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femme

FEMME / ECRITURE

Publié le par riende9?

Surgie du luxe qu'est le silence

tu veilles à la frontière du domaine des signes

dans l'échancrure de l'encre heureuse

qui t'emporte vers la voie lumineuse

où se meut le mystère.

 

Là / à l'orée de l'instant inaltérable

derrière les tentures du songe

plus rien ne fait écran

à l'avancée vertigineuse de tes graphies

tandis que tes empreintes digitales

brasillent sur fond de meurtrissure.

 

Alors sans cesser de respirer

- matière liquéfiée par l'eau princière de l'esprit -

tu te regardes devenir présage de l'ailleurs

du dedans et du terme :

lieu séminal d'une page

en quête au plus profond de toi

d'autres saignées.

 

Nohad Salameh

Le livre de Lilith

Avec deux lavis de Colette Deblé

Ed L'Atelier du Grand Tétras

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EN LEVITATION

Publié le par riende9?

Souvent

du bleu acéré de la femme

naît l'arbre de nuit

lorsque le sommeil la reçoit

visiteuse immobile

insaisissable

multipliée à l'infini

par son corps en lévitation.

 

Parfois

de la pourpre fébrile

ou neigeuse de la femme

fusent une supplication

une alarme

un orgasme

la mystérieuse incantation.

 

Quelquefois encore

du noir supplicié et stoïque

de celle devenue pommier du désert

mère et fille de la Fêlure

suinte le pleur d'une déesse

prisonnière de l'amphore.

 

Nohad SALAMEH

LE LIVRE DE LILITH

Avec deux lavis de Colette Deblé

Ed L'Atelier du Grand Tétras

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La mère de Pearl Buck extrait

Publié le par riende9?


Ils se contemplèrent dans ce crépuscule. Deux êtres en plein songe, désespérément acculés à ce qu'il n'était plus dans leur pouvoir d'éviter ; ils se préparèrent à ce qui devait arriver.
Cependant la femme hésita un instant. Elle sortir de son rêve et aperçut les trois dieux dans le sanctuaire ; le plus grand, un grave vieillard, regardait droit devant lui, et à côté se trouvaient ses deux acolytes, d'honnêtes petits dieux au bord de la route, placés là pour ceux qui s'arrêtent dans leur chemin afin d'adorer ou de s'abriter. Elle prit le vêtement qu'elle venait de retirer et le lança sur leurs têtes, voilant leurs yeux fixes.

 

Pearl Buck La mère extrait

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questionnaire n° 2

Publié le par riende9?

Quel mot pour vous pourrait être le synonyme poétique de :

 

Femme.

 

Homme

 

Savoir.

 

Voyage.

 

Étoile.

 

Bonheur.

 

Nature.

 

Beauté.

 

Arbre"

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Pour t'avoir, pour deviner

Publié le par riende9?

Pour t'avoir là dans la maison

Comme une étoffe toujours blanche

Et sans souci des lunaisons

Te caresser le long des hanches

 

Pour deviner ta jambe nue

Comme un soleil d'été qui traîne

Dans le ruisseau d'une avenue

Un matin de tristesse humaine

 

Pour ne savoir te désirer

A chaque instant dans chaque femme

Pour t'aimer comme un beau cheval

Dans la rue pleine de passants

 

Pour soulever dans ton sourire

Un ciel d'automne ses pommiers

Pour balayer d'une main large

Les flocons noirs du souvenir

 

J'ai retrouvé tout mon courage.

 

René-Guy Cadou Poésie la vie entière ed Seghers

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Cinq heures

Publié le par riende9?

Ma table de Café,

Comme je la chéris... La coquette,

Toute en marbre poli,

Qu'elle est jolie et qu'elle est fraîche !

 

Avec un siphon vert au milieu,

Et, à côté, les allumettes

Devant mon verre rempli

D'une boisson légère.

 

(J'ai toujours proscrit les liqueurs,

Les trouvant peu décoratives :

Les sirops ont des couleurs

Plus vives et plus brutales.)

 

C'est sur elle que je peux écrire

Mes vers argentés,

Au grand étonnement des garçons

Qui me regardent sans compendre.

 

Sur elle je pose mes bras

Avec détachement,

Cherchant dans l'air les vestiges

De ma vie passée.

 

Ou bien, grillant des cigarettes,

- Car cela fait un an que je fume -

J'imagine et je confectionne

Mes petites intrigues bizarres.

 

(Et si par hasard devant moi

Passe l'éclat d'une jolie femme,

La fumée de ma cigarette

Va l'embrasser, bien entendu...)

 

L'arrivée d'un nouveau client,

C'est un nouvel acteur sur la scène,

Car mon regard ennuyé

Lui prête aussitôt un rôle.

 

Et le rouge de ces lèvres

Qu'au fond j'aperçois, si tristes,

Dans ma pensée persiste

Et ne la quitte plus.

 

Telles sont les futilités

Enfermées dans mon souvenir ;

De ces visions fugitives

Naissent mes plus fortes nostalgies...

 

(Telle histoire en Or, si belle,

Dans ma vie avorta :

Je fus un héros de roman

Inemployé par les auteurs...)

 

Dans les Cafés, j'attends la vie

Qui jamais ne vient à moi :

- Je ne suis pas en peine

Du temps qui passe en courant.

 

Mon but est de passer le temps,

L'idéal qui seul me reste :

Pour moi, il n'est plus belle fête,

Et je ne trouve rien plus beau.

 

- Cafés de ma paresse,

Vous êtes aujourd'hui - quel exploit ! -

Tout mon terrain d'action

Et toute mon ambition.

 

                                                         Paris, septembre 1915

 

Mario de Sa-Carneiro Poésies complètes ed Minos La différence  

 

 

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Le travail du poète (extrait)

Publié le par riende9?

                                                                                                    à Guillevic

I

Les belles manières avec les autres

Sur l'herbe pelée en été

Sous des nuages blancs

 

Les belles manières d'être avec les femmes

Dans une maison grise et chaude

Sous un drap transparent

 

Les belles manières d'être avec soi-même

Devant la feuille blanche

 

Sous la menace d'impuissance

Entre deux temps et deux espaces

 

Entre l'ennui et la manie de vivre

 

II

Qu'êtes-vous venu prendre

Dans la chambre familière

 

Un livre qu'on n'ouvre jamais

 

Qu'êtes-vous venu dire

A la femme indiscrète

 

Ce qu'on ne peut pas répéter

 

Qu'êtes-vous venu voir

Dans ce lieu bien en vue

 

Ce que voient les aveugles

 

III

La route est courte

On arrive bien vite

Aux pierres de couleur

Puis

A la pierre vide

On arrive bien vite

Aux mots égaux

Aux mots sans poids

Puis

Aux mots sans suite

 

Parler sans avoir rien à dire

On a dépassé l'aube

Et ce n'est pas le jour

Et ce n'est pas la nuit

Rien c'est l'écho d'un pas sans fin

 

IV

Une année un jour lointains

Une promenade le coeur battant

Le paysage prolongeait

Nos paroles et nos gestes

L'allée s'en allait de nous

Les arbres nous grandissaient

Et nous calmions les rochers

 

C'est bien là que nous fûmes

Réglant toute chaleur

Toute clarté utile

C'est là que nous chantâmes

Le monde était intime

C'est là que nous aimâmes

Une foule nous précéda

 

Une foule nous suivit

Nous parcourut en chantant

Comme toujours quand le temps

Ne compte plus ni les hommes

Et que le coeur se repent

Et que le coeur se libère

 

V

Il y a plus longtemps encore

J'ai été seul

Et j'en frémis encore

 

O solitude simple

O négatrice du hasard charmant

J'avoue t'avoir connue

 

J'avoue avoir été abandonné

Et j'avoue même

Avoir abandonné ceux que j'aimais

Au cours des années tout s'est ordonné

Comme un ensemble de lueurs

Sur un fleuve de lumière

Comme les voiles des vaisseaux

Dans le beau temps protecteur

Comme les flammes dans le feu

Pour établir la chaleur

Au cours des années je t'ai retrouvée

O présence indéfinie

Volume espace de l'amour

 

Multiplié

 

(...)

 

Paul Eluard Poésie ininterrompue ed Poésie / Gallimard 

 

 

 

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Aphorismes (suite)

Publié le par riende9?

 Le drame du grand âge n'est pas d'être vieux mais d'être jeune.

 

J'aime les gens plus que les principes, et j'aime les gens qui n'ont pas de principes plus que n'importe quoi au monde.

 

Quant à croire aux choses, je peux croire à n'importe quoi, à condition qu'il s'agisse d'une chose incroyable.

 

L'ambition est l'ultime refuge de l'échec.

 

L'homme se marie parce qu'il est fatigué, la femme parce qu'elle est curieuse. Tous deux sont déçus.

 

Les hommes veulent toujours être le premier amour d'une femme. C'est la leur vanité maladroite. Les femmes ont un sens plus sûr des choses. Ce qu'elles aiment, c'est être le dernier amour d'un homme.

 

Une idée qui n'est pas dangereuse ne mérite pas d'être appelée idée.

 

Oscar Wilde aphorismes ed Mille et une nuits 

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