Petit essai de haïku
Chaleur et soleil
Nombreux les chants des cigales
Jardin en retard
Chaleur et soleil
Nombreux les chants des cigales
Jardin en retard
Chemins, taches rouges des sédums,
lianes des clématites sauvages, chaleur du soleil couchant.
(Noté d'abord cela, pour ne pas oublier l'intensité singulière de ces instants.)
Aussitôt après :
Ces taches rousses sur les rochers - comme on parle de lune rousse -,
comme des morceaux de toison, de la toison du soleil couchant ;
et puis ce lien entre chemin et chaleur, une chaleur émanée du sol ;
et le chemin une sente plutôt qu'un chemin, "la sente étroite du Bout du Monde",
mais justement pas du bout du Monde : d'ici, de tout près, sous les pas. ( Non dans un livre.)
Tendre trace silencieuse laissée par tous ceux qui ont marché là longtemps,
trace des vies et des pensées qui sont passées là, nombreuses,
diverses, traces de bergers et de chasseurs d'abord
- Et il n'y a pas si longtemps encore -,
puis de simples promeneurs, d'enfants, de rêveurs, de botanistes,
d'amoureux peut-être...
le temps humain qui inscrit ses lignes souples dans le sol.
Philippe Jaccottet
Couleur de terre
Ed. Fata Morgana
je ne l'attendais plus
mais il est là
l'été et sa chaleur étouffante
(toute moite) !
Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau, ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
Et avec les mains et les pieds
Et avec le nez et la bouche.
Penser une fleur c'est la voir et la respirer
Et manger un fruit c'est en savoir le sens.
C'est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d'en jouir à ce point,
Et que je m'étends de tout mon long dans l'herbe.
Et que je ferme mes yeux brûlants,
Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,
Je connais la vérité et suis heureux.
Fernando Pessoa je ne suis personne ed Christian Bourgois éditeur
L'hiver surviendra bref pour de sa blanche
Nudité vêtir la campagne.
L'âtre où le feu flamboie sera notre patrie
Et les contes que nous raconterons
Bien installés, assis tout contre sa chaleur,
Vaudront bien les chansons
Par lesquelles naguère, entre les verts herbages
Vigoureux, nous disions au soleil
L'ave atque vale si triste et si joyeux,
Solennels récitants de thrènes.
Mais pour l'instant l'automne est encore avec nous.
S'il ne nous agrée point,
Mettons l'évocation de l'été en balance
Avec l'espérance hiémale.
Puis entourés de ces offrandes évoquées
Tel un fleuve passons.
Fernando Pessoa je ne suis personne ed Christian Bourgois éditeur

Photos trouvées amicalement par Cédric
La poésie de la terre ne meurt jamais :
Quand tous les oiseaux abattus par la chaleur du soleil
Se cachent sous la fraîcheur des arbres, une voix courra
De haie en haie le long des prés nouvellement fauchés ;
C'est celle de la sauterelle - qui conduit le concert
Dans la volupté de l'été ; inépuisables
Sont ses délices ; et, lorsqu'elle est lassée de ses jeux
Elle se repose à l'aise, abritée sous quelque roseau hospitalier.
La poésie de la terre ne cesse jamais :
Par une solitaire soirée hivernale, quand la gelée
A imposé un silence général, dans l'âtre grince
Le cri du Grillon, dont la chaleur augmente l'acuité ;
Il semble au dormeur à moitié assoupi
La voix de la Sauterelle parmi les collines herbues.
John Keats Poèmes et poésies ed Poésie / Gallimard traduction Paul Gallimard
Ce n'est à présent l'été, ni ne me reviennent
Les jours indifférents du passé.
Le printemps faux déjà s'est caché
Dans un pli du temps chiffonné.
C'est tout ce que j'ai, un seul fruit,
Sous la chaleur de l'automne mûri.
José Saramago Les poèmes possibles traduction Nicole Siganos ed Jacques Brémond
Vieil étang
une rainette y plongeant,
chuchotis de l'eau
Bashô
Fleur d'iris -
Parler du voyage,
un plaisir de voyage
Bashô
Oiseaux et papillons
s'agitent avant l'envol -
Nuages de fleurs
Bashô
M'appropriant cette fraîcheur
je m'assois
comme chez moi
Bashô
Sur la route de Shinano
la montagne pèse sur moi -
la chaleur !
Issa
Boîte aux lettres abandonnée
dans la chaleur de l'été
piqûres de guêpes
Désire peu : tu auras tout.
Ne désire rien : tu es libre
L'amour même que l'on pourrait
Nous porter, nous réclame, nous opprime.
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Sois le fanal, sois la lumière au creux du verre,
Mais garde ta chaleur
Les vents ne pourront pas te harceler au point
D'éteindre ta lumière,
Et la chaleur ne viendra pas, se dispersant, à être
Un froid de par l'inutile infini.
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