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Le chevalier du silence

Publié le par riende9?

Peu à peu Morgannww revint à la vie. La figure angélique qui lui était apparue, parfois, comme en rêve, pendant son long délire, se révéla être celle d'une belle jeune fille bien vivante. Et bientôt il se trouva frappé d'une autre maladie, aussi redoutable que celle provoquée par la dent du dragon ; il n'eut aucun mal, lui, à la reconnaître, en ayant entendu la description dans quelques poèmes que je lui avait fait lire. C'était l'AMOUR. Il voulut mourir. Comment lui, pauvre jeune chevalier sans titre et sans fortune, pouvait-il oser prétendre aspirer à aimer la fille du roi de Poldévie ? Un jour, la belle Gortensja entrant dans la chambre de son malade (presque entièrement guéri ) le trouva silencieux et troublé. Elle voulut lui dire : "Bonjour ami, quel est cet émoi ?" ; mais AMOUR, qui avait décidé de prendre les choses en main, lui fit dire à la place "Beau doux ami, caressez-moi !" Entendant ce qu'elle avait dit, elle rougit jusqu'aux oreilles et au-delà, et voulut se reprendre, mais AMOUR, qui ne l'entendait pas de cette oreille, la fit soupirer et répéter encore : "Beau doux ami, caressez-moi ! " Ce qu'ouissant Morgannww connut qu'elle l'aimait aussi. Il agit aussitôt avec dextérité en accord avec cette révélation qui lui sauvait une seconde fois la vie.



Jacques Roubaud

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Philippe Jaccottet

Publié le par riende9?

 

 

Au dernier quart de la nuit

 

 

Hors de la chambre de la belle

rose de braise, de baisers

le fuyard du doigt désignait

Orion, l'Ourse, l'Ombelle

à l'ombre qui l'accompagnait.

 

Puis de nouveau dans la lumière,

par la lumière même usé,

à travers le jour vers la terre

cette course de tourterelles.

 

Philippe Jaccottet



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Les diamants sont faits de charbon

Publié le par riende9?

Il coud discret

des petits bijoux

autour de ses plaies

les diamants sont faits

de charbon

et les poèmes

de petits silences

papillonnants

autour des hurlements

 

Thomas Vinau Juste après la pluie Alma Editeur

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Nuit d'automne

Publié le par riende9?

La  rosée tombe, le ciel est haut, les eaux débordées sont calmes.

Par la montagne déserte dans la nuit solitaire les âmes errantes     s'émeuvent.

Seul au loin le fanal éclaire une voile immobile.

La lune nouvelle au ciel s'accroche, cependant que s'arrête le bruit des battoirs.

Les chrysanthèmes ont fleuri, les hommes endorment leurs douleurs.

Pas à pas sur la véranda appuyé à mon bâton je contemple la Grande Ourse,

Le fleuve céleste au loin mène jusqu'à la ville.

 

Tou Fou (Chine 712-770) Trésor de la poésie universelle ed Gallimard/Unesco

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Journal d'un curé de campagne Georges Bernanos

Publié le par riende9?


Je voudrais tenir un de ces savantasses qui me traitent d’obscurantiste, je lui dirais : «Ce n’est pas ma faute si je porte un costume de croque-mort. Après tout, le Pape s’habille bien en blanc, et les cardinaux en rouge. J’aurais le droit de me promener vêtu comme la Reine de Saba, parce que j’apporte la joie. Je vous la donnerais pour rien si vous me la demandiez. L’Église dispose de la joie, de toute la part de joie réservée à ce triste monde. Ce que vous avez fait contre elle, vous l’avez fait contre la joie. Est-ce que je vous empêche, moi, de calculer la précession des équinoxes ou de désintégrer les atomes ? Mais que vous servirait de fabriquer la vie même si vous avez perdu le sens de la vie ? Vous n’auriez plus qu’à vous faire sauter la cervelle devant vos cornues. Fabriquez de la vie tant que vous voudrez ! L’image que vous donnez de la mort empoisonne peu à peu la pensée des misérables, elle assombrit, elle décolore lentement leurs dernières joies. Ça ira encore tant que votre industrie et vos capitaux vous permettront de faire du monde une foire, avec des mécaniques qui tournent à des vitesses vertigineuses, dans le fracas des cuivres et l’explosion des feux d’artifice. Mais attendez, attendez le premier quart d’heure de silence. Alors, ils l’entendront, la parole – non pas celle qu’ils ont refusée, qui disait tranquillement : « Je suis la Voie, la Vérité, la Vie » – mais celle qui monte de l’abîme : « Je suis la porte à jamais close, la route sans issue, le mensonge et la perdition.»

Journal d'un curé de campagne, Georges Bernanos

 

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Gilles Baudry

Publié le par riende9?


"Trouve des mots
qui soient des portes
derrière lesquelles
on écoute la mer raconter une histoire

de ces portes qu'on pousse
au-dedans de soi"

Gilles Baudry, Brocéliande, Liv'Editions, 110 p.

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La Danse

Publié le par riende9?

Voyez ces jeunes couples tournoyer dans la valse gracieuse. Leurs pieds rapides effleurent à peine le sol. Sont-ce des ombres fugitives délivrées du fardeau des corps, ou des génies qui poursuivent leurs danses aériennes aux rayons de la lune ? Légers comme la vapeur incertaine que le souffle du vent balance dans les airs, comme la barque qui se balance sur une onde argentée, leurs pas suivent avec art les cadences de la musique.

Tout à coup un couple hardi s’élance au milieu des rangs épais. Il veut se frayer un passage, une main magique ouvre le chemin devant lui et le referme aussitôt. Le voilà qui disparaît à nos yeux, et l’élégant assemblage ressemble à une œuvre de confusion ; mais l’ordre joyeux se rétablit, le nœud se délie, la symétrie reparaît avec un charme nouveau. Sans cesse brisée elle renaît sans cesse, une loi certaine dirige ses changements continuels. Comment ces mouvements se renouvellent-ils ainsi, comment le repos apparaît-il encore dans ces groupes mobiles ? Comment, en n’obéissant qu’à l’instinct du plaisir, chacun dans ces bonds impétueux suit-il la ligne qu’il doit suivre ? Veux-tu le savoir ? C’est la puissance de l’harmonie qui fait de ces bonds impétueux une danse agréable, qui, pareille à Némésis, conduit et gouverne avec le frein doré du rhythme le plaisir turbulent. Ô homme, et les harmonies des mondes raisonnent en vain autour de toi, tu n’entends pas leur accord sublime, tu n’entends pas la mélodie des êtres et le mouvement des astres brillants qui poursuivent leur route dans l’espace. Tu oublies dans tes actions l’ensemble harmonieux que tu respectes dans tes jeux.

 



Friedrich Schiller

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Vacances

Publié le par riende9?

Bonjour à toutes et à tous

Comme vous avez pu le remarquer moins de publications en ce moment.

Je prends des petites vacances.

A bientôt et bonnes vacances à toutes et à tous.

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La saveur du réel

Publié le par riende9?

Il marchait sur un pied sans savoir où il poserait l’autre. Au tournant de la rue le vent balayait la poussière et sa bouche avide engouffrait tout l’espace.

Il se mit à courir espérant s’envoler d’un moment à l’autre, mais au bord du ruisseau les pavés étaient humides et ses bras battant l’air n’ont pu le retenir. Dans sa chute il comprit qu’il était plus lourd que son rêve et il aima, depuis, le poids qui l’avait fait tomber.

 

Pierre Reverdy

 

© Gallimard



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Beaucaire ou les bruits de la provence

Publié le par riende9?

On entend le soleil grésiller sur les tuiles,

La cigale éveillée fait crépiter juillet.

Comme dans une église, on sent les parfums d'huile

De l'olive qu'on pile, à l'ancienne, au maillet.

 

On entend le mistral qui fait chanter les pierres

Du château décati sous le poids des chaleurs.

Sa musique aigrelette humecte les paupières

Des Pâques terminées jusqu'à la Chandeleur.

 

On entend le printemps qui promène sa houle

Sur la garrigue offerte au ciel toujours azur.

Dans un pin centenaire, un pigeonneau roucoule :

C'est la passé qui donne une force au futur.

 

On entend l'aube bleue qui, sur la montagnette,

Réveille la lavande et la touffe de thym,

Mais sait-on écouter, lorsque le temps s'arrête,

Ces morceaux de bonheur offerts par le matin.

 

René Ligavant ed Centre International Des Arts Et Lettres

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