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Epreuves du langage II

Publié le par riende9?

Quel alphabet

Prend en compte

Nos clartés comme nos ombres

Quel langage

Raboté par nos riens

Ameute le souffle

Quel désir

Devient cadences

Images     métamorphoses

Quel cri

Se ramifie ailleurs

Quel poème

Fructifie

pour se dire autrement ?

 

Andrée Chédid Rythmes ed Gallimard

 

  

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Philippe Jaccottet

Publié le par riende9?

J'aurais voulu parler sans images, simplement pousser la porte...

J'ai trop de crainte

pour cela, d'incertitude, parfois de pitié :

on ne vit pas longtemps comme les oiseaux

dans l'évidence du ciel,

et retombé à terre,

on ne voit plus en eux précisément que des images

ou des rêves.

 

Philippe Jaccottet A la lumière d'hiver ed Poésie / Gallimard

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Vocation du poète

Publié le par riende9?

Toujours reverdissant sur les hautes ramures

depuis près de quatre-vingts ans,

tous nos poèmes entrelacés rêvent d'être le murmure

d'une vaste souccah au clair de lune qui danse

la hora d'automne en plein vent :

pour le plaisir des vieux et des jeunes enfants

sa grande porte bat entre terre et planètes

de jour comme de nuit ouverte à tout vivant !

 

Claude Vigée Visages de Poésie Vague de poètes en Méditerranée Jacques Basse ed Rafael de Surtis

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Haïkus

Publié le par riende9?

Sur la pierre

la sauterelle médite

face au soleil

 

Immobilité -

dans la tête, dans les pieds

quels fourmillements

 

Dans le brouillard

chargé de rosée

le papillon

 

Sereinement

de la lune au jardin

les feuilles tombent

 

Salim Bellen Tierra de Nadie (mouche, moines et papillons) traduit de l'espagnol par Josette Pellet et Daniel Py ed unicité

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Aveu

Publié le par riende9?

J'écris rien que pour retrouver

en quel lieu j'eus la révélation

parce que j'ai oublié ce lieu

ainsi que toute révélation.

 

Alors selon l'usage

je célèbre l'inconnu

pour tant bien que mal

assurer mon existence.

 

C'est l'utilité des fantômes

que de figurer ce qui

n'a jamais eu de figure

et se doit de naître au jour.

 

Rien n'existe que révélé

sans le vide le plus parfait

de nos heures déficientes.

Pour le moment notre solitude

est une preuve indiscutable

du nécessaire avenir

de nos images dénudées.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

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Cinq heures

Publié le par riende9?

Ma table de Café,

Comme je la chéris... La coquette,

Toute en marbre poli,

Qu'elle est jolie et qu'elle est fraîche !

 

Avec un siphon vert au milieu,

Et, à côté, les allumettes

Devant mon verre rempli

D'une boisson légère.

 

(J'ai toujours proscrit les liqueurs,

Les trouvant peu décoratives :

Les sirops ont des couleurs

Plus vives et plus brutales.)

 

C'est sur elle que je peux écrire

Mes vers argentés,

Au grand étonnement des garçons

Qui me regardent sans compendre.

 

Sur elle je pose mes bras

Avec détachement,

Cherchant dans l'air les vestiges

De ma vie passée.

 

Ou bien, grillant des cigarettes,

- Car cela fait un an que je fume -

J'imagine et je confectionne

Mes petites intrigues bizarres.

 

(Et si par hasard devant moi

Passe l'éclat d'une jolie femme,

La fumée de ma cigarette

Va l'embrasser, bien entendu...)

 

L'arrivée d'un nouveau client,

C'est un nouvel acteur sur la scène,

Car mon regard ennuyé

Lui prête aussitôt un rôle.

 

Et le rouge de ces lèvres

Qu'au fond j'aperçois, si tristes,

Dans ma pensée persiste

Et ne la quitte plus.

 

Telles sont les futilités

Enfermées dans mon souvenir ;

De ces visions fugitives

Naissent mes plus fortes nostalgies...

 

(Telle histoire en Or, si belle,

Dans ma vie avorta :

Je fus un héros de roman

Inemployé par les auteurs...)

 

Dans les Cafés, j'attends la vie

Qui jamais ne vient à moi :

- Je ne suis pas en peine

Du temps qui passe en courant.

 

Mon but est de passer le temps,

L'idéal qui seul me reste :

Pour moi, il n'est plus belle fête,

Et je ne trouve rien plus beau.

 

- Cafés de ma paresse,

Vous êtes aujourd'hui - quel exploit ! -

Tout mon terrain d'action

Et toute mon ambition.

 

                                                         Paris, septembre 1915

 

Mario de Sa-Carneiro Poésies complètes ed Minos La différence  

 

 

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Wou-Ti Le vent d'automne

Publié le par riende9?

Le vent d'automne s'est levé,

          quel vol de blancs nuages !

L'herbe va jaunir, l'arbre s'effeuiller,

          au sud fuit l'oie sauvage.

Mais reste à l'orchidée sa fleur,

          l'arôme aux chrysantèmes,

Sans pouvoir l'oublier, mon coeur

           songe à celle que j'aime.

De la Fen, ma barque en voguant

           franchit l'eau tourmentée,

Et fait en travers du courant

          jaillir l'onde argentée.

Au son des flûtes et tambours,

          les chants des rameurs naissent.

Des plaisirs épuisés il sourd

          d'autant plus de tristesse.

Jeunesse et vigueur, qu'en durent les jours ?

          Quoi ! Déjà la vieillesse ?

 

Trésor de la poésie universelle Roger Caillois Jean-Clarence Lambert ed Gallimard / Unesco

      

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Jaqee land of the free

Publié le par riende9?

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Tahar Bekri

Publié le par riende9?

Les jours transportaient ses silences

dans les bois sonores, paroles arrachées

aux tempêtes, ce pays est mien, disait-il

aux matins de brume, oui, Jalal-Eddine Rûmi,

le monde tel un flocon d'écume !

 

Tahar Bekri Les songes impatients ed L'hexagone en tous lieux

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Le travail du poète (extrait)

Publié le par riende9?

                                                                                                    à Guillevic

I

Les belles manières avec les autres

Sur l'herbe pelée en été

Sous des nuages blancs

 

Les belles manières d'être avec les femmes

Dans une maison grise et chaude

Sous un drap transparent

 

Les belles manières d'être avec soi-même

Devant la feuille blanche

 

Sous la menace d'impuissance

Entre deux temps et deux espaces

 

Entre l'ennui et la manie de vivre

 

II

Qu'êtes-vous venu prendre

Dans la chambre familière

 

Un livre qu'on n'ouvre jamais

 

Qu'êtes-vous venu dire

A la femme indiscrète

 

Ce qu'on ne peut pas répéter

 

Qu'êtes-vous venu voir

Dans ce lieu bien en vue

 

Ce que voient les aveugles

 

III

La route est courte

On arrive bien vite

Aux pierres de couleur

Puis

A la pierre vide

On arrive bien vite

Aux mots égaux

Aux mots sans poids

Puis

Aux mots sans suite

 

Parler sans avoir rien à dire

On a dépassé l'aube

Et ce n'est pas le jour

Et ce n'est pas la nuit

Rien c'est l'écho d'un pas sans fin

 

IV

Une année un jour lointains

Une promenade le coeur battant

Le paysage prolongeait

Nos paroles et nos gestes

L'allée s'en allait de nous

Les arbres nous grandissaient

Et nous calmions les rochers

 

C'est bien là que nous fûmes

Réglant toute chaleur

Toute clarté utile

C'est là que nous chantâmes

Le monde était intime

C'est là que nous aimâmes

Une foule nous précéda

 

Une foule nous suivit

Nous parcourut en chantant

Comme toujours quand le temps

Ne compte plus ni les hommes

Et que le coeur se repent

Et que le coeur se libère

 

V

Il y a plus longtemps encore

J'ai été seul

Et j'en frémis encore

 

O solitude simple

O négatrice du hasard charmant

J'avoue t'avoir connue

 

J'avoue avoir été abandonné

Et j'avoue même

Avoir abandonné ceux que j'aimais

Au cours des années tout s'est ordonné

Comme un ensemble de lueurs

Sur un fleuve de lumière

Comme les voiles des vaisseaux

Dans le beau temps protecteur

Comme les flammes dans le feu

Pour établir la chaleur

Au cours des années je t'ai retrouvée

O présence indéfinie

Volume espace de l'amour

 

Multiplié

 

(...)

 

Paul Eluard Poésie ininterrompue ed Poésie / Gallimard 

 

 

 

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