gogh a saisi le moment où la prunelle va verser dans le vide, où ce regard, parti

 

contre nous comme la bombe d'un météore, prend la couleur atone du vide et de l’inerte qui le

 

remplit.

 

Mieux qu’aucun psychiatre au monde, c’est ainsi que le grand Van Gogh a situé sa

 

maladie.

 

Je perce, je reprends, j'inspecte, j'accroche, je descelle, ma vie morte ne recèle rien, et le

 

néant au surplus n’a jamais fait de mal à personne, ce qui me force à revenir au dedans, c’est

 

cette absence désolante qui passe et me submerge par moments, mais j'y vois clair, très clair,

 

même le néant je sais ce que c'est, et je pourrais dire ce qu'il y a dedans.

 

Et il avait raison, Van Gogh, on peut vivre pour l'infini, ne se satisfaire que d'infini, il y a

 

assez d'infini sur la terre et dans les sphères pour rassasier mille grands génies, et si Van Gogh

 

n'a pas pu combler son désir d’en irradier sa vie entière, c’est que la société le lui a interdit.

 

Carrément et consciemment interdit.

 

Il y a eu un jour les exécuteurs de Van Gogh, comme il y a eu ceux de Gérard de Nerval,

 

de Baudelaire, d'Edgar Poe et de Lautréamont.

 

Ceux qui un jour ont dit :

 

Et maintenant, assez, Van Gogh, à la tombe, nous en avons assez de ton génie, quant à

 

l'infini, c’est pour nous, l'infini.

 

Car ce n'est pas à force de chercher l'infini que Van Gogh est mort, qu’il s’est vu contraint

 

 

 

 

 

d’étouffer de misère et d’asphyxie, c'est à force de se le voir refuser par la tourbe de tous ceux qui,

 

de son vivant même, croyaient détenir l'infini contre

 

lui ;et Van Gogh aurait pu trouver assez d'infini

 

pour vivre pendant toute sa vie si la conscience bestiale de la masse n’avait voulu se l'approprier

 

pour nourrir ses partouses à elle, qui n’ont jamais rien eu à voir avec la peinture ou avec la poésie.

 

De plus, on ne se suicide pas tout seul.

 

Nul n’a jamais été seul pour naître.

 

Nul non plus n’est seul pour mourir.

 

Mais, dans le cas du suicide, il faut une armée de mauvais êtres pour décider le corps au

 

geste contre nature de se priver de sa propre vie.

 

Et je crois qu'il y a toujours quelqu'un d’autre à la minute de la mort extrême pour nous

 

dépouiller de notre propre vie.

 

Ainsi donc, Van Gogh s'est condamné, parce qu'il avait fini de vivre et, comme le laisse

 

entrevoir ses lettres à son frère, parce que, devant

 

la naissance d'un fils de son frère, il se sentait

 

une bouche de trop à nourrir.

 

Mais surtout Van Gogh voulait enfin rejoindre

 

cet infini pour lequel, dit-il, on s’embarque

 

comme dans un train pour une étoile, et on s’embarque le jour où l’on a bien décidé d’en finir avec

 

la vie.

 

Or, dans la mort de Van Gogh, telle qu’elle s’est produite, je ne crois pas que ce soit ce qui

 

s’est produit.

 

Van Gogh a été expédié du monde par son frère, d’abord, en lui annonçant la naissance de

 

son neveu, il a été expédié ensuite par le docteur Gachet, qui, au lieu de lui recommander le repos

 

et la solitude, l’envoyait peindre sur le motif un jour où il sentait bien que Van Gogh aurait mieux

 

fait d'aller se coucher.

 

Car on ne contrecarre pas aussi directement une

 

lucidité et une sensibilité de la trempe de

 

celles de Van Gogh le martyrisé.

 

Il y a des consciences qui, à de certains jours, se tueraient pour une simple contradiction,

 

et il n’est pas besoin pour cela d’être fou, fou repéré et catalogué, il suffit, au contraire, d’être en

 

bonne santé et d’avoir la raison de son côté.

 

Moi, dans un cas pareil, je ne supporterai plus sans commettre un crime de m’entendre dire

 

: "Monsieur Artaud, vous délirez", comme cela m’est si souvent arrivé.

 

Et Van Gogh se l'est entendu dire.

 

Et c’est de quoi s’est tordu à sa gorge ce nœud de sang qui l’a tué. [...]

 

 

Antonin ARTAUD

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La voix

Publié le par riende9?

Une voix, une voix qui vient de si loin

Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles.

Une voix, comme un tambour, voilée,

Parvient pourtant distinctement jusqu'à nous.

 

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau

Elle ne parle que d'été et de printemps.

Elle remplit le corps de joie,

Elle allume aux lèvres le sourire.

 

Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine

Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,

L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

 

Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ?

Elle dit : "La peine sera de courte durée".

Elle dit : " La belle saison est proche ".

 

Ne l'entendez-vous pas ?

 

Robert Desnos (19900-1945) Contrée

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Maurice Maeterlink extrait de "La vie des abeilles"

Publié le par riende9?

Dont acte:

 

 

"Reprenons donc, où nous l'avions laissée,

l'histoire de notre ruche, pour écarter, autant

que possible, un des plis du rideau de guirlandes

au milieu duquel l'essaim commence à éprouver

cette étrange sueur presque aussi blanche

que la neige et plus légère que le duvet d'une

aile. Car la cire qui naît ne ressemble pas

à celle que nous connaissons tousElle est

immaculée, impondérable, elle paraît vraiment

l'âme du miel, qui est lui-même l'esprit

des fleurs, évoquée dans une incantation immobile,

pour devenir plus tard entre nos mains,

en souvenir, sans doute, de son origine il y

a tant d'azur, de parfums, d'espace cristallisé,

de rayons sublimés, de pureté et de magnificence,

la lumière odorante de nos derniers

autels."

 

Extrait de "la vie des abeilles"

Maurice Maeterlink.

 

 

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