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campagne

Philippe Jaccottet

Publié le par riende9?

 

Je me souviens qu'un été récent, alors que je marchais une fois de plus dans la campagne, le mot joie, comme traverse parfois le ciel un oiseau que l'on n'attendait pas et que l'on n'identifie pas aussitôt, m'est passé par l'esprit et m'a donné, lui aussi, de l'étonnement.
Je crois que d'abord, une rime est venue lui faire écho, le mot soie ; non pas tout à fait arbitrairement, parce que le ciel d'été à ce moment-là, brillant, léger et précieux comme il l'était, faisait penser à d'immenses bannières de soie qui auraient flotté au-dessus des arbres et des collines avec des reflets d'argent, tandis que les crapauds toujours invisibles faisaient s'élever du fossé profond, envahi de roseaux, des voix elles-mêmes, malgré leur force, comme argentées, lunaires.
Ce fut un moment heureux ; mais la rime avec joie n'était pas légitime pour autant.


Philippe Jaccottet extrait de : à la lumière d'hiver

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Evadné

Publié le par riende9?

L'été et notre vie étions d'un seul tenant

La campagne mangeait la couleur de ta robe odorante

Avidité et contrainte s'étaient réconciliées

Le château de Maubec s'enfonçait dans l'argile

Bientôt s'effondrerait le roulis de sa lyre

La violence des plantes nous faisait vaciller

Un corbeau rameur sombre déviant de l'escadre

Sur le muet silex de midi écartelé

Accompagnait notre entente aux mouvements tendres

La faucille partout devait se reposer

Notre rareté commençait un règne

(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière

En tournant chaque nuit la page consentie

Veut que chaque part de toi que je retienne

Soit étendue à un pays d'âge affamé et de larmier géant)

 

C'était au début d'adorables années

La terre nous aimait un peu je m'en souviens

 

René Char Seuls demeurent

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L'hiver surviendra

Publié le par riende9?

L'hiver surviendra bref pour de sa blanche

          Nudité vêtir la campagne.

L'âtre où le feu flamboie sera notre patrie

          Et les contes que nous raconterons

Bien installés, assis tout contre sa chaleur,

          Vaudront bien les chansons

Par lesquelles naguère, entre les verts herbages

          Vigoureux, nous disions au soleil

L'ave atque vale  si triste et si joyeux,

          Solennels récitants de thrènes.

Mais pour l'instant l'automne est encore avec nous.

          S'il ne nous agrée point,

Mettons l'évocation de l'été en balance

          Avec l'espérance hiémale.

Puis entourés de ces offrandes évoquées

          Tel un fleuve passons.

 

Fernando Pessoa je ne suis personne ed Christian Bourgois éditeur 

 Quiétude...

 

 

Photos trouvées amicalement par Cédric

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Auguste Chabaud

Publié le par riende9?

Auguste Chabaud

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