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joie

Buvant seul sous la lune

Publié le par riende9?

Au milieu des fleurs, un pichet de vin,

Seul à boire, sans un compagnon.

Levant ma coupe, je salue la lune,

Avec mon ombre, nous sommes trois.

La lune pourtant ne sait pas boire,

C'est en vain que l'ombre me suit.

Honorons cependant ombre et lune,

La joie ne dure qu'un printemps.

Je chante et la lune musarde,

Je danse et mon ombre s'ébat.

Eveillés, nous jouissons les uns des autres,

Ivres, chacun va son chemin.

Rendez-vous sur la Voie lactée,

Que dure à tout jamais, notre union amoureuse. 

 

Li Po ou Li Bai (701-762)

extrait ici de L'âme du vin

Treize improvisations en écho aux poèmes chinois par André Velter

Peintures et traductions de Ji Dahai

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Valérie Rouzeau Va où (extrait)

Publié le par riende9?

Je me remets en ligne au lieu de scriber rien

Partante à mes marques prête

Redémesure ma chance bol et déconfiture

Partie pieds décalés

Je serais une étoile ne serais pas plus rien que mon poids

     de gaieté mon volume de chagrin ne serais pas moins

     loin de vos yeux qu'aujourd'hui

Me revoilà en train de plus belle sur les rails

J'aurai roulé ma vie

Foncé dans ma charrette songé dans mon tonneau

Tracé mes cartes de tendre

Et mon esprit de ciel si j'en ai ira bien jusqu'au bout

     de sa peine jusqu'au bout de sa joie partante à vos

     marques prête

J'aurai beaucoup couri j'aurai beaucoup couru

Me serai entarté le cœur qu'il soit pas nu sentiment

     jamais vu et le reste me regarde

Je suis mon propre clown l'histrion lessivé bozo bozo

     beaux yeux

Je suis ma propre piste mon chemin de traviole mes

     bosses et puis mes creux mon histoire somme toute

     vraie ma déroute à mesure

 

 

Valérie Rouzeau

Va où

Ed Le temps qu'il fait

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Journal d'un curé de campagne Georges Bernanos

Publié le par riende9?


Je voudrais tenir un de ces savantasses qui me traitent d’obscurantiste, je lui dirais : «Ce n’est pas ma faute si je porte un costume de croque-mort. Après tout, le Pape s’habille bien en blanc, et les cardinaux en rouge. J’aurais le droit de me promener vêtu comme la Reine de Saba, parce que j’apporte la joie. Je vous la donnerais pour rien si vous me la demandiez. L’Église dispose de la joie, de toute la part de joie réservée à ce triste monde. Ce que vous avez fait contre elle, vous l’avez fait contre la joie. Est-ce que je vous empêche, moi, de calculer la précession des équinoxes ou de désintégrer les atomes ? Mais que vous servirait de fabriquer la vie même si vous avez perdu le sens de la vie ? Vous n’auriez plus qu’à vous faire sauter la cervelle devant vos cornues. Fabriquez de la vie tant que vous voudrez ! L’image que vous donnez de la mort empoisonne peu à peu la pensée des misérables, elle assombrit, elle décolore lentement leurs dernières joies. Ça ira encore tant que votre industrie et vos capitaux vous permettront de faire du monde une foire, avec des mécaniques qui tournent à des vitesses vertigineuses, dans le fracas des cuivres et l’explosion des feux d’artifice. Mais attendez, attendez le premier quart d’heure de silence. Alors, ils l’entendront, la parole – non pas celle qu’ils ont refusée, qui disait tranquillement : « Je suis la Voie, la Vérité, la Vie » – mais celle qui monte de l’abîme : « Je suis la porte à jamais close, la route sans issue, le mensonge et la perdition.»

Journal d'un curé de campagne, Georges Bernanos

 

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Philippe Jaccottet

Publié le par riende9?

 

Je me souviens qu'un été récent, alors que je marchais une fois de plus dans la campagne, le mot joie, comme traverse parfois le ciel un oiseau que l'on n'attendait pas et que l'on n'identifie pas aussitôt, m'est passé par l'esprit et m'a donné, lui aussi, de l'étonnement.
Je crois que d'abord, une rime est venue lui faire écho, le mot soie ; non pas tout à fait arbitrairement, parce que le ciel d'été à ce moment-là, brillant, léger et précieux comme il l'était, faisait penser à d'immenses bannières de soie qui auraient flotté au-dessus des arbres et des collines avec des reflets d'argent, tandis que les crapauds toujours invisibles faisaient s'élever du fossé profond, envahi de roseaux, des voix elles-mêmes, malgré leur force, comme argentées, lunaires.
Ce fut un moment heureux ; mais la rime avec joie n'était pas légitime pour autant.


Philippe Jaccottet extrait de : à la lumière d'hiver

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Iris

Publié le par riende9?

Ces longs ponts traversant les cieux brillent de gloire et sacrifient leur arche aux multiples couleurs le vert gémit parfois le bleu dans sa douleur saigne comme un vrai dieu auquel il
nous faut croire

Suivant un cours certain à travers les étoiles jaillit le lait béni qui fonda la blancheur trouée ainsi la nuit laisse couler sans voiles le galion incertain de l'angoisse
et des pleurs

Nul ne triomphera dans cette cavalcade ô
Théâtre du
Monde illustré par l'horreur toute teinte exsudée ondule et devient fade quand le sel a perdu sa violente fraîcheur

Les siècles ont transmis l'énigme et la sagesse les longs ponts dessinaient leurs sûres trajectoires au plan de la nature en joie et en détresse échos sans
volontés très fidèles miroirs

 

Raymond Queneau

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Rien

Publié le par riende9?

Plus rien même pas de la cendre même pas le souvenir plus rien

Plus rien sauf cette joie de l'oubli ce vent de l'oubli qui arrache tout

détruit tout et saccage le reste

Le moment est enfin venu de ne plus espérer de ne plus attendre de

ne plus croire de ne plus s'imaginer de ne plus trembler savoir qu'on

ne craint plus le vide que tout est consommé

consumé désincarné que ce qui était n'est plus plus rien même plus

rien même pas le néant

Je ne ricane plus je ne souris plus

je ne baisse plus les yeux ni ne les lève

je ne les frotte même plus je ne dors pas

je veille comme une pierre sans son ombre

et je suis transparent comme le temps

je vis comme vivent les nuages et la fumée

je m'efface et jusqu'aux dernières traces

 

Philippe Soupault

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La voix

Publié le par riende9?

Une voix, une voix qui vient de si loin

Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles.

Une voix, comme un tambour, voilée,

Parvient pourtant distinctement jusqu'à nous.

 

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau

Elle ne parle que d'été et de printemps.

Elle remplit le corps de joie,

Elle allume aux lèvres le sourire.

 

Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine

Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,

L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

 

Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ?

Elle dit : "La peine sera de courte durée".

Elle dit : " La belle saison est proche ".

 

Ne l'entendez-vous pas ?

 

Robert Desnos (19900-1945) Contrée

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La Demeure en juillet ...

Publié le par riende9?

La demeure en juillet, pendant l'après-midi.

À l'ombre des volets, la chambre s'acclimate ;

Le silence est heureux, calme, doux, attiédi,

Pareil au lait qui dort dans une fraîche jatte ;

La pendule de bois fait un bruit lent, hardi,

Semblable à quelque chat qui pousse avec sa patte

Les instants, dont l'un chante et l'autre est assourdi.

Le soleil va et vient dans l'ombre délicate,

Tout est tendre, paisible, encouragé, charmant,

On dirait que la joie auprès de nous habite ;

Pourtant l'on ne se sent aucun attachement...

Pourquoi n'Est-ce jamais dans ces instants qu'on quitte

La vie, avec son grand espace de tourment ?

 

Anna de Noailles (1876-1933) Les éblouissements

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Joie nouveau-née

Publié le par riende9?

"Je n'ai pas de nom _

Je n'ai que deux jours."

Comment vais-je t'appeler ?

"Heureuse suis,

Joie est mon nom."

Douce joie t'échoie !

Oh la douce joie !

Douce joie qui n'a que deux jours _

Je t'appelle douce joie.

Quand tu souris,

Moi je chante _

Douce joie t'échoie !

 

William Blake Chants d'innocence, Le mariage du Ciel et de l'Enfer, Chants d'expérience ed Rivages poche / Petite bibliothèque 

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Chant rieur

Publié le par riende9?

Quand sur un ton de joie rient les vertes forêts,

Que le ru court et rit de toutes ses fossettes,

Cependant que l'air rit de nos plaisanteries,

Que, du bruit qu'elles font, rit la verte colline ;

 

Lorsque de leur vert vif rient aussi les prairies

Et que la sauterelle, en ce gai tableau, rit ;

Lorsque chantent Suzanne, Emilie et Marie

De leur suave bouche arrondie Ha, ha, hi !

 

Lorsque les oiseaux peints rient aussi sous l'ombrage

Où notre table est mise avec noix et cerises,

Viens vivre, soyons joyeux, allons, joins-toi à moi,

Nous chanterons en chœur le suave Ha, ha, hi !

 

William Blake Chants d'innocence, Le mariage du Ciel et de l'Enfer, Chants d'expérience ed Rivages poche/ Petite bibliothèque traduction Bernard Pautrat 

 




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