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enfance

Julien Green

Publié le par riende9?

Rien n'est plus délicieux que ces premières journées d'automne où l'air agité de puissants remous semble une mer invisible dont les vagues se brisent dans les arbres, tandis que le soleil, dominant cette fureur et ce tumulte, accorde à la moindre fleur l'ombre qu'elle fera tourner à son pied jusqu'au soir. De ce calme et de cette frénésie résulte une impression où la force se mêle à une douceur que le langage humain ne peut rendre. C'est un repos sans langueur, une excitation que ne suit aucune lassitude ; le sang coule plus joyeux et plus libre, le coeur se passionne pour cette vie qui le fait battre. A ceux qui ne connaissent pas le bonheur, la nature dans ces moments généreux leur en apporte avec les odeurs des bois et les cris des oiseaux, avec les chants du feuillage et toutes ces choses où palpite l'enfance.
 


Julien Green

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Génésie (extrait)

Publié le par riende9?

Sous les arbres
Avec tous les oiseaux d'enfance
Entre leurs bras
Le flot entre leurs racines
Mais l'on ne sait comment
Être intérieurement là
Pour lui vivre est alors plutôt
Se tenir
Dans l'ombre qui survient
Ses jeux ne duraient pas
Un seul vaut
Celui de dire
Et peut-être celui d'aimer
Si l'autre quelqu'un
Joue le même que soi
Là-bas c'était
D'être caché
En ce qu'on ne voit pas
Non dans les ombres de la terre
Qui sont encore des choses
Mais dans celle unique
Survenante
De l'esprit
Dont il reçut
L'invisibilité
Se tenait aussi
Sous les branches lunaires
Du saule
Accroupi sans rien faire
Que regarder devant
Penser à l'inutilité
Des mondes hors de soi
— Qu'y a-t-il qu'on ne sache
Et ne croyant pas au secret
À l'enfouissure au camouflement
Pas même aux livres d'aventure
Mais seulement au silence
À la sonorité de son effacement

 

Serge Marcel Roche

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Dits d'un livre de l'or (extrait)

Publié le par riende9?

Qu'est-ce que l'or? dit le jour.


Un sacre qui transmue la nuit.

Qu'esl-ce que l"or? dit la nuit.


Des tournesols sur la mer.

Qu'est-ce que l'or?

dit la mer.


Une douceur d'orange sous le sable.

Qu'est-ce que l'or? dit le sable.


Du lait où purifier le sang.

Qu'est-ce que l'or? dit le sang.


Des dieux en fête dans la neige.

Qu'est-ce que l'or? dit la neige.


Une enfance qui naît de la mort.

Qu'est-ce que l'or? dit la mort.


L'immortalité du mystère.

Qu'est-ce que l'or? dit le mystère.


Rien, sauf l'éclat de ma ténèbre.

Quand l'abîme brûlera ton visage,

là,

juste à l'extrême bord du roc,

— veuille la nuit

(qui les a pistés, longtemps traqués parmi la neige)

détourner les mots.

les écarter assez de toi

pour qu'aucun d'eux n'assèche ton sang,

n'ait le pouvoir de te détruire!

Oui,

sauf ceux (mais où luisent, derrière le soupçon, leur signes?)

qu'imprègne le souffle, que baigne muettement la foudre de ce qui t'habite et te transmue,

— redoute-les!

Prêt à prier,

— expulse la langue qui limite.

Fuis celle qui leurre le guet, ensable l'angoisse fécondante.

Evite celle qui rassure

(fût-ce l'âme, fût-ce la solitude du corps).

Car même l'énigme qu'elle annonce, même le mystère qu'elle salue ne peuplent rien à travers elle...

Les mages le savent : nul vocable (piégé/piégeant) ne sauve du deuil, ne sonde l'outre-mort.

Nul. hors le vrai délire, ne connaît le sens : le secret. (Extrait)

 

Jean-Claude Renard

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Jean Mambrino 50

Publié le par riende9?

Certaines silhouettes portent avec douceur

le temps sur leurs épaules,

comme un sentier la pluie d'automne le soir.

Elles revêtent en silence la douleur

du monde. As-tu vu cette vieille femme

qui tenait une enfant par la main, sa tête petite

levée vers elle ? Leurs regards, en se croisant,

se passent la même aurore. Enfance et vieillesse

orphelines. On ne sait qui enfante l'autre.

 

Ainsi la vie se transmet.

 

Jean Mambrino Comme un souffle de rosée bruissant ed Arfuyen 

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Jacques Lacarrière

Publié le par riende9?

Disons qu'abondance de bien ne nuit pas:

Ardoise

Tu gardes en toi
le sceau des fougères et des prêles,
le calque des écorces, étant
paume ouverte du temps
mémoire des ruches de la vie
où bourdonne encore en nos doigts
l'enfance des reptiles.

Jacques Lacarrière  Lapidaire ed Fata Morgana

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L'arbre Rina Lasnier

Publié le par riende9?

J’avais un grand arbre vert
Où nichait mon enfance ailée,
Un arbre grand troué de lumière
Qui remplissait le haut de mon âme.
 
J’avais de douces branches vertes
Où chantait mon enfance triste,
Des branches vertes et sonores
Qui répétaient les chagrins de mon âme.
 
J’avais mille feuilles vertes
Où palpitait l’élan de mon enfance,
Des feuilles lisses et captives
Comme les oiseaux de mon âme.
 
J’avais un grand arbre vert
Où se dénouait la fleur de mon enfance,
Pour quel printemps, pour quelle abeille ?
Pour quelle joie, pour quelle souffrance ?

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Jean-Claude Pirotte

Publié le par riende9?

l'enfance et l'éternité

sont peut-être synonymes

comme l'hiver et l'été

comme le ciel et l'abîme

 

c'est ce qu'il préfère croire

l'enfant du fond de la classe

qui pressent les longs déboires

de la vie et du langage

 

Jean-Claude Pirotte Le promenoir magique et autres poèmes 1953-2003 ed La table ronde

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Jean-Claude Pirotte

Publié le par riende9?

la solitude est féminine

(comme son nom l'indique)

elle est cette épouse éperdue

que jamais vraiment tu ne quittes

 

elle se tient au coin du feu

qui s'éteint dans la chambre basse

elle a les yeux clairs les mains bleues

des revenants de ton enfance

 

elle est la depuis ta naissance

elle est la fée au don précieux

qui pensive tient sa promesse

de veiller jusqu'au dernier soir

 

Jean-Claude Pirotte Le promenoir magique et autres poèmes ed La table ronde

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Auguste Chabaud

Publié le par riende9?

Auguste Chabaud

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Avec une encre hésitante

Publié le par riende9?

Il y a des mots qu'on emmène en voyage parmi les chemins pierreux,

Les sentiers envahis d'abeilles, de fruits rouges et d'empreintes animales.

Il y a les mots qui cachent des souffrances, des interdits, des noires paroles,

Des parlers amoureux déçus, des musiques inachevées et des lettres désespérées.

Les phrases alors témoignent de la fécondité des chagrins et des rires printaniers.

 

Avec les mots, je dégomme les servitudes austères et les relents de fausses nouvelles.

Je pèle les doutes parmi les ombres dansantes et les voiles incrédules.

Il y a des mots qui portent des saveurs sucrées et des douceurs éphémères,

Des lointains appels, des accents trop épicés et des heures trop amères.

Les phrases alors traduisent les états sémaphoriques au long cours.

 

Dans les grands vents de l'oubli, quelques mots soufflent la tiédeur de l'enfance,

Les paravents de l'adolescence, les premiers émois et les rigueurs du labeur.

Il y a des mots qui décrivent de profonds silences, des vitraux gorgés de soleil,

Des lieux environnés d'une nature abondante pleine de corbeilles de fruits

Et d'arbres qui suçotent sans fin la sève qui sculpte toute l'arborescence saisonnière.

 

Les phrases appellent au renouveau, au verdissement sentimental,

Aux feux de la Saint-Jean, aux soleils couchants, aux pleines lunes,

Au bon pain, au goût sucré des pommes sauvages et à l'acidité des agrumes.

L'enjambement des mots invite jusqu'au pavillon de verdure où le langage foisonne

Parmi les nappes damassées étalées dans l'attente d'un repas bucolique.

 

Christian Malaplate Visages de Poésie Vague de poètes en Méditerranée Jacques Basse ed Rafael De Surtis

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