Khalil Gibran
Se souvenir, c'est en quelque sorte se rencontrer.
Oublier, n'est-ce pas là une forme de liberté !
Khalil Gibran Le sable et l'écume aphorismes ed Spiritualités vivantes Albin Michel
Se souvenir, c'est en quelque sorte se rencontrer.
Oublier, n'est-ce pas là une forme de liberté !
Khalil Gibran Le sable et l'écume aphorismes ed Spiritualités vivantes Albin Michel
IV
C'est l'hiver. Le charbon de terre
Flambe en sa chambre solitaire.
La neige tombe sur les toits.
Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids !
Même sillage aux cheminées
Qu'en ses tresses disséminées.
Au bal, chacun jette, poli,
Les mots féroces de l'oubli.
L'eau qui chantait s'est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace !
Charles Cros Le coffret de santal ed Poésie / Gallimard
Cascades de Plitvice en Croatie
Photo trouvée par Cédric ici : http://s.m.n.h.i.over-blog.com/article-les-cascades-gelees-dans-le-monde-115620720.html
Cheminant cheminant
j'ai retrouvé
le puits d'amour
Dans l'œil
de mille et une nuits
j'ai reposé
Aux jardins abandonnés
elle abordait
comme une colombe
Parmi l'air
défaillant
de midi
j'ai cueilli pour elle
oranges et jasmin
Mariano 25 juin 1916
Giuseppe Ungaretti Vie d'un homme Poésie 1914-1970 Editions de Minuit Gallimard
J'aime, de la nuit, le prélude, lorsque vous
venez,
Main dans la main et me prenez lentement,
strophe après strophe, dans vos bras.
Vous m'emportez, tout là-haut, sur vos ailes.
Amis, restez, ne vous hâtez pas
Et dormez contre mes flancs pareils aux ailes
d'une hirondelle fatiguée.
Votre soie est chaude. A la flûte d'attendre
un peu
Pour polir un sonnet lorsque vous me trouverez
secret et beau
Comme un sens sur le point de se dénuder. Ne
parvenant à arriver
Ni à s'attarder devant les mots, il me choisit pour
seuil.
J'aime, de la poésie, la spontanéité de la prose
et l'image voilée,
Dépourvue d'une lune pour l'éloquence :
Ainsi lorsque tu t'avances pieds nus, la rime
abandonne
L'étreinte des mots et la cadence se brise au
plus fort de l'essai.
Un peu de nuit auprès de toi suffit pour que je
sorte de ma Babylone
Vers mon essence - ma fin. Point de jardin en
moi
Et tu es toute, toi. Et, de toi, déborde le moi libre
et bon.
Mahmoud Darwich Le lit de l'étrangère ed Acte Sud traduction Elias Sanbar
Je nous vois : cerfs-volants et étoiles filantes
promeneurs égarés dans des forêts de voix.
Je nous vois : insectes précédés
des fragiles antennes de nos mémoires.
Je nous vois meutes d'encre et rires circulaires
debout, à genoux, bientôt à l'envers.
Je nous pense : lumière assourdissante
d'un éther sans couture
immensément parallèles à la rose.
Je nous rêve : dans la gorge de l'orage
et l'iris du blé.
Je nous rêve bord à bord
à l'issue des longues marches solennelles
quand les cloches de neige
pleuvent de toutes leurs notes
sur les paupières des jeunes filles.
Nohad Salameh D'autres annonciations poèmes 1980-2012 ed Le Castor Astral
oublie ta fatigue
refuse de convenir
que tu as marché
en vain
jusqu'à ce jour
oublie ta fatigue
étouffe la voix
qui t'invite
à renoncer
et sache faire
meilleur accueil
à ton besoin
du retour
oublie ta fatigue
dresse-toi
à nouveau
chemine
à nouveau
n'admets pas
que ta patrie
soit l'exil
Charles Juliet Moisson ed P.O.L
Allant au bord de la mer
compter vagues et coquilles
ma belle trouva bientôt
la rivière de Séville.
Entre cloches et lauriers
se balançaient cinq navires
ayant les rames dans l'eau
et les voiles à la brise.
Qui regarde dans la tour
caparaçonnée, là-haut ?
Cinq voix nous ont répondu
rondes comme des anneaux.
Le ciel superbe montait
le fleuve, assis sur ses rives.
Dans l'air à peine rougi
cinq bagues se balançaient.
Federico Garcia Lorca 1898-1936 Poésies 1921-1927 traduction André Belamich
Le Guadalquivir photo trouvée par Cédric
Dans le Nord, un pin solitaire
Se dresse sur une colline aride.
Il sommeille ; la neige et la glace,
L'enveloppent de leur manteau blanc.
Il rêve d'un beau palmier,
Là-bas, au pays du soleil,
Qui se désole, morne et solitaire,
Sur sa falaise de feu.
Henri Heine 1797-1856 Intermezzo lyrique


Photos trouvées par Cédric
J'imagine que je rêve
j'imagine que je suis
et je pense donc je suis
même quand je ne pense à rien.
Cette idée originale
étrangement analogue
à la thèse fondamentale
du philosophe Descartes
me vint en jouant aux cartes.
Jean Tardieu Œuvres ed Quarto Gallimard

"Voilà la "poker face" de Descartes". Cédric
Les trésors sont partout,
trop nombreux pour les voir.
Vols d'oies sauvages
dont la trace demeure
sur l'automne, le soir ;
bignone et hibiscus
tremblants de n'être plus,
gestes de tendresse,
caresses dissimulées
sur le front en sueur,
ce qui reste entre nous
des regards et des heures,
larmes et beauté
qui traversent les âges
du temps à l'éternité.
Jean Mambrino Grâce ed Arfuyen
Photo trouvée par Cédric