Haïku Henri Brunel
Un arbre sous la lune
le vent chuchote
dans les branches
Un arbre sous la lune
le vent chuchote
dans les branches
O toi qui te crois sage, ne blâme pas ceux qui s'enivrent ;
Laisse de côté l'orgueil et l'imposture.
Pour goûter le calme triomphant et la paix,
Incline-toi vers ceux qu'on humilie, vers les plus vils.
Omar Khayyam Les Quatrains Ed Allia
Etre une ourse
hibernant
au fond de son trou
Rien
ne vient
de rien, comme quand un ruisseau
devient
une rivière
qui
se jette
dans l'océan, d'où
l'eau
monte
en vapeur, tombe
en flocons
de neige et redevient
ruisseau
rivière
océan, tu sais - de
rien
en
rien, comme si rien
ne s'était passé.
Jan Erik Vold traduit du norvégien par Jacques Outin Il pleut des étoiles dans notre lit Cinq poètes du Grand Nord ed Poésie / Gallimard
L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou...
Et tu me diras : "Cherche !" en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup ...
Arthur Rimbaud 1854-1891
Enfin, la haute Providence
Qui gouverne à son gré le temps,
Travaillant à notre abondance,
Rendra les laboureurs contents.
Sus, que tout le monde s'enfuie !
Je vois de loin venir la pluie,
Le ciel est noir de bout en bout,
Et ses influences bénignes
Vont tant verser d'eau dans les vignes,
Que nous n'en boirons point du tout.
Saint-Amant Poésies
pour ne pas déchanter
il suffit de chanter
et de chanter sans cesse
à moins que pour chanter
il faille déchanter
ivresse ô mon ivresse
maîtresse de mon corps
chante et déchante encor
le chant de nos accords
et de nos désaccords
Jean-Claude Pirotte Le promenoir magique et autres poèmes ed La table ronde
Douce plage où naquit mon âme ;
et toi, savane en fleurs
Que l'Océan trempe de pleurs
Et le soleil de flamme ;
Douce aux ramiers, douce aux amants,
Toi de qui la ramure
Nous charmait d'ombre et de murmure,
Et de roucoulements ;
Où j'écoute frémir encore
Un aveu tendre et fier -
Tandis qu'au loin riait la mer
Sur le corail sonore.
Paul-Jean Toulet (1867-1920) Les contrerimes
Prenez un toit de vieilles tuiles
un peu avant midi.
Placez tout à côté
un tilleul déjà grand
remué par le vent.
Mettez au-dessus d'eux
un ciel de bleu, lavé
par des nuages blancs.
Laissez-les faire.
Regardez les.
Eugène Guillevic (1907-1997) Avec
La lumière est sur nous comme un buisson d'abeilles.
En nous vibre une vaste et vermeille rumeur,
Le monde recommence où nos âmes pareilles
Vont piller les vergers du bonheur :
Ce que les coeurs puissants ont rêvé de saisir,
La vie épanouie en gerbe jusqu'aux cimes,
La tendresse, l'éclair, les regrets, le désir,
Quels astres, quelles fleurs ! fût-ce au bord des abîmes.
Violette Rieder Poèmes inédits