Auguste Chabaud
Dans la sobriété des roches provençales
Les amandiers noueux se crispent de douleur,
Mais, vers la février, des fleurs blanches et pâles
Eclosent brusquement de leur âpre noirceur.
Et moi aussi je suis comme l'arbre en torture.
Je suis crispé, rugueux et l'on me croit méchant,
Mais je sens sourdre en moi un candide murmure
Rien que d'avoir frôlé un peu votre printemps.
Sous mes airs renfrognés et mon écorce dure
Je porte au fond de moi de candides clartés,
Et par ce soir divin où la nuit est si pure
Mon cœur vient de fleurir ainsi que l'amandier.
Auguste Chabaud "poésie de la période sentimentale"