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main

Chanson sur l'air de l'eau Su Shi (1037-1101)

Publié le par riende9?

Quel est l'âge de la lune ?

Une coupe à la main, je le demande au Ciel.

Quel jour de l'année peut-il bien être,

au Palais des Cieux ?

Je veux y retourner sur les ailes du vent,

Mais je crains trop le froid là-haut,

Dans le palais de jade.

 

Extrait de Lâme du vin treize improvisations en écho aux poèmes chinois par André Velter Peintures et traductions de Ji Dahai

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Tour étoile

Publié le par riende9?

Tour de silence vagabonde

dans les herbages du soleil

Depuis le sourire de l'onde

et la grande clef d'or de l'inconstance

 

Fontaine d'air où les nuages

un à un s'en vont se briser

Si tu savais que ta main blanche

n'est pas faite pour les éclairs enchaînés

 

Alors têtes sans yeux qui voguez dans l'espace

la lèvre de feu humectée

vous tomberez laissant vos traces

sur les puits de froid se geler

 

Les éclairs gerbe toujours mûre

dans tes bras vont se réchauffer

et l'alcool qui enchante ma voix

parle très bas pour toi

pour toi

 

André de Richaud

Le Droit d'asile

&

Poèmes épars

L'ETHER VAGUE PATRICE THIERRY éditeur

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Jean-Claude Renard Extrait

Publié le par riende9?

 

Marcher, fût-ce vers rien, garde possible tout.

L'eau de l'obscur est bonne à boire.
Accordant le zèle du corps à la grande danse initiatique, approche-toi de la maison où sur la table, une cruche attend la main secrète qui pourra seule l'y verser.

Des abeilles ruchent sous la neige.
Qui l'ignore ne voyage pas...

 

Jean-Claude Renard Extrait



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La Danse

Publié le par riende9?

Voyez ces jeunes couples tournoyer dans la valse gracieuse. Leurs pieds rapides effleurent à peine le sol. Sont-ce des ombres fugitives délivrées du fardeau des corps, ou des génies qui poursuivent leurs danses aériennes aux rayons de la lune ? Légers comme la vapeur incertaine que le souffle du vent balance dans les airs, comme la barque qui se balance sur une onde argentée, leurs pas suivent avec art les cadences de la musique.

Tout à coup un couple hardi s’élance au milieu des rangs épais. Il veut se frayer un passage, une main magique ouvre le chemin devant lui et le referme aussitôt. Le voilà qui disparaît à nos yeux, et l’élégant assemblage ressemble à une œuvre de confusion ; mais l’ordre joyeux se rétablit, le nœud se délie, la symétrie reparaît avec un charme nouveau. Sans cesse brisée elle renaît sans cesse, une loi certaine dirige ses changements continuels. Comment ces mouvements se renouvellent-ils ainsi, comment le repos apparaît-il encore dans ces groupes mobiles ? Comment, en n’obéissant qu’à l’instinct du plaisir, chacun dans ces bonds impétueux suit-il la ligne qu’il doit suivre ? Veux-tu le savoir ? C’est la puissance de l’harmonie qui fait de ces bonds impétueux une danse agréable, qui, pareille à Némésis, conduit et gouverne avec le frein doré du rhythme le plaisir turbulent. Ô homme, et les harmonies des mondes raisonnent en vain autour de toi, tu n’entends pas leur accord sublime, tu n’entends pas la mélodie des êtres et le mouvement des astres brillants qui poursuivent leur route dans l’espace. Tu oublies dans tes actions l’ensemble harmonieux que tu respectes dans tes jeux.

 



Friedrich Schiller

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Douceur

Publié le par riende9?

Douceur,

Je dis : douceur.

 

Je dis : douceur des mots

Quand tu rentres le soir du travail harassant

Et que des mots t'accueillent

Qui te donnent du temps.

 

Car on tue dans le monde

Et tout massacre nous vieillit.

 

Je dis : douceur,

Pensant aussi

A des feuilles en voie de sortir du bourgeon,

A des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,

A des poignées de main.

 

Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,

A des moments qui disent

Le temps de la douceur venant pour tout de bon,

 

Cet air tout neuf,

Qui pour durer s'installera.

 

Eugène Guillevic Terre à bonheur 

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Pierre Albert-Birot Le silence

Publié le par riende9?

Ni ombre ni lumière
Pas un mot
On tend la main pour cueillir le silence
C’est le silence
Qui prend la main.

 

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Jean-Pierre Duprey A la grimace

Publié le par riende9?

 

 

Allez-vous-en, vous n’êtes pas joués ! Il fait si noir qu’on n’a jamais gravé les cartes. Allez-vous-en, on vous a joués. Le soleil n’a jamais fait partie des livraisons du jour et la terre n’est qu’une ride de vieillesse. Celui qui aime l’atome ne mange que du néant. Celui qui croit prendre un chemin ne prend que son corps par la fatigue.

J’avais pourtant trouvé de la viande dans les statues…et quelque chose de touchable qui s’insérait, ne quittait jamais la main, cette main, ma main.

Mais la main, l’ombre d’un geste, n’avait jamais quitté cette sépulture anticipée, ce grand dortoir des autres, peuplé, peuplé…
D’un grand fauteuil qui n’invite personne…
D’une clef oeuvrée qui n’explique rien,
Trouvée dans la main
D’un pensionnaire de la maison détruite, quelqu’un payé très cher pour rien.

Et dans un coin du sommeil des autres, lui, là-bas, sa peau se déplace. A quoi t’entraînes-tu ? Qui donc te rêve ? Il n’a rien vu, rien entendu ; son corps l’avait porté à la dernière dimension nocturne, jusqu’à l’issue du dernier hasard.
Le dernier hasard…Un grand brouillard en place. En avant, drapeau noir ! Les démons, on vous somme, plus d’hésitation ! L’habitude de la réalité exige une belle autorité.

Moi, je n’aurais jamais dû me prendre les pieds dans cette galaxie !

 

 

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Tout à coup

Publié le par riende9?

J'étais en train

de lire un livre

quand tout à coup

je vis ma vitre

emplir son œil absent d'oiseaux légers et ivres

 

Oui, il neigeait.

La folle neige !

Elle tombait

tranquille et fraîche

dans le cœur tout troué comme un filet de pêche.

 

C'était si bon !

et j'étais ivre

de ces flocons

heureux de vivre

que ma main oublieuse, laissa tomber le livre !

 

En ai-je vu

neiger la neige

dans le cœur nu !

Ah Dieu ! Que n'ai-je

su garder dans mon cœur un peu de cette neige !

 

Toujours en train

de lire un livre !

Toujours en train

d'écrire un livre !

Et tout à coup la neige tranquille dans ma vitre

 

Benjamin Fondane (1944)

 

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Jean Mambrino 50

Publié le par riende9?

Certaines silhouettes portent avec douceur

le temps sur leurs épaules,

comme un sentier la pluie d'automne le soir.

Elles revêtent en silence la douleur

du monde. As-tu vu cette vieille femme

qui tenait une enfant par la main, sa tête petite

levée vers elle ? Leurs regards, en se croisant,

se passent la même aurore. Enfance et vieillesse

orphelines. On ne sait qui enfante l'autre.

 

Ainsi la vie se transmet.

 

Jean Mambrino Comme un souffle de rosée bruissant ed Arfuyen 

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Yves Bonnefoy

Publié le par riende9?

 Le soir.

Ces oiseaux qui se parlent, indéfinis,

Qui se mordent, lumière.

La main qui a bougé sur le flanc désert.

 

Nous sommes immobiles depuis longtemps.

Nous parlons bas.

Et le reste autour de nous comme des flaques de couleur.

 

Yves Bonnefoy Poèmes 

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