Je vois la nature à ma façon. Je pense à ceci en regardant une grande chèvre dans les oliviers. Elle mordille, bondit. Virgile, pensai-je. Jamais l’idée de peindre ou chanter cette chèvre ne me fût venue. Virgile prouve que l’on peut en faire quelque chose. Je la regarde donc. Elle cesse aussitôt d’être chèvre — et l’olivier cesse d’être olivier. Ici commence moi — c’est-à-dire un regard que je voudrais bien définir. Paul VALÉRY
Rien n'est plus délicieux que ces premières journées d'automne où l'air agité de puissants remous semble une mer invisible dont les vagues se brisent dans les arbres, tandis que le soleil, dominant cette fureur et ce tumulte, accorde à la moindre fleur l'ombre qu'elle fera tourner à son pied jusqu'au soir. De ce calme et de cette frénésie résulte une impression où la force se mêle à une douceur que le langage humain ne peut rendre. C'est un repos sans langueur, une excitation que ne suit aucune lassitude ; le sang coule plus joyeux et plus libre, le coeur se passionne pour cette vie qui le fait battre. A ceux qui ne connaissent pas le bonheur, la nature dans ces moments généreux leur en apporte avec les odeurs des bois et les cris des oiseaux, avec les chants du feuillage et toutes ces choses où palpite l'enfance.
« J’ai une bulle d’air. Je la sens très bien. Quand je suis triste elle se fait plus lourde, et parfois, quand je pleure, on dirait une goutte de mercure. / Je la sens très bien. Lorsque je suis content elle se fait plus légère, et parfois, lorsqu’elle me parle, on croirait qu’elle n’existe pas. / La bulle d’air se promène de mon cerveau à mon cœur et de mon cœur à mon cerveau. »
Dans son sommeil glissant l’eau se suscite un songe un chuchotis de joncs de roseaux d’herbes lentes et ne sait jamais bien dans son dormant mélange où le bougeant de l’eau cède au calme des plantes
La rivière engourdie par l’odeur de la menthe dans les draps de son lit se retourne et se coule Mêlant ses mortes eaux à sa chanson coulante elle est celle qu’elle est surprise d’être une autre
L’eau qui dort se réveille absente de son flot écarte de ses bras les lianes qui la lient déjouant la verdure et l’incessant complot qu’ourdissent dans son flux les algues alanguies
C'est lui qui, malgré les épines, L'envie et la dérision, Marche, courbé dans vos ruines, Ramassant la tradition. De la tradition féconde Sort tout ce qui couvre le monde, Tout ce que le ciel peut bénir. Toute idée, humaine ou divine, Qui prend le passé pour racine, A pour feuillage l'avenir.