Haïkus
Mélancolie printanière -
Des fils invisibles
tissent la Grande Ourse
Sachiko Itami
Deux vents doux
se croisent au carrefour -
Le printemps
Takao Fujiwara
Mélancolie printanière -
Des fils invisibles
tissent la Grande Ourse
Sachiko Itami
Deux vents doux
se croisent au carrefour -
Le printemps
Takao Fujiwara
Les papillons ne sont que des fleurs envolées un jour de fête où la nature était en veine d'invention et de fécondité.
On a sa propre source en soi-même.
Salue la lumière
qui t'ouvre les lèvres : ensuite
écarte les rideaux.
Dès le seuil invente
un mot toujours neuf,
précaire, ce sera "seuil".
Peut-être du givre
ou la frondaison, avance,
aux chemins de répondre.
Où que tu ailles, l'humus,
le sable, prends modèle
sur les ondes, allège-toi.
Ne sois que souffles
et vois : une glycine
a débordé le mur.
Ne coupe aucune fleur,
tu t'élargis
dans l'air des cimes.
Oublie tous les noms
sauf ceux du jardin,
à la fois ceux des plages.
Pleines mains sur ce tronc,
écoute, équitable,
le silence, la sève.
Rien ne reste invisible,
dis à présent
le parfum des lilas.
Pluie fine, la chair en liesse,
la clairvoyante, réveille
un chant de grive.
Les ailes, le coeur,
laisse-les battre,
laisse-les battre ensemble.
Si tu t'arrêtes, fais-le
à l'ombre d'un érable,
pense alors aux falaises.
Le vent sur les épaules,
n'aie soif ou faim
que d'embruns, de pollen.
Au soleil un vanneau,
un galet sous l'écume,
choisis l'un avec l'autre.
D'une même voix parle
à la nuit comme à l'aube
uniquement de ce qui va éclore.
Et toujours réserve
au creux de tes paumes
une place à l'écho.
Rends grâce au poème,
franchis l'horizon,
l'essor s'y régénère.
Pierre Dhainaut Rudiments de lumière ed Arfuyen
Il pleut - c'est merveilleux. Je t'aime
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d'arrière-saison.
Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit... qu'on ne s'entend plus.
C'est merveilleux : il pleut. J'écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte...
Et tu me souris tendrement.
Je t'aime. Oh ! ce bruit d'eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l'heure :
On dirait qu'il pleut dans tes yeux.
Francis Carco (1886-1958) Poèmes et proses
l'enfance et l'éternité
sont peut-être synonymes
comme l'hiver et l'été
comme le ciel et l'abîme
c'est ce qu'il préfère croire
l'enfant du fond de la classe
qui pressent les longs déboires
de la vie et du langage
Jean-Claude Pirotte Le promenoir magique et autres poèmes 1953-2003 ed La table ronde
Un lieu ne se livre
qu'à celui qui s'y est senti seul.
Une ville, une forêt ou le néant.
Peut-être en va-t-il de même
de toutes les choses
et est-il nécessaire de s'être senti seul en quelque chose
pour pouvoir le contenir.
La solitude préalable dans ce qu'on aime
est la seule condition indispensable,
la seule prémisse valable pour l'amour.
(pour Enrique Valiente Noailles)
Roberto Juarroz dixième poésie verticale traduction de François-michel Durazzo ed Corti