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ombre

Sommeil

Publié le par riende9?

La lune tire la nuit

comme un chien son aveugle

 

Je les suis à pas d'ombre

au coeur du buisson noir

 

J'en appelle au silence

qui connaît les secrets

 

Qu'il guide mes pas

dans le couloir des feuilles

par les vallées de l'aube

vers le jour rajeuni

 

Jean-Pierre Siméon A l'aube du buisson ed Cheyne collection poèmes pour grandir 

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Buvant seul sous la lune

Publié le par riende9?

Au milieu des fleurs, un pichet de vin,

Seul à boire, sans un compagnon.

Levant ma coupe, je salue la lune,

Avec mon ombre, nous sommes trois.

La lune pourtant ne sait pas boire,

C'est en vain que l'ombre me suit.

Honorons cependant ombre et lune,

La joie ne dure qu'un printemps.

Je chante et la lune musarde,

Je danse et mon ombre s'ébat.

Eveillés, nous jouissons les uns des autres,

Ivres, chacun va son chemin.

Rendez-vous sur la Voie lactée,

Que dure à tout jamais, notre union amoureuse. 

 

Li Po ou Li Bai (701-762)

extrait ici de L'âme du vin

Treize improvisations en écho aux poèmes chinois par André Velter

Peintures et traductions de Ji Dahai

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Le petit prunier du jardin de montagne

Publié le par riende9?

Toutes les fleurs sont étiolées ; lui seul, il resplendit,

     Vainqueur de tout le petit monde du jardin.

Son ombre clairsemée zèbre une eau pure et peu profonde,

     Son parfum flotte obscurément dans la soirée où se lève la lune.

 

L'oiseau aux ailes givrées, avant de se poser, le regarde à la dérobée ;

     Si le papillon poudré le savait, il en serait jaloux.

Mais, par de subtiles chansons, l'oiseau sait faire sa cour :

     Point n'a besoin de claquettes de santal ni de coupe d'or.

 

 

Lin Pou (Lin Kiunn-fou 967-1028)

Anthologie de la poésie chinoise classique

Ed Poésie/Gallimard

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Les pas

Publié le par riende9?

 

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu’ils sont doux, tes pas retenus!
Dieux!... tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus!

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
À l'habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d’être et de n’être pas,
Car j’ai vécu de vous attendre,
Et mon cœur n’était que vos pas.

Paul Valéry



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Sauvage un arbre

Publié le par riende9?

retourne au creux de son ombre

feuillage sur feuillage arbre et visage

leur règne

dans l'ombre heureuse

l'arbre est tout plein de nuit blessée

des oiseaux y taillent de grands cris muets

 

Amina Saïd

 

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Rien

Publié le par riende9?

Plus rien même pas de la cendre même pas le souvenir plus rien

Plus rien sauf cette joie de l'oubli ce vent de l'oubli qui arrache tout

détruit tout et saccage le reste

Le moment est enfin venu de ne plus espérer de ne plus attendre de

ne plus croire de ne plus s'imaginer de ne plus trembler savoir qu'on

ne craint plus le vide que tout est consommé

consumé désincarné que ce qui était n'est plus plus rien même plus

rien même pas le néant

Je ne ricane plus je ne souris plus

je ne baisse plus les yeux ni ne les lève

je ne les frotte même plus je ne dors pas

je veille comme une pierre sans son ombre

et je suis transparent comme le temps

je vis comme vivent les nuages et la fumée

je m'efface et jusqu'aux dernières traces

 

Philippe Soupault

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Pierre Albert-Birot Le silence

Publié le par riende9?

Ni ombre ni lumière
Pas un mot
On tend la main pour cueillir le silence
C’est le silence
Qui prend la main.

 

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Gustave Roud

Publié le par riende9?

J'aimais la noire vallée, le bruit de l'eau à ma droite, ces flaques d'odeur, inexplicables, que je traversais tout à coup.
Les phares d'une automobile cachée tiraient violemment de l'obscur un dessin d'arbre, arrachaient à l'informe des fûts, des frondaisons figées - touchaient la forêt avec une espèce de doigt hagard.
Puis ils ont peint sur le talus mon ombre trébuchante, avançant, reculant par bonds et (j'entendais déjà ce trot de cheval peupler la solitude) côte à côte avec mon ombre, fraternelle, l'ombre d'un dragon derrière moi, qui s'élança soudain contre la pente, gagna la crête, immense, démesurée, et sauta dans le ciel.

Gustave Roud  Air de la solitude

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Automne

Publié le par riende9?

Une chaise, une table, un lit

rien d'autre sinon la beauté

par delà l'horizon d'automne

des grandes pluies tombent

sur les derniers chardons.

 

Saison du travail dans l'ombre

où s'égrènent sans avenir

les patients refrains

de la cour sonore.

 

Mais l'amour de toujours

commandait de laisser

entr'ouverte la porte

sur le seuil que viendra fleurir

un ciel bleu imaginaire.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

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La Demeure en juillet ...

Publié le par riende9?

La demeure en juillet, pendant l'après-midi.

À l'ombre des volets, la chambre s'acclimate ;

Le silence est heureux, calme, doux, attiédi,

Pareil au lait qui dort dans une fraîche jatte ;

La pendule de bois fait un bruit lent, hardi,

Semblable à quelque chat qui pousse avec sa patte

Les instants, dont l'un chante et l'autre est assourdi.

Le soleil va et vient dans l'ombre délicate,

Tout est tendre, paisible, encouragé, charmant,

On dirait que la joie auprès de nous habite ;

Pourtant l'on ne se sent aucun attachement...

Pourquoi n'Est-ce jamais dans ces instants qu'on quitte

La vie, avec son grand espace de tourment ?

 

Anna de Noailles (1876-1933) Les éblouissements

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