Hier soir à l'Aigoual
Un petit salut du lièvre
Au bord de la route
Et hop un saut dans les bois
Un petit salut du lièvre
Au bord de la route
Et hop un saut dans les bois
Aux heures solitaires de l'esprit, c'est chose belle
De s'en aller sous le soleil, au long
des murailles d'or de l'été.
Les pas bruissent doucement dans l'ombre, mais sans rompre
Au marbre gris le sommeil du fils de Pan.
Sur la terrasse, le soir, nous bûmes du vin brun jusqu'à l'ivresse
la pêche s'empourpre et brûle au creux des feuilles.
tendre sonate, rire heureux.
Qu'il est beau le silence de la nuit !
dans la plaine obscure
Nous croisons des bergers et de blanches étoiles.
Quand l'automne est venu
S'éveille dans le bois une calme lumière.
Nous errons apaisés au long des murailles rouges
Et nos regards levés suivent les vols d'oiseaux.
Le soir, l'eau pâle choit dans les urnes des tombes.
Le ciel repose au lit des rameaux nus.
Le paysan porte le pain, le vin dans ses mains pures,
Les fruits mûrissent doucement aux chambres pleines de soleil.
Oh qu'elle est grave, la face des morts bien-aimés !
Mais la juste vision remplit l'âme de joie.
Georg Trakl
Vingt quatre poèmes
Traduction Gustave Roud
Ed. la délirante
Certaines silhouettes portent avec douceur
le temps sur leurs épaules,
comme un sentier la pluie d'automne le soir.
Elles revêtent en silence la douleur
du monde. As-tu vu cette vieille femme
qui tenait une enfant par la main, sa tête petite
levée vers elle ? Leurs regards, en se croisant,
se passent la même aurore. Enfance et vieillesse
orphelines. On ne sait qui enfante l'autre.
Ainsi la vie se transmet.
Jean Mambrino Comme un souffle de rosée bruissant ed Arfuyen
Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'était hier que je t'ai dit
Nous dormirons ensemble
C'était hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble
Louis Aragon Le fou d'Elsa
Les trésors sont partout,
trop nombreux pour les voir.
Vols d'oies sauvages
dont la trace demeure
sur l'automne, le soir ;
bignone et hibiscus
tremblants de n'être plus,
gestes de tendresse,
caresses dissimulées
sur le front en sueur,
ce qui reste entre nous
des regards et des heures,
larmes et beauté
qui traversent les âges
du temps à l'éternité.
Jean Mambrino Grâce ed Arfuyen
Photo trouvée par Cédric
la solitude est féminine
(comme son nom l'indique)
elle est cette épouse éperdue
que jamais vraiment tu ne quittes
elle se tient au coin du feu
qui s'éteint dans la chambre basse
elle a les yeux clairs les mains bleues
des revenants de ton enfance
elle est la depuis ta naissance
elle est la fée au don précieux
qui pensive tient sa promesse
de veiller jusqu'au dernier soir
Jean-Claude Pirotte Le promenoir magique et autres poèmes ed La table ronde
Voici venir la nuit.
Aux enclumes du soir
frappent les rayons de lune.
Voici venir la nuit.
Un grand arbre s'est vêtu
de paroles mélodieuses
Voici venir la nuit.
Si tu venais me voir
par les sentiers de l'air,
Voici venir la nuit
Tu me verrais en pleurs
sous les grands peupliers
ô fille brune !
sous les grands peupliers.
Federico Garcia Lorca La nuit en poésie ed Gallimard Folio junior
Photo trouvée par Cédric
Pluie nouvelle dans la montagne déserte,
Air du soir empli de fraîcheur d'automne.
Aux rayons de lune s'ouvrent les branches de pin ;
Une source pure caresse les rochers blancs.
Frôlant les lotus, passent quelques barques de pêcheurs ;
Rires entre les bambous : c'est le retour des lavandières.
Ici et là, rôde encore le parfum du printemps...
Que ne demeure-tu, toi aussi, noble ami ?
Wang Wei Entre source et nuage voix de poètes dans la Chine d'hier et d'aujourd'hui François Cheng ed Albin Michel spiritualités vivantes
Le soir tombe inconscient de sa chute
un trouble t'enveloppe là
le temps te file des mains
tu rêves de chemins de lune
de révolutions sidérales
l'aube en train de consolider une voûte
se dissimule derrière
Tu interroges :
La terre sera-t-elle toujours vierge à nos assauts
Habib Tengour L'arc et la cicatrice Clepsydre Editions de la différence
Profond l'automne -
mon voisin
comment vit-il ?
Bashô
Soir d'automne -
il est un bonheur aussi
dans la solitude
Buson
De temps à autre
les nuages accordent une pause
à ceux qui contemplent la lune
Bashô