Haïku Bashô
L'année va finir,
l'année va finir...
déjà la fin de l'année
L'année va finir,
l'année va finir...
déjà la fin de l'année
L'arbre dans la forêt tient un discours d'oiseau.
La discipline électrise une ruche.
Le zéphyr sous l'azur dodine le roseau.
Une mousse verte habille la bûche.
Quand l'homme aux lèvres d'or arrive dans la plaine,
Le mot amour parfume son haleine.
Rougeoyant au soleil, les pavots pavillonnent.
Midi ! les clochers à jour carillonnent.
Henri Pichette Poèmes offerts ed Gallimard

Photo trouvée par Cédric
Non loin de moi, elle prit un siège,
s'y installa sans hâte et fut comme une rose
exposant sa nonchalance
sur la lèvre du vase.
Le papier d'une lettre apparut, humble et soumis,
dans sa main,
moissonnant un reste de sa fidélité.
Ma tasse de café s'échappait, elle, sans cesse
de ma main,
dans le désir de rejoindre sa tasse.
O le tourment infligé par ce capuchon dont le soleil
auréolait sa tête ! ...
Et ce poudroiement d'or que met en mouvement
l'haleine de l'été !...
Le voyage d'un rayon de lumière
sur son genou
ébranle les fondations de mon âme !
Elle, de sa tasse, humait à loisir
quelques gouttes de café,
et moi j'en buvais au bord
de ses paupières !
Ah, ce récit conté par les deux yeux, qui me demandent
d'être son esclave,
comme sont les astres au ciel
en leur perpétuelle ronde !
Chaque fois que je la regarde
longuement, elle rit,
dénudant la blancheur de neige
de ses dents.
****
Partage avec moi le café du matin,
et ne t'ensevelis pas dans la noire tristesse
de l'irrésolution !
Je suis ton voisin, ô dame mienne,
et les collines elles-mêmes prennent des nouvelles
de leurs voisines.
Qui suis-je ? ... Laisse de côté
les questions. Je suis
une esquisse à la recherche des couleurs
qui la font exister...
****
Un rendez-vous, Madame ?
Elle sourit
et me montra du doigt
son adresse sur l'enveloppe.
J'y portais mes regards attentifs,
et ne pus rien voir, sauf
la marque du rouge à lèvres
sur sa tasse de café.
Nizar Qabbani La Poésie arabe des origines à nos jours ed Phébus
Se souvenir, c'est en quelque sorte se rencontrer.
Oublier, n'est-ce pas là une forme de liberté !
Khalil Gibran Le sable et l'écume aphorismes ed Spiritualités vivantes Albin Michel
IV
C'est l'hiver. Le charbon de terre
Flambe en sa chambre solitaire.
La neige tombe sur les toits.
Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids !
Même sillage aux cheminées
Qu'en ses tresses disséminées.
Au bal, chacun jette, poli,
Les mots féroces de l'oubli.
L'eau qui chantait s'est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace !
Charles Cros Le coffret de santal ed Poésie / Gallimard
Cascades de Plitvice en Croatie
Photo trouvée par Cédric ici : http://s.m.n.h.i.over-blog.com/article-les-cascades-gelees-dans-le-monde-115620720.html
Cheminant cheminant
j'ai retrouvé
le puits d'amour
Dans l'œil
de mille et une nuits
j'ai reposé
Aux jardins abandonnés
elle abordait
comme une colombe
Parmi l'air
défaillant
de midi
j'ai cueilli pour elle
oranges et jasmin
Mariano 25 juin 1916
Giuseppe Ungaretti Vie d'un homme Poésie 1914-1970 Editions de Minuit Gallimard
J'aime, de la nuit, le prélude, lorsque vous
venez,
Main dans la main et me prenez lentement,
strophe après strophe, dans vos bras.
Vous m'emportez, tout là-haut, sur vos ailes.
Amis, restez, ne vous hâtez pas
Et dormez contre mes flancs pareils aux ailes
d'une hirondelle fatiguée.
Votre soie est chaude. A la flûte d'attendre
un peu
Pour polir un sonnet lorsque vous me trouverez
secret et beau
Comme un sens sur le point de se dénuder. Ne
parvenant à arriver
Ni à s'attarder devant les mots, il me choisit pour
seuil.
J'aime, de la poésie, la spontanéité de la prose
et l'image voilée,
Dépourvue d'une lune pour l'éloquence :
Ainsi lorsque tu t'avances pieds nus, la rime
abandonne
L'étreinte des mots et la cadence se brise au
plus fort de l'essai.
Un peu de nuit auprès de toi suffit pour que je
sorte de ma Babylone
Vers mon essence - ma fin. Point de jardin en
moi
Et tu es toute, toi. Et, de toi, déborde le moi libre
et bon.
Mahmoud Darwich Le lit de l'étrangère ed Acte Sud traduction Elias Sanbar
Je nous vois : cerfs-volants et étoiles filantes
promeneurs égarés dans des forêts de voix.
Je nous vois : insectes précédés
des fragiles antennes de nos mémoires.
Je nous vois meutes d'encre et rires circulaires
debout, à genoux, bientôt à l'envers.
Je nous pense : lumière assourdissante
d'un éther sans couture
immensément parallèles à la rose.
Je nous rêve : dans la gorge de l'orage
et l'iris du blé.
Je nous rêve bord à bord
à l'issue des longues marches solennelles
quand les cloches de neige
pleuvent de toutes leurs notes
sur les paupières des jeunes filles.
Nohad Salameh D'autres annonciations poèmes 1980-2012 ed Le Castor Astral
oublie ta fatigue
refuse de convenir
que tu as marché
en vain
jusqu'à ce jour
oublie ta fatigue
étouffe la voix
qui t'invite
à renoncer
et sache faire
meilleur accueil
à ton besoin
du retour
oublie ta fatigue
dresse-toi
à nouveau
chemine
à nouveau
n'admets pas
que ta patrie
soit l'exil
Charles Juliet Moisson ed P.O.L