Haïku
Soleil de nuit
Ricard de onze heures
pastis de minuit
Jean-Marie GOURIO Haïkus de mes comptoirs ed Le Castor Astral
Soleil de nuit
Ricard de onze heures
pastis de minuit
Jean-Marie GOURIO Haïkus de mes comptoirs ed Le Castor Astral
Ces longs ponts traversant les cieux brillent de gloire et sacrifient leur arche aux multiples couleurs le vert gémit parfois le bleu dans sa douleur saigne comme un vrai dieu auquel il
nous faut croire
Suivant un cours certain à travers les étoiles jaillit le lait béni qui fonda la blancheur trouée ainsi la nuit laisse couler sans voiles le galion incertain de l'angoisse
et des pleurs
Nul ne triomphera dans cette cavalcade ô
Théâtre du
Monde illustré par l'horreur toute teinte exsudée ondule et devient fade quand le sel a perdu sa violente fraîcheur
Les siècles ont transmis l'énigme et la sagesse les longs ponts dessinaient leurs sûres trajectoires au plan de la nature en joie et en détresse échos sans
volontés très fidèles miroirs
Raymond Queneau
retourne au creux de son ombre
feuillage sur feuillage arbre et visage
leur règne
dans l'ombre heureuse
l'arbre est tout plein de nuit blessée
des oiseaux y taillent de grands cris muets
Amina Saïd
—
Un sacre qui transmue la nuit.
Qu'esl-ce que l"or? dit la nuit.
—
Des tournesols sur la mer.
Qu'est-ce que l'or?
dit la mer.
—
Une douceur d'orange sous le sable.
Qu'est-ce que l'or? dit le sable.
—
Du lait où purifier le sang.
Qu'est-ce que l'or? dit le sang.
—
Des dieux en fête dans la neige.
Qu'est-ce que l'or? dit la neige.
—
Une enfance qui naît de la mort.
Qu'est-ce que l'or? dit la mort.
—
L'immortalité du mystère.
Qu'est-ce que l'or? dit le mystère.
—
Rien, sauf l'éclat de ma ténèbre.
Quand l'abîme brûlera ton visage,
là,
juste à l'extrême bord du roc,
— veuille la nuit
(qui les a pistés, longtemps traqués parmi la neige)
détourner les mots.
les écarter assez de toi
pour qu'aucun d'eux n'assèche ton sang,
n'ait le pouvoir de te détruire!
Oui,
sauf ceux (mais où luisent, derrière le soupçon, leur signes?)
qu'imprègne le souffle, que baigne muettement la foudre de ce qui t'habite et te transmue,
— redoute-les!
Prêt à prier,
— expulse la langue qui limite.
Fuis celle qui leurre le guet, ensable l'angoisse fécondante.
Evite celle qui rassure
(fût-ce l'âme, fût-ce la solitude du corps).
Car même l'énigme qu'elle annonce, même le mystère qu'elle salue ne peuplent rien à travers elle...
Les mages le savent : nul vocable (piégé/piégeant) ne sauve du deuil, ne sonde l'outre-mort.
Nul. hors le vrai délire, ne connaît le sens : le secret. (Extrait)
Jean-Claude Renard
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M'étant penché en cette nuit à la fenêtre,
je vis que le monde était devenu léger
et qu'il n'y avait plus d'obstacles.
Tout ce qui
nous retient dans le jour semblait plutôt devoir
me porter maintenant d'une ouverture à l'autre
à l'intérieur d'une demeure d'eau vers quelque chose
de très faible et de très lumineux comme l'herbe :
j'allais entrer dans l'herbe sans aucune peur,
j'allais rendre grâce à la fraîcheur de la terre,
sur les pas de la lune je dis oui et je m'en fus..
Philippe Jaccottet
O que j'aime la solitude !
Que ces lieux sacrés à la nuit,
Eloignés du monde et du bruit,
Plaisent à mon inquiétude !
Mon dieu ! Que mes yeux sont contents
De voir ces bois, qui se trouvèrent
A la nativité du temps,
Et que tous les siècles révèrent,
Etre encore aussi beaux et verts,
Qu'aux premiers jours de l'univers !
Saint-Amant (1594-1661) Poésies
L'été et notre vie étions d'un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta robe odorante
Avidité et contrainte s'étaient réconciliées
Le château de Maubec s'enfonçait dans l'argile
Bientôt s'effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l'escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d'âge affamé et de larmier géant)
C'était au début d'adorables années
La terre nous aimait un peu je m'en souviens
René Char Seuls demeurent
XVII
Au petit matin
le petit jour s'est exilé dans sa propre lumière
comme un astre de misère dans la plaie de sa courbe
la lune a poursuivi son parcours nuage après nuage
dedans dehors
de jour de nuit
ici là-bas
devant et toujours devant
entre deux et deux pôles
entre mille et mille détours
entre le silence de la pierre et la fragilité de la fleur
Mwènè Gabriel Okoundji Vent fou me frappe poèmes ed Fédérop
19
il n'y a pas que la nuit
ce serait mentir que de graver sur la pierre
il n'y a que la nuit
évidemment
ce serait mentir :
nouvelle nuit après la nuit dans l'intervalle
charbon
mot
éclat qui couve & consume
histoire à forme de glaise
et puis
sans voix
prière jetée du haut de la falaise
qui allume
on ne sait plus quoi
Jos Roy De suc & d'espoir With Sap & Hope ed Black Herald Press
ce texte est aussi en anglais.
Salue la lumière
qui t'ouvre les lèvres : ensuite
écarte les rideaux.
Dès le seuil invente
un mot toujours neuf,
précaire, ce sera "seuil".
Peut-être du givre
ou la frondaison, avance,
aux chemins de répondre.
Où que tu ailles, l'humus,
le sable, prends modèle
sur les ondes, allège-toi.
Ne sois que souffles
et vois : une glycine
a débordé le mur.
Ne coupe aucune fleur,
tu t'élargis
dans l'air des cimes.
Oublie tous les noms
sauf ceux du jardin,
à la fois ceux des plages.
Pleines mains sur ce tronc,
écoute, équitable,
le silence, la sève.
Rien ne reste invisible,
dis à présent
le parfum des lilas.
Pluie fine, la chair en liesse,
la clairvoyante, réveille
un chant de grive.
Les ailes, le coeur,
laisse-les battre,
laisse-les battre ensemble.
Si tu t'arrêtes, fais-le
à l'ombre d'un érable,
pense alors aux falaises.
Le vent sur les épaules,
n'aie soif ou faim
que d'embruns, de pollen.
Au soleil un vanneau,
un galet sous l'écume,
choisis l'un avec l'autre.
D'une même voix parle
à la nuit comme à l'aube
uniquement de ce qui va éclore.
Et toujours réserve
au creux de tes paumes
une place à l'écho.
Rends grâce au poème,
franchis l'horizon,
l'essor s'y régénère.
Pierre Dhainaut Rudiments de lumière ed Arfuyen