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pieds

Valérie Rouzeau Va où (extrait)

Publié le par riende9?

Je me remets en ligne au lieu de scriber rien

Partante à mes marques prête

Redémesure ma chance bol et déconfiture

Partie pieds décalés

Je serais une étoile ne serais pas plus rien que mon poids

     de gaieté mon volume de chagrin ne serais pas moins

     loin de vos yeux qu'aujourd'hui

Me revoilà en train de plus belle sur les rails

J'aurai roulé ma vie

Foncé dans ma charrette songé dans mon tonneau

Tracé mes cartes de tendre

Et mon esprit de ciel si j'en ai ira bien jusqu'au bout

     de sa peine jusqu'au bout de sa joie partante à vos

     marques prête

J'aurai beaucoup couri j'aurai beaucoup couru

Me serai entarté le cœur qu'il soit pas nu sentiment

     jamais vu et le reste me regarde

Je suis mon propre clown l'histrion lessivé bozo bozo

     beaux yeux

Je suis ma propre piste mon chemin de traviole mes

     bosses et puis mes creux mon histoire somme toute

     vraie ma déroute à mesure

 

 

Valérie Rouzeau

Va où

Ed Le temps qu'il fait

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Les pas

Publié le par riende9?

 

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu’ils sont doux, tes pas retenus!
Dieux!... tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus!

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
À l'habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d’être et de n’être pas,
Car j’ai vécu de vous attendre,
Et mon cœur n’était que vos pas.

Paul Valéry



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Jean-Pierre Duprey A la grimace

Publié le par riende9?

 

 

Allez-vous-en, vous n’êtes pas joués ! Il fait si noir qu’on n’a jamais gravé les cartes. Allez-vous-en, on vous a joués. Le soleil n’a jamais fait partie des livraisons du jour et la terre n’est qu’une ride de vieillesse. Celui qui aime l’atome ne mange que du néant. Celui qui croit prendre un chemin ne prend que son corps par la fatigue.

J’avais pourtant trouvé de la viande dans les statues…et quelque chose de touchable qui s’insérait, ne quittait jamais la main, cette main, ma main.

Mais la main, l’ombre d’un geste, n’avait jamais quitté cette sépulture anticipée, ce grand dortoir des autres, peuplé, peuplé…
D’un grand fauteuil qui n’invite personne…
D’une clef oeuvrée qui n’explique rien,
Trouvée dans la main
D’un pensionnaire de la maison détruite, quelqu’un payé très cher pour rien.

Et dans un coin du sommeil des autres, lui, là-bas, sa peau se déplace. A quoi t’entraînes-tu ? Qui donc te rêve ? Il n’a rien vu, rien entendu ; son corps l’avait porté à la dernière dimension nocturne, jusqu’à l’issue du dernier hasard.
Le dernier hasard…Un grand brouillard en place. En avant, drapeau noir ! Les démons, on vous somme, plus d’hésitation ! L’habitude de la réalité exige une belle autorité.

Moi, je n’aurais jamais dû me prendre les pieds dans cette galaxie !

 

 

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Sonnet III

Publié le par riende9?

J'aime, de la nuit, le prélude, lorsque vous

   venez,

Main dans la main et me prenez lentement,

   strophe après strophe, dans vos bras.

Vous m'emportez, tout là-haut, sur vos ailes.

   Amis, restez, ne vous hâtez pas

Et dormez contre mes flancs pareils aux ailes

   d'une hirondelle fatiguée.

 

Votre soie est chaude. A la flûte d'attendre

   un peu

Pour polir un sonnet lorsque vous me trouverez

   secret et beau

Comme un sens sur le point de se dénuder. Ne

   parvenant à arriver

Ni à s'attarder devant les mots, il me choisit pour

   seuil.

 

J'aime, de la poésie, la spontanéité de la prose

   et l'image voilée,

Dépourvue d'une lune pour l'éloquence :

Ainsi lorsque tu t'avances pieds nus, la rime

   abandonne

L'étreinte des mots et la cadence se brise au

   plus fort de l'essai.

 

Un peu de nuit auprès de toi suffit pour que je

    sorte de ma Babylone

Vers mon essence - ma fin. Point de jardin en

   moi

Et tu es toute, toi. Et, de toi, déborde le moi libre

   et bon.

 

Mahmoud Darwich Le lit de l'étrangère ed Acte Sud traduction Elias Sanbar

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Je suis un gardeur de troupeaux

Publié le par riende9?

Je suis un gardeur de troupeaux.

Le troupeau, ce sont mes pensées

Et mes pensées sont toutes sensations.

Je pense avec les yeux et avec les oreilles

Et avec les mains et les pieds

Et avec le nez et la bouche.

 

Penser une fleur c'est la voir et la respirer

Et manger un fruit c'est en savoir le sens.

 

C'est pourquoi lorsque par un jour de chaleur

Je me sens triste d'en jouir à ce point,

Et que je m'étends de tout mon long dans l'herbe.

Et que je ferme mes yeux brûlants,

Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,

Je connais la vérité et suis heureux.

 

Fernando Pessoa je ne suis personne ed Christian Bourgois éditeur

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La Révolte du sujet

Publié le par riende9?

" Un jour, un jour ",

Dicte le Sujet.

" Je me tiendrai

Seul

Sur mes pieds.

 

Sans ordre,

Sans Verbe

Et sans allié,

 

Dans un désordre

illuminé ! "

 

Andrée Chédid Grammaire en fête ed Flammarion

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Habib Tengour

Publié le par riende9?

Il avait rattrapé tous ses rêves par le petit bout

s'attristant de devoir finir seul

la course encore un tour il termine

 

Ses pieds suaient abondamment

à s'étouffer dans le nouveau modèle de baskets

mais depuis le début

 

courir était un cas de force majeure

 

Habib Tengour L'arc et la cicatrice Clepsydre ed de la différence 

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Haïkus

Publié le par riende9?

Sur la pierre

la sauterelle médite

face au soleil

 

Immobilité -

dans la tête, dans les pieds

quels fourmillements

 

Dans le brouillard

chargé de rosée

le papillon

 

Sereinement

de la lune au jardin

les feuilles tombent

 

Salim Bellen Tierra de Nadie (mouche, moines et papillons) traduit de l'espagnol par Josette Pellet et Daniel Py ed unicité

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