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LA MEDITERRANEENNE

Publié le par riende9?

La Méditerranéenne fut mon double / ma doublure

le Bleu - ma demeure

mon souffle / ma démesure.

 

Le Levant : ma saignée première

l'unique échancrure

vers l'oiseau ivre des confins

et de toute solitude.

 

Mais je n'ai pour espace

que ton visage innombrable :

ma face / mon profil.

 

Voici mes proverbes voraces

l'orgue de barbarie au parfum d'olivier

les dieux de l'encrier

que l'Orient immole :

leur chant soit à ton âme

une longue rivière !

 

Nohad Salameh Le livre de Lilith

Avec deux lavis de Colette Deblé

Ed L'Atelier du Grand Tétras

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Renée Vivien

Publié le par riende9?

 

 

 

 
Dans mon âme a fleuri le miracle des roses.
Pour le mettre à l’abri, tenons les portes closes.

Je défends mon bonheur, comme on fait des trésors,
Contre les regards durs et les bruits du dehors.

Les rideaux sont tirés sur l’odorant silence,
Où l’heure au cours égal coule avec nonchalance.

Aucun souffle ne fait trembler le mimosa
Sur lequel, en chantant, un vol d’oiseaux pesa.

Notre chambre paraît un jardin immobile
Où des parfums errants viennent trouver asile.

Mon existence est comme un voyage accompli.
C’est le calme, c’est le refuge, c’est l’oubli.

Pour garder cette paix faite de lueurs roses,
O ma Sérénité ! tenons les portes closes.

La lampe veille sur les livres endormis,
Et le feu danse, et les meubles sont nos amis.

Je ne sais plus l’aspect glacial de la rue
Où chacun passe, avec une hâte recrue.

Je ne sais plus si l’on médit de nous, ni si
L’on parle encor… Les mots ne font plus mal ici.

Tes cheveux sont plus beaux qu’une forêt d’automne,
Et ton art soucieux les tresse et les ordonne.

Oui, les chuchotements ont perdu leur venin,
Et la haine d’autrui n’est plus qu’un mal bénin.

Ta robe verte a des frissons d’herbes sauvages,
Mon amie, et tes yeux sont pleins de paysages.

Qui viendrait nous troubler, nous qui sommes si loin
Des hommes ? Deux enfants oubliés dans un coin ?

Loin des pavés houleux où se fanent les roses,
Où s’éraillent les chants, tenons les portes closes

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L'arbre Rina Lasnier

Publié le par riende9?

J’avais un grand arbre vert
Où nichait mon enfance ailée,
Un arbre grand troué de lumière
Qui remplissait le haut de mon âme.
 
J’avais de douces branches vertes
Où chantait mon enfance triste,
Des branches vertes et sonores
Qui répétaient les chagrins de mon âme.
 
J’avais mille feuilles vertes
Où palpitait l’élan de mon enfance,
Des feuilles lisses et captives
Comme les oiseaux de mon âme.
 
J’avais un grand arbre vert
Où se dénouait la fleur de mon enfance,
Pour quel printemps, pour quelle abeille ?
Pour quelle joie, pour quelle souffrance ?

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Douce plage où naquit mon âme

Publié le par riende9?

Douce plage où naquit mon âme ;

et toi, savane en fleurs

Que l'Océan trempe de pleurs

Et le soleil de flamme ;

 

Douce aux ramiers, douce aux amants,

Toi de qui la ramure

Nous charmait d'ombre et de murmure,

Et de roucoulements ;

 

Où j'écoute frémir encore

Un aveu tendre et fier -

Tandis qu'au loin riait la mer

Sur le corail sonore.

 

Paul-Jean Toulet (1867-1920) Les contrerimes

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Sur la poésie

Publié le par riende9?

 

Le talent poétique naît dans les

âmes vives de l'impuissance

de raisonner.

*

Les poètes sont des enfants avec

beaucoup de grandeur d'âme et

avec une céleste intelligence.

*

Les beaux vers sont ceux qui

s'exhalent comme des sons

ou des parfums.

*

On ne peut trouver de poésie

nulle part quand on n'en

porte pas en soi.

 

Joseph Joubert (1754-1824) mille ans de poésie ed Milan

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Jules Supervielle dans Débarcadères

Publié le par riende9?

Voyageur, voyageur, accepte le retour,

Il n'est plus place en toi pour de nouveaux visages,

Ton rêve modelé par trop de paysages,

Laisse-le reposer en son nouveau contour.

 

Fuis l'horizon bruyant qui toujours te réclame

Pour écouter enfin ta vivante rumeur

Que garde maintenant de ses arcs de verdeur

Le palmier qui s'incline aux sources de ton âme.

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Au souvenir de qui je fus

Publié le par riende9?

Au souvenir de qui je fus, je vois un autre,

Et le passé n'est le présent qu'en la mémoire.

     Qui je fus est un inconnu que j'aime,

     Et qui plus est, en rêve seulement.

De nostalgie blessée mon âme se languit

Non pas de moi-même, ou du passé que je vois,

     Mais de celui que j'habite

     Derrière mes yeux aveugles.

Rien, hormis l'instant, ne sait rien de moi.

Même mon souvenir n'est rien, et je sens bien

      Que celui que je suis et ceux-là que je fus

      Sont rêves différents.

 

Fernando Pessoa je ne suis personne ed Christian Bourgois  

    

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Le poème

Publié le par riende9?

Un poème sommeille en moi

    Qui exprimera mon âme entière

Je le sens aussi vague que le son et le vent

    Non modelé dans sa forme accomplie

 

Il n'a ni stance, ni vers, ni mot

    Il n'est même pas tel que je le rêve,

Rien qu'un sentiment confus de lui

    Rien qu'une brume heureuse entourant la pensée

 

Jour et nuit dans mon mystère intime

    Je le rêve, je le lis, je l'épelle

Et sa vague perfection toujours

    Gravite en moi à la frange des mots

 

Jamais, je le sais, il ne sera écrit

    Je sais et j'ignore à la fois ce qu'il est

Mais je jouis de le rêver

    Car le bonheur, même faux, reste le bonheur

 

 

There sleep a poem in my mind

    That shall my entire soul express.

I feel it vague as sound and wind

    Yet sculptured in full definiteness.

 

It has no stanza, verse or word.

    Ev'n as I dream it, it is not.

'Tis a mere feeling of it, blurred,

    And but a happy mist round thought.

 

Day and night in my mystery

    I dream and read and spell it over,

And ever round words' brink in me

    Its vague completeness seems to hover.

 

I know it never shall be writ.

    I know I know not what it is.

But I am happy dreaming it,

    And false bliss, although false, is bliss.

 

Fernando Pessoa Poèmes anglais ed points traduction Georges Thinès 

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Henry David Thoreau

Publié le par riende9?

259. L'homme est l'artisan de son propre bonheur.

 

260. Telle est toujours la beauté : ni ici ni là, ni maintenant ni alors, ni à Rome ni à Athènes, mais partout où il y a une âme à admirer. Si je la cherche ailleurs parce que je ne la trouve pas chez moi, ma quête s'avérera infructueuse.

 

269. Il n'est d'autre remède à l'amour que d'aimer davantage.

 

273. La musique est soit un sédatif soit un tonique pour l'âme.

 

277. Aucune définition de la poésie ne convient qui ne soit la poésie elle-même.

 

284. La sincérité et la transparence parfaites sont des éléments essentiels de la beauté, comme dans les gouttes de rosée, les lacs et les diamants.

 

305. Soyez résolument et fidèlement ce que vous êtes, soyez humblement ce que vous aspirez à être.

 

318. Les vrais vers ne se comptent pas sur les doigts du poète, mais sur les fibres de son coeur.

 

320. La bonne poésie semble être une chose si simple et si naturelle que, quand nous la croisons, nous restons étonnés que tous les hommes ne soient pas toujours des poètes. La poésie n'est rien d'autre que la santé de la parole.

 

322. Un livre devrait être une veine d'or, comme la phrase est un diamant trouvé dans le sable ou une perle pêchée dans la mer.

 

323. L'amitié devrait être une grande promesse, un printemps éternel.

 

334. Que fait l'éducation bien souvent ? Elle transforme un ruisseau sinuant librement en une douve bien droite. 

 

343. Une relation constante avec la nature est très importante, tout comme la contemplation des phénomènes naturels, pour la préservation de la santé morale et intellectuelle.

 

349. Qu'il est vain de s'asseoir pour écrire quand on ne s'est pas levé pour vivre.

 

351. Rien n'est autant craint que la peur.

 

403. La nature est lente mais sûre. Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire. Elle est la tortue qui remporte la course par sa persévérance.

 

454 Les livres sont la richesse amoncelée du monde et l'héritage approprié des générations et des nations.

 

477 Une fois, un moineau vint se poser sur mon épaule alors que je sarclais dans un jardin au village ; j'eus le sentiment d'être plus honoré dans cette circonstance que j'aurais dû l'être par n'importe quelle autre épaulette.

 

493. Il ne faut pas d'argent pour acheter ce qui est nécessaire à l'âme.

 

 

 

Henry David Thoreau La moelle de la vie 500 aphorismes ed Mille et une nuits

 

 

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Emily Dickinson

Publié le par riende9?

It is easy to work when the soul is at play -
But when the soul is in pain -
The hearing him put his playthings up
Make work difficult - then -

It is simple, to ache in the Bone, or the Rind -
But Gimblets - among the nerve -
Mangle daintier - terribler -
Like a Panther in a Glove -


Il est aisé de travailler quand l'âme est en joie -
Mais quand l'âme souffre -
L'entendre ranger ses jouets
Rend le travail  - difficile -

C'est simple d'avoir mal à l'Os, ou à la Peau -
Mais les Vrilles - parmi les nerfs -
Lacèrent plus délicatement - plus terriblement -
Comme une panthère dans un gant -

Traduction Françoise Delphy

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