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lune

Nuit d'automne

Publié le par riende9?

La  rosée tombe, le ciel est haut, les eaux débordées sont calmes.

Par la montagne déserte dans la nuit solitaire les âmes errantes     s'émeuvent.

Seul au loin le fanal éclaire une voile immobile.

La lune nouvelle au ciel s'accroche, cependant que s'arrête le bruit des battoirs.

Les chrysanthèmes ont fleuri, les hommes endorment leurs douleurs.

Pas à pas sur la véranda appuyé à mon bâton je contemple la Grande Ourse,

Le fleuve céleste au loin mène jusqu'à la ville.

 

Tou Fou (Chine 712-770) Trésor de la poésie universelle ed Gallimard/Unesco

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La Danse

Publié le par riende9?

Voyez ces jeunes couples tournoyer dans la valse gracieuse. Leurs pieds rapides effleurent à peine le sol. Sont-ce des ombres fugitives délivrées du fardeau des corps, ou des génies qui poursuivent leurs danses aériennes aux rayons de la lune ? Légers comme la vapeur incertaine que le souffle du vent balance dans les airs, comme la barque qui se balance sur une onde argentée, leurs pas suivent avec art les cadences de la musique.

Tout à coup un couple hardi s’élance au milieu des rangs épais. Il veut se frayer un passage, une main magique ouvre le chemin devant lui et le referme aussitôt. Le voilà qui disparaît à nos yeux, et l’élégant assemblage ressemble à une œuvre de confusion ; mais l’ordre joyeux se rétablit, le nœud se délie, la symétrie reparaît avec un charme nouveau. Sans cesse brisée elle renaît sans cesse, une loi certaine dirige ses changements continuels. Comment ces mouvements se renouvellent-ils ainsi, comment le repos apparaît-il encore dans ces groupes mobiles ? Comment, en n’obéissant qu’à l’instinct du plaisir, chacun dans ces bonds impétueux suit-il la ligne qu’il doit suivre ? Veux-tu le savoir ? C’est la puissance de l’harmonie qui fait de ces bonds impétueux une danse agréable, qui, pareille à Némésis, conduit et gouverne avec le frein doré du rhythme le plaisir turbulent. Ô homme, et les harmonies des mondes raisonnent en vain autour de toi, tu n’entends pas leur accord sublime, tu n’entends pas la mélodie des êtres et le mouvement des astres brillants qui poursuivent leur route dans l’espace. Tu oublies dans tes actions l’ensemble harmonieux que tu respectes dans tes jeux.

 



Friedrich Schiller

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Sur les pas de la lune

Publié le par riende9?

M'étant penché en cette nuit à la fenêtre,

je vis que le monde était devenu léger

et qu'il n'y avait plus d'obstacles.

Tout ce qui

nous retient dans le jour semblait plutôt devoir

me porter maintenant d'une ouverture à l'autre

à l'intérieur d'une demeure d'eau vers quelque chose

de très faible et de très lumineux comme l'herbe :

j'allais entrer dans l'herbe sans aucune peur,

j'allais rendre grâce à la fraîcheur de la terre,

sur les pas de la lune je dis oui et je m'en fus..

 

Philippe Jaccottet

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Albert Einstein (1879-1955)

Publié le par riende9?

J'aime penser que la lune est là, même si je ne la regarde pas. 

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Noël blanc Emile Verhaeren

Publié le par riende9?

Doucement, lentement, la neige tombait, la neige de Noël. L’air en était pointillé ; elle floconnait, s’attardait dans un tour de valse au coin des rues où soufflait la bise. Dans la plaine, elle descendait d’aplomb, serrée.  

C’était le 24 décembre, le soir. Les maisons étaient fermées, personne ne sortait plus. De longues lames jaunes perçaient encore les joints des volets ; mais bientôt ces filtrations de lumière tarirent toutes.

La neige fit alors son œuvre, silencieusement. Elle se mit à choir plus drue, plus brillantée, dans un clair de lune molletonné de nuages. Elle abandonna ses laines par poignées, comme si toutes les nuées du ciel eussent perdu leur toison.

Un petit village, blotti dans un trou de terrain, la recevait sur ses épaules. Il s’en couvrait, frileux, avec ses granges, ses étables, ses meules, ses fumiers, ses huttes, ses fours, ses auges, ses écuries. Il se dorlotait ; les demeures avaient l’air de s’emmitoufler, de se pelotonner, de se serrer les unes près des autres,  comme une famille de marmottes blanches.

Des tourbillonnements follets, des soulèvements de poussière givrée, passaient comme une fumée que le vent lutine. Il y eut un instant de furie tempétueuse d’émeute hurlante à travers les mélancolies de la nuit. On eût dit des plaintes de forêt tordue par l’ouragan.

Vers onze heures la neige cessa. Dans l’apaisement nocturne et le ciel dévoilé, les étoiles perlèrent. Un glacis bleu de lune courut sur l’immensité blanche du paysage. Tout angle s’émoussait ! Les maisons faisaient le gros dos et des ombres en ronde bosse moutonnaient dans les rues. Au milieu du village, l’église, avec les deux pentes jumelles de son toit rabattues comme des ailes, semblait abriter une couvée de cygnes dans un site norwégien.

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Philippe Jaccottet

Publié le par riende9?

Chemins, taches rouges des sédums,
lianes des clématites sauvages, chaleur du soleil couchant.
(Noté d'abord cela, pour ne pas oublier l'intensité singulière de ces instants.)
Aussitôt après :
Ces taches rousses sur les rochers - comme on parle de lune rousse -,
comme des morceaux de toison, de la toison du soleil couchant ;
et puis ce lien entre chemin et chaleur, une chaleur émanée du sol ;
et le chemin une sente plutôt qu'un chemin, "la sente étroite du Bout du Monde",
mais justement pas du bout du Monde : d'ici, de tout près, sous les pas. ( Non dans un livre.)
Tendre trace silencieuse laissée par tous ceux qui ont marché là longtemps,
trace des vies et des pensées qui sont passées là, nombreuses,
diverses, traces de bergers et de chasseurs d'abord
- Et il n'y a pas si longtemps encore -,
puis de simples promeneurs, d'enfants, de rêveurs, de botanistes,
d'amoureux peut-être...
le temps humain qui inscrit ses lignes souples dans le sol.


Philippe Jaccottet

Couleur de terre

Ed. Fata Morgana

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Ikkyû Sôjun

Publié le par riende9?

Je voudrais être

Un esprit hors des poussières.

Ciel bleu et lune blanche.

Le vent nous envoie un air pur.

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Mwènè Gabriel Okoundji

Publié le par riende9?

XVII

 

Au petit matin

le petit jour s'est exilé dans sa propre lumière

comme un astre de misère dans la plaie de sa courbe

 

la lune a poursuivi son parcours nuage après nuage

                              dedans dehors

                              de jour de nuit

                              ici là-bas

                              devant et toujours devant

                    entre deux et deux pôles

                    entre mille et mille détours

                    entre le silence de la pierre et la fragilité de la fleur

 

Mwènè Gabriel Okoundji Vent fou me frappe poèmes ed Fédérop 

             

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Haïku Henri Brunel

Publié le par riende9?

Un arbre sous la lune

le vent chuchote

dans les branches

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Poème quatrième

Publié le par riende9?

J'ai écrit trois poèmes

qui n'auront jamais de sens

pour personne pas même

pour les grands éditeurs blêmes.

 

Ce ne sont pas des fruits

de l'esprit ou du coeur

non plus que des façons d'oiseaux

ou de serpents ou de lézards.

 

Ils ressemblent plutôt à des graminées folles

avoine, orge, ou fétuque

qui n'existent que pour n'avoir

aucune raison d'exister.

 

Au travers des strophes

comme en les verticilles

viennent s'inscrire le soleil

la lune et les étoiles

quand il ne pleut pas bien sûr.

 

Si la tempête se lève

pourquoi n'étant rien pas même

un rêve seraient-ils

balayés et anéantis ?

 

Cette question naturelle

qui nous concerne au premier chef

fit germer en secret

la très inutile graine

de ce poème quatrième.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

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