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L'oiseau qui le premier
annonçait le matin
était son ami.
Près de son cœur aussi
celle qui appelait l'aurore
sur sa flûte de buis.
André Rochedy Editions Cheyne éditeur
L'oiseau qui le premier
annonçait le matin
était son ami.
Près de son cœur aussi
celle qui appelait l'aurore
sur sa flûte de buis.
André Rochedy Editions Cheyne éditeur
Un comptable comptait
Un général comptait
Un grand savant cherchait
Un...
Un...
Un...
Un...Un je ne sais quoi
rongeait le cœur de l'homme.
Jules Mougin le comptable du ciel, éd. Robert Morel
Salue la lumière
qui t'ouvre les lèvres : ensuite
écarte les rideaux.
Dès le seuil invente
un mot toujours neuf,
précaire, ce sera "seuil".
Peut-être du givre
ou la frondaison, avance,
aux chemins de répondre.
Où que tu ailles, l'humus,
le sable, prends modèle
sur les ondes, allège-toi.
Ne sois que souffles
et vois : une glycine
a débordé le mur.
Ne coupe aucune fleur,
tu t'élargis
dans l'air des cimes.
Oublie tous les noms
sauf ceux du jardin,
à la fois ceux des plages.
Pleines mains sur ce tronc,
écoute, équitable,
le silence, la sève.
Rien ne reste invisible,
dis à présent
le parfum des lilas.
Pluie fine, la chair en liesse,
la clairvoyante, réveille
un chant de grive.
Les ailes, le coeur,
laisse-les battre,
laisse-les battre ensemble.
Si tu t'arrêtes, fais-le
à l'ombre d'un érable,
pense alors aux falaises.
Le vent sur les épaules,
n'aie soif ou faim
que d'embruns, de pollen.
Au soleil un vanneau,
un galet sous l'écume,
choisis l'un avec l'autre.
D'une même voix parle
à la nuit comme à l'aube
uniquement de ce qui va éclore.
Et toujours réserve
au creux de tes paumes
une place à l'écho.
Rends grâce au poème,
franchis l'horizon,
l'essor s'y régénère.
Pierre Dhainaut Rudiments de lumière ed Arfuyen
Bruissement de l'eau ;
même au cœur de mon sommeil
la rivière coule
Le papillon
entre par une fenêtre
sort par une autre
Je ne suis plus seul,
je m'assieds
face au pin
Ce cœur sans cesse sur la table
avec ses grosses écritures
ses majuscules
et ses marges de seigle
sommeille obliquement
sur une feuille de nénuphar
interdite aux voyageurs de nuit.
Ce cœur qui se mêle au feu
avec ses brebis florales
et son soleil barbare
capture le chant du cygne
à l'étal du matin.
Nohad Salameh D'autres annonciations poèmes 1980-2012 Ed Le Castor Astral
Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'était hier que je t'ai dit
Nous dormirons ensemble
C'était hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble
Louis Aragon Le fou d'Elsa
Dans la sobriété des roches provençales
Les amandiers noueux se crispent de douleur,
Mais, vers la février, des fleurs blanches et pâles
Eclosent brusquement de leur âpre noirceur.
Et moi aussi je suis comme l'arbre en torture.
Je suis crispé, rugueux et l'on me croit méchant,
Mais je sens sourdre en moi un candide murmure
Rien que d'avoir frôlé un peu votre printemps.
Sous mes airs renfrognés et mon écorce dure
Je porte au fond de moi de candides clartés,
Et par ce soir divin où la nuit est si pure
Mon cœur vient de fleurir ainsi que l'amandier.
Auguste Chabaud "poésie de la période sentimentale"
L'arbre de la tristesse
ne le plante pas dans ton cœur.
Relis chaque matin
le livre de la joie
Tu n'as pas aujourd'hui de pouvoir sur demain ;
L'anxiété du lendemain est inutile.
Si ton cœur n'est pas insensé, ne te soucie même pas du présent ;
Sais-tu ce que vaudront les jours qu'il te reste à vivre ?
Omar Khayyam Les quatrains ed Allia
J'ai écrit trois poèmes
qui n'auront jamais de sens
pour personne pas même
pour les grands éditeurs blêmes.
Ce ne sont pas des fruits
de l'esprit ou du coeur
non plus que des façons d'oiseaux
ou de serpents ou de lézards.
Ils ressemblent plutôt à des graminées folles
avoine, orge, ou fétuque
qui n'existent que pour n'avoir
aucune raison d'exister.
Au travers des strophes
comme en les verticilles
viennent s'inscrire le soleil
la lune et les étoiles
quand il ne pleut pas bien sûr.
Si la tempête se lève
pourquoi n'étant rien pas même
un rêve seraient-ils
balayés et anéantis ?
Cette question naturelle
qui nous concerne au premier chef
fit germer en secret
la très inutile graine
de ce poème quatrième.
André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait