On attend encore
C'est le réveil des grenouilles
mais on attend encore le chant des cigales
et la floraison du plumbago
C'est le réveil des grenouilles
mais on attend encore le chant des cigales
et la floraison du plumbago
C'est bien toi
Je ne t'ai jamais vu
Et je te reconnais
Tu es celui que j'attendais
Prends la lampe
Appuie-toi sur mon bras
Il n'y a pas de rampe
Monte encore plus haut
Tu sais
On n'est jamais trop près du ciel
René Guy Cadou Morte saison 1940 dans Poésie la vie entière oeuvres poétiques complètes ed Seghers
Qui accueille s'enrichit
Qui exclut s'appauvrit
Qui élève s'élève
Qui abaisse s'abaisse
Qui oublie se délie
Qui se souvient advient
Qui vit de mort périt
Qui vit de vie sur-vit
François Cheng Le livre du Vide médian ed Albin Michel
J'en ai toujours voulu
plus
J'avais à peine rempli
un verre
que déjà
j'en voulais un autre
jusqu'à ton arrivée
à toi
toi
Un regard
sur
toi
et mon coeur s'est noyé dans une rivière d'étoiles
Dan Fante Bons baisers de la grosse barmaid ed 13e note
Jadis, combien souvent nous sommes demeurés, étoiles face à face,
lorsque, la plus libre de la constellation,
cette étoile de parole se détachait des autres et appelait.
Etoiles face à face nous nous étonnions,
elle, l'étoile parlante de la constellation,
moi, bouche de ma propre vie,
étoile jumelle de mon propre oeil.
Et la nuit nous accordait, ô combien,
cette complicité qui veille jusqu'au matin.
Rainer Maria Rilke Poèmes à la nuit ed Verdier
Certes, ils ont raison : le poète est de son temps ou avec son temps, ou encore contre son temps - dans le temps toujours.
Que le poète vive et meure et s'ennuie et chante, c'est sa façon de participer au tremblement. Il ne chante pas en choeur. Il est le Choeur. Il fournit les gestes dramatiques, fabrique des sanglots en série, ouvre, par lui et en lui, la brèche primordiale. Il relève les choses oubliées, il désespère de ce dont on ne désespère pas ; il s'ennuie de ce dont on a oublié de s'ennuyer ; mais il espère aussi des choses qu'on a oublié d'espérer. Il touche des réels que l'on croyait évanouis. La poésie meurt de ne pouvoir mourir.
Mais, alors que les mots sont vides, que ferait le poète s'il n'obéissait qu'aux mots, aux mots d'ordre ? Ces mots dont on a plein la bouche, mais qui ne sont point formés de salive de bouche ; qui provoquent ou attirent le sang, mais qui ne sont guère sang ?
Certes, le poète a sa place dans le monde. Et c'est alors qu'il crie les choses les plus obscures, qu'il semble le plus absent, et le plus lointain, qu'il a réalisé sa mission.
Benjamin Fondane
Benjamin Fondane Poèmes retrouvés 1925-1944 Edition sans fin Ed Parole et Silence
Nous confortons tous les analystes
Dans cette Opinion juste
Selon laquelle l'Eloquence c'est quand le Coeur
Ne trouve pas ses Mots -
Emily Dickinson Poésies complètes ed Flammarion traduction Françoise Delphy