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La route d'Aigues-Mortes

Publié le par riende9?

I

Sur la rout' des Saintes-Maries

Les Rabouins semblaient s'engueuler.

Mais dans leur langue de Hongrie

Ce n'était que mots d'amitié.

 

II

Les fleurs faisaient un peu gitanes

Les jolis enfants goudronnés

Disaient de tendres mots grossiers

Au bord de l'ombre des platanes

 

III

Nous allumâmes nos chandelles

Quand la nuit stoppa le convoi

Et nous chantâm's pour notre roi

Des hermétiques bagatelles.

 

IV

Et puis chacun boucla sa gueule

Sauf, on ne sait quel moustachu

Qu'on envoya choir dans un' meule

Avec un bon coup d' pied au cul.

 

1950 Pierre Mac Orlan Poésies documentaires complètes ed Poésie / Gallimard

 

 

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Proverbe japonais

Publié le par riende9?

L'un de vous m'a soufflé ce proverbe mais je ne sais plus qui c'est, je ne l'ai pas noté. Merci.

 

Un gentil petit mot

peut réchauffer

jusqu'à trois mois d'hiver.

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L'Hiver des Alpes

Publié le par riende9?

Ces atomes de feu, qui sur la neige brillent,

Ces étincelles d'or, d'azur et de cristal

Dont l'hiver, au soleil, d'un lustre oriental,

Pare ses cheveux blancs que les vents éparpillent ;

 

Ce beau coton du ciel de quoi les monts s'habillent,

Ce pavé transparent fait du second métal ;

Et cet air net et sain, propre à l'esprit vital,

Sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent.

 

Cette saison me plaît, j'en aime la froideur ;

Sa robe d'innocence et de pure candeur

Couvre en quelque façon les crimes de la terre.

 

Aussi l'Olympien la voit d'un front humain,

Sa colère l'épargne, et jamais le tonnerre

Pour désoler ses jours ne partit de sa main.

 

Saint-Amant (1594-1661) Poésies

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Le sourire

Publié le par riende9?

Une petite tortue qui darde sa tête

peut nous guider vers l'allégresse ou la bonté.

Au-dedans cela s'arrête, et deux pies jacassent

sur un sujet que nous ne connaîtrons jamais ;

cet enfant admire un scarabée : tout l'espace

est décoré par ses pinces. Il faut relire

la grande page étincelante dont des yeux

ouverts sont les enluminures. Un sourire

est à la source du texte cachant la source

où il ne cesse de puiser, en racontant

l'enfant, les pies, le scarabée, avec le fond

des cieux, et la tortue qui claudique et acquiesce.

 

Jean Mambrino La pénombre de l'or ed Arfuyen

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Haïku Sôseki

Publié le par riende9?

Seul et solitaire je ne pense à rien

Déjà écoulés

Les trois premiers jours de l'année

 

Solitaire   Phi Loc  illustration trouvée par Cédric ici 

http://www.asianfineart.com/solitaire.htm

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Poème quatrième

Publié le par riende9?

J'ai écrit trois poèmes

qui n'auront jamais de sens

pour personne pas même

pour les grands éditeurs blêmes.

 

Ce ne sont pas des fruits

de l'esprit ou du coeur

non plus que des façons d'oiseaux

ou de serpents ou de lézards.

 

Ils ressemblent plutôt à des graminées folles

avoine, orge, ou fétuque

qui n'existent que pour n'avoir

aucune raison d'exister.

 

Au travers des strophes

comme en les verticilles

viennent s'inscrire le soleil

la lune et les étoiles

quand il ne pleut pas bien sûr.

 

Si la tempête se lève

pourquoi n'étant rien pas même

un rêve seraient-ils

balayés et anéantis ?

 

Cette question naturelle

qui nous concerne au premier chef

fit germer en secret

la très inutile graine

de ce poème quatrième.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

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Haïku Bashô

Publié le par riende9?

L'année va finir,

l'année va finir...

déjà la fin de l'année

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A Monique Ardiet

Publié le par riende9?

L'arbre dans la forêt tient un discours d'oiseau.

   La discipline électrise une ruche.

Le zéphyr sous l'azur dodine le roseau.

   Une mousse verte habille la bûche.

 

Quand l'homme aux lèvres d'or arrive dans la plaine,

   Le mot amour parfume son haleine.

Rougeoyant au soleil, les pavots pavillonnent.

   Midi ! les clochers à jour carillonnent.

 

Henri Pichette Poèmes offerts ed Gallimard

sunny poppy field

Photo trouvée par Cédric

 

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Pause

Publié le par riende9?

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Au café

Publié le par riende9?

Non loin de moi, elle prit un siège,

s'y installa sans hâte et fut comme une rose

   exposant sa nonchalance

   sur la lèvre du vase.

 

Le papier d'une lettre apparut, humble et soumis,

   dans sa main,

moissonnant un reste de sa fidélité.

 

Ma tasse de café s'échappait, elle, sans cesse

   de ma main,

dans le désir de rejoindre sa tasse.

 

O le tourment infligé par ce capuchon dont le soleil

   auréolait sa tête ! ...

Et ce poudroiement d'or que met en mouvement

   l'haleine de l'été !...

 

Le voyage d'un rayon de lumière

   sur son genou

ébranle les fondations de mon âme !

 

Elle, de sa tasse, humait à loisir

   quelques gouttes de café,

et moi j'en buvais au bord

   de ses paupières !

 

Ah, ce récit conté par les deux yeux, qui me demandent

   d'être son esclave,

comme sont les astres au ciel

   en leur perpétuelle ronde !

 

Chaque fois que je la regarde

   longuement, elle rit,

dénudant la blancheur de neige

   de ses dents.

 

                     ****

 Partage avec moi le café du matin,

et ne t'ensevelis pas dans la noire tristesse

   de l'irrésolution !

 

Je suis ton voisin, ô dame mienne,

et les collines elles-mêmes prennent des nouvelles

   de leurs voisines.

 

Qui suis-je ? ... Laisse de côté

   les questions. Je suis

une esquisse à la recherche des couleurs

   qui la font exister...

 

            ****

 

Un rendez-vous, Madame ?

   Elle sourit

et me montra du doigt

   son adresse sur l'enveloppe.

 

J'y portais mes regards attentifs,

   et ne pus rien voir, sauf

la marque du rouge à lèvres

   sur sa tasse de café.

 

Nizar Qabbani La Poésie arabe des origines à nos jours ed Phébus

 

 

 

 

 

 

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