Haïku du jour
C'est le début des cigales
elles chantent depuis hier
est-ce que cela sent l'été
C'est le début des cigales
elles chantent depuis hier
est-ce que cela sent l'été
Ce n'est pas encore l'été
mais deux vers luisants
accompagnent notre soirée
La coccinelle est sur l'herbe _
En mode photographe
Bzz ne veut pas prendre la pose
Assis sur son muret _ Chat
guette les chauve-souris
Si une se laissait saisir
Sauvetage du papillon
Plouf dans le café
Egouttage suivi d'envol
Dans le pré les cloches des vaches
la maigre et son veau
mais où sont passées ses cornes
Je cherche un mot
vaste et chaud comme une chambre
sonore comme une harpe
dansant comme une robe
clair comme un avril
un mot que rien n'efface
comme une empreinte dans l'écorce
un mot que le mensonge
ne séduit pas
un mot pour tout dire
la mort la vie
la peur le silence et la plainte
l'invisible et le doux
et les miracles de l'été
depuis si longtemps je cherche
mais j'ai confiance en vous :
il va naître de vos lèvres
Jean-Pierre Siméon La nuit respire Cheyne éditeur
Je me souviens qu'un été récent, alors que je marchais une fois de plus dans la campagne, le mot joie, comme traverse parfois le ciel un oiseau que l'on n'attendait pas et que l'on n'identifie pas aussitôt, m'est passé par l'esprit et m'a donné, lui aussi, de l'étonnement.
Je crois que d'abord, une rime est venue lui faire écho, le mot soie ; non pas tout à fait arbitrairement, parce que le ciel d'été à ce moment-là, brillant, léger et précieux comme il l'était, faisait penser à d'immenses bannières de soie qui auraient flotté au-dessus des arbres et des collines avec des reflets d'argent, tandis que les crapauds toujours invisibles faisaient s'élever du fossé profond, envahi de roseaux, des voix elles-mêmes, malgré leur force, comme argentées, lunaires.
Ce fut un moment heureux ; mais la rime avec joie n'était pas légitime pour autant.
Philippe Jaccottet extrait de : à la lumière d'hiver
A la place du ciel
Je mettrai son visage
Les oiseaux ne seront
Même pas étonnés
Et le jour se levant
Très haut dans ses prunelles
On dira: "le printemps
Est plus tôt cette année?"
Beaux yeux, belle saison
Viviers de lampes claires
Jardins qui reculez
Sans cesse l'horizon
On fait déjà les foins
Le long de ses paupières
Les animaux peureux
Viennent à la maison
Je n'ai jamais reçu
Tant d'amis à ma table
Il en vient chaque jour
De nouvelles étables
L'un apporte sa faim
Un autre la douleur
Nous partageons le peu
Qui reste tous en choeur
Qu'un enfant attardé
Passe la porte ouverte
Et devinant la joie
Demande à me parler
Pour le mener vers moi
Deux mains se sont offertes
Si bien qu'il a déjà
Plus qu'il ne désirait
La chambre est encombrée
De rivières sauvages
Dans le foyer s'envole
Une épaisse forêt
Et la route qui tient
En laisse les villages
Traîne sa meute d'or
Jusque sous les volets
Tous mes fruits merveilleux
Tintent sur mon épaule
Son sang est sur ma bouche
Une flûte enchantée
Je lui donne le nom
De ma première enfance
De la première fleur
Et du premier été
René Guy Cadou Hélène ou le règne végétal (Seghers 1952)
Douceur,
Je dis : douceur.
Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t'accueillent
Qui te donnent du temps.
Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.
Je dis : douceur,
Pensant aussi
A des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
A des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,
A des poignées de main.
Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,
A des moments qui disent
Le temps de la douceur venant pour tout de bon,
Cet air tout neuf,
Qui pour durer s'installera.
Eugène Guillevic Terre à bonheur
Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles.
Une voix, comme un tambour, voilée,
Parvient pourtant distinctement jusqu'à nous.
Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau
Elle ne parle que d'été et de printemps.
Elle remplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.
Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.
Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ?
Elle dit : "La peine sera de courte durée".
Elle dit : " La belle saison est proche ".
Ne l'entendez-vous pas ?
Robert Desnos (19900-1945) Contrée
Aux heures solitaires de l'esprit, c'est chose belle
De s'en aller sous le soleil, au long
des murailles d'or de l'été.
Les pas bruissent doucement dans l'ombre, mais sans rompre
Au marbre gris le sommeil du fils de Pan.
Sur la terrasse, le soir, nous bûmes du vin brun jusqu'à l'ivresse
la pêche s'empourpre et brûle au creux des feuilles.
tendre sonate, rire heureux.
Qu'il est beau le silence de la nuit !
dans la plaine obscure
Nous croisons des bergers et de blanches étoiles.
Quand l'automne est venu
S'éveille dans le bois une calme lumière.
Nous errons apaisés au long des murailles rouges
Et nos regards levés suivent les vols d'oiseaux.
Le soir, l'eau pâle choit dans les urnes des tombes.
Le ciel repose au lit des rameaux nus.
Le paysan porte le pain, le vin dans ses mains pures,
Les fruits mûrissent doucement aux chambres pleines de soleil.
Oh qu'elle est grave, la face des morts bien-aimés !
Mais la juste vision remplit l'âme de joie.
Georg Trakl
Vingt quatre poèmes
Traduction Gustave Roud
Ed. la délirante
je ne l'attendais plus
mais il est là
l'été et sa chaleur étouffante
(toute moite) !
L'été et notre vie étions d'un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta robe odorante
Avidité et contrainte s'étaient réconciliées
Le château de Maubec s'enfonçait dans l'argile
Bientôt s'effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l'escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d'âge affamé et de larmier géant)
C'était au début d'adorables années
La terre nous aimait un peu je m'en souviens
René Char Seuls demeurent