Haïku Kito Akiyoshi
J'attends le printemps,
le printemps, là,
dans mon cœur
Photo trouvée par Cédric (cœur de Marie) ici http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C5%93ur_de_Marie
J'attends le printemps,
le printemps, là,
dans mon cœur
Photo trouvée par Cédric (cœur de Marie) ici http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C5%93ur_de_Marie
Sois la bienvenue en ta robe,
Ta robe de brocart et d'argent ;
Parmi les vifs rayons de l'aube
Sur toi brillent les diamants.
Au fond de nos cœurs qui sommeillent,
Ton sourire, tes traits charmants,
Ta grâce animent et réveillent
Le feu des nouveaux sentiments.
Je te salue, ô passagère,
Belle comme un cœur rayonnant !
Sois bienvenue, petite mère,
Saison d'hiver, beau cygne blanc !
Pierre Viasemski Anthologie de la poésie russe ed Gallimard

L'Hiver d'Alphonse Mucha 1896
Illustration trouvée par Max
Par les liens de Salma,
dans l'amour
il s'est trouvé enchaîné,
tout jeune adolescent ;
et le désir
a pris gîte en son coeur
sans vouloir jamais
le quitter.
L'affection de Salma
n'oublie aucun homme
et l'accompagne partout,
alors que celui qu'atteint l'ennui
se réfugie dans l'oubli
en achetant une chose
après une autre.
La blanche rafale de la vieillesse
sur toi s'est abattue,
sans changer ton désir d'elle.
Ni les cheveux blancs
ni l'écroulement
de l'oubli
ne sont parvenus à t'en délivrer.
Kouthayyir La Poésie arabe ed Phébus
Ce
qu'on
croit
penser
n'est que cette
pensée
... et basta
Seul
existe
en Réalité
ce dont on fait l'expérience
ce
qui
nous
touche
vraiment
le
coeur
Dan Fante Bons baisers de la grosse barmaid ed 13e Note editions

Photo de Luis Beltran trouvée amicalement par Constance (Icilondres) ici http://www.luisbeltran.es/
En toi, péniblement s'unissent
Le hasard, l'esprit créateur ;
La beauté n'a point de couleurs
Plus fuyantes et plus factices.
Dans l'ardent et houleux désert
Du monde, n'aimant qu'un mirage,
Chercher en d'ineffables vers
La magique fleur du langage ...
Tu nous troubles, irrésistible,
Impalpable, à peine visible,
De pâle et fuyante lueur,
Au point qu'à jamais tu nous lies
Par la pensée et par le coeur ;
Et que l'on t'aime à la folie !
Innocent Annenski Anthologie de la poésie russe ed Gallimard
La magique fleur du langage...
... nous embrasse ! ;-)
illustrations et texte Cédric
http://www.photomonde.fr/la-psychotria-elata-la-fleur-en-forme-de-levres/

Il est des voluptés dans les forêts sauvages,
Et des plaisirs naissant sur de vides rivages,
Il est une harmonie en ce langage fier
Des vagues se brisant sur les grèves des mers.
Oui, j'aime mon prochain, mais toi, mère Nature,
Je te préfère à tout, souveraine, oubliant
Près de toi ce que fut naguère mon printemps,
Et ce que fit de moi la froide flétrissure
Des ans. Ainsi mon coeur, se ranimant encor,
Plein de sentiments neufs et d'ardeurs salutaire,
Cherche à les exprimer en des paroles d'or,
Mais ne les trouvant pas, pourtant, ne peut se taire.
Constantin Batiouchkov dans Anthologie de la poésie russe ed Gallimard

Photo Yann Huet trouvée par Cédric (voir commentaires ) ici http://www.ladamedepique.ru/article/russie-ile-reunion-passerelle-invisible
Le vent d'automne s'est levé,
quel vol de blancs nuages !
L'herbe va jaunir, l'arbre s'effeuiller,
au sud fuit l'oie sauvage.
Mais reste à l'orchidée sa fleur,
l'arôme aux chrysantèmes,
Sans pouvoir l'oublier, mon coeur
songe à celle que j'aime.
De la Fen, ma barque en voguant
franchit l'eau tourmentée,
Et fait en travers du courant
jaillir l'onde argentée.
Au son des flûtes et tambours,
les chants des rameurs naissent.
Des plaisirs épuisés il sourd
d'autant plus de tristesse.
Jeunesse et vigueur, qu'en durent les jours ?
Quoi ! Déjà la vieillesse ?
Trésor de la poésie universelle Roger Caillois Jean-Clarence Lambert ed Gallimard / Unesco
à Guillevic
I
Les belles manières avec les autres
Sur l'herbe pelée en été
Sous des nuages blancs
Les belles manières d'être avec les femmes
Dans une maison grise et chaude
Sous un drap transparent
Les belles manières d'être avec soi-même
Devant la feuille blanche
Sous la menace d'impuissance
Entre deux temps et deux espaces
Entre l'ennui et la manie de vivre
II
Qu'êtes-vous venu prendre
Dans la chambre familière
Un livre qu'on n'ouvre jamais
Qu'êtes-vous venu dire
A la femme indiscrète
Ce qu'on ne peut pas répéter
Qu'êtes-vous venu voir
Dans ce lieu bien en vue
Ce que voient les aveugles
III
La route est courte
On arrive bien vite
Aux pierres de couleur
Puis
A la pierre vide
On arrive bien vite
Aux mots égaux
Aux mots sans poids
Puis
Aux mots sans suite
Parler sans avoir rien à dire
On a dépassé l'aube
Et ce n'est pas le jour
Et ce n'est pas la nuit
Rien c'est l'écho d'un pas sans fin
IV
Une année un jour lointains
Une promenade le coeur battant
Le paysage prolongeait
Nos paroles et nos gestes
L'allée s'en allait de nous
Les arbres nous grandissaient
Et nous calmions les rochers
C'est bien là que nous fûmes
Réglant toute chaleur
Toute clarté utile
C'est là que nous chantâmes
Le monde était intime
C'est là que nous aimâmes
Une foule nous précéda
Une foule nous suivit
Nous parcourut en chantant
Comme toujours quand le temps
Ne compte plus ni les hommes
Et que le coeur se repent
Et que le coeur se libère
V
Il y a plus longtemps encore
J'ai été seul
Et j'en frémis encore
O solitude simple
O négatrice du hasard charmant
J'avoue t'avoir connue
J'avoue avoir été abandonné
Et j'avoue même
Avoir abandonné ceux que j'aimais
Au cours des années tout s'est ordonné
Comme un ensemble de lueurs
Sur un fleuve de lumière
Comme les voiles des vaisseaux
Dans le beau temps protecteur
Comme les flammes dans le feu
Pour établir la chaleur
Au cours des années je t'ai retrouvée
O présence indéfinie
Volume espace de l'amour
Multiplié
(...)
Paul Eluard Poésie ininterrompue ed Poésie / Gallimard
Entrer dans la quiétude
Pour qu'en toi
renaisse la rythmique
Entrer dans le silence
Pour que de loin
te revienne la musique
Que nostalgie
ne soit plus déchirure
Qu'espérance
ne soit plus attente
Que la vie perdue devienne
Un coeur autre qui bat
au fin fond de ton corps
Plus que les saisons intransigeantes
souverain
François Cheng Le livre du Vide médian ed Albin Michel
Je demande au poète
de délivrer son chant
des filets de la raison
pour lire dans les schistes
le signe des origines
Je demande au poète
cette immersion dans la tempête
qui laisse sur les mots
l'odeur des marées
le reflet des nacres
Je demande au poète
l'itinéraire des vergers
pour que chaque floraison
enlumine ses recueils
Je demande au poète
l'insurrection du coeur
quand la ville frileuse
séquestre le printemps
Mais dans le ciel
que ses doigts effleurent
je cherche les réponses
qu'il ne peut me donner.
Jean-Luc Pouliquen Visages de poésie vague de poètes en Méditeranée Jacques Basse ed Rafael De Surtis