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ciel

Beaucaire ou les bruits de la provence

Publié le par riende9?

On entend le soleil grésiller sur les tuiles,

La cigale éveillée fait crépiter juillet.

Comme dans une église, on sent les parfums d'huile

De l'olive qu'on pile, à l'ancienne, au maillet.

 

On entend le mistral qui fait chanter les pierres

Du château décati sous le poids des chaleurs.

Sa musique aigrelette humecte les paupières

Des Pâques terminées jusqu'à la Chandeleur.

 

On entend le printemps qui promène sa houle

Sur la garrigue offerte au ciel toujours azur.

Dans un pin centenaire, un pigeonneau roucoule :

C'est la passé qui donne une force au futur.

 

On entend l'aube bleue qui, sur la montagnette,

Réveille la lavande et la touffe de thym,

Mais sait-on écouter, lorsque le temps s'arrête,

Ces morceaux de bonheur offerts par le matin.

 

René Ligavant ed Centre International Des Arts Et Lettres

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Philippe Jaccottet

Publié le par riende9?

 

Je me souviens qu'un été récent, alors que je marchais une fois de plus dans la campagne, le mot joie, comme traverse parfois le ciel un oiseau que l'on n'attendait pas et que l'on n'identifie pas aussitôt, m'est passé par l'esprit et m'a donné, lui aussi, de l'étonnement.
Je crois que d'abord, une rime est venue lui faire écho, le mot soie ; non pas tout à fait arbitrairement, parce que le ciel d'été à ce moment-là, brillant, léger et précieux comme il l'était, faisait penser à d'immenses bannières de soie qui auraient flotté au-dessus des arbres et des collines avec des reflets d'argent, tandis que les crapauds toujours invisibles faisaient s'élever du fossé profond, envahi de roseaux, des voix elles-mêmes, malgré leur force, comme argentées, lunaires.
Ce fut un moment heureux ; mais la rime avec joie n'était pas légitime pour autant.


Philippe Jaccottet extrait de : à la lumière d'hiver

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L'oiseau qui s'efface

Publié le par riende9?

Celui-là, c'est dans le jour qu'il apparaît, dans le jour le plus blanc.

Oiseau.

Il bat de l'aile, il s'envole.

Il bat de l'aile, il s'efface.

 

Il bat de l'aile, il réapparaît.

 

Il se pose.

Et puis il n'est plus.

D'un battement il s'est effacé dans l'espace blanc.

 

Tel est mon oiseau familier, l'oiseau qui vient peupler le ciel de ma

petite cour.

Peupler?

On voit comment...

 

Mais je demeure sur place, le contemplant, fasciné par son apparition,

fasciné par sa disparition.

 

Henri Michaux

 

 

 

 

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Chanson

Publié le par riende9?

 

Mon cheval arrêté sous l'arbre plein de tourterelles, je siffle un sifflement si pur, qu'il n'est promesses à leurs rives que tiennent tous ces fleuves.

Feuilles vivantes au matin sont à l'image de la gloire)...

Et ce n'est point qu'un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d'un vieil arbre,

appuyé du menton à la dernière étoile,

il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.

Mon cheval arrêté sous l'arbre qui roucoule, je siffle un sifflement plus pur...

Et paix à ceux qui vont mourir, qui n'ont point vu ce jour.

Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance.

 

Enfance, mon amour, j'ai bien aimé le soir aussi

c'est l'heure de sortir.

Nos bonnes sont entrées aux corolles des robes...

et collés aux persiennes, sous nos tresses glacées, nous

avons

vu comme lisses, comme nues, elles élèvent à bout de

bras l'anneau mou de la robe.

Nos mères vont descendre, parfumées avec l'herbe -

à-Madame-Lalie... Leurs cous sont beaux. Va devant et

annonce Ma mère et la plus belle ! - J'entends déjà

les toiles empesées

qui traînent par les chambres un doux bruit de tonnerre...

 

Et la Maison! la Maison ?.. on en sort !

Le vieillard même m'envierait une paire de crécelles

et de bruire par les mains comme une liane à pois, la

guilandine ou le mucune. Ceux qui sont vieux dans le pays tirent une chaise sur

la cour, boivent des punchs couleur de pus.

 

Saint John Perse



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Chanson d'aube

Publié le par riende9?

 

 


A travers les grands arbres
le ciel a rajeuni

Brouillards dans la vallée
pâleur sur les sommets

L'étoile du berger
allume son fanal

Les nuages en sari
comparent leurs moirures

Le soleil a trouvé
la couleur qu'il cherchait

*

Michel Butor

Sous l'écorce vive
Éditions de Fallois

 

 

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Noël blanc Emile Verhaeren

Publié le par riende9?

Doucement, lentement, la neige tombait, la neige de Noël. L’air en était pointillé ; elle floconnait, s’attardait dans un tour de valse au coin des rues où soufflait la bise. Dans la plaine, elle descendait d’aplomb, serrée.  

C’était le 24 décembre, le soir. Les maisons étaient fermées, personne ne sortait plus. De longues lames jaunes perçaient encore les joints des volets ; mais bientôt ces filtrations de lumière tarirent toutes.

La neige fit alors son œuvre, silencieusement. Elle se mit à choir plus drue, plus brillantée, dans un clair de lune molletonné de nuages. Elle abandonna ses laines par poignées, comme si toutes les nuées du ciel eussent perdu leur toison.

Un petit village, blotti dans un trou de terrain, la recevait sur ses épaules. Il s’en couvrait, frileux, avec ses granges, ses étables, ses meules, ses fumiers, ses huttes, ses fours, ses auges, ses écuries. Il se dorlotait ; les demeures avaient l’air de s’emmitoufler, de se pelotonner, de se serrer les unes près des autres,  comme une famille de marmottes blanches.

Des tourbillonnements follets, des soulèvements de poussière givrée, passaient comme une fumée que le vent lutine. Il y eut un instant de furie tempétueuse d’émeute hurlante à travers les mélancolies de la nuit. On eût dit des plaintes de forêt tordue par l’ouragan.

Vers onze heures la neige cessa. Dans l’apaisement nocturne et le ciel dévoilé, les étoiles perlèrent. Un glacis bleu de lune courut sur l’immensité blanche du paysage. Tout angle s’émoussait ! Les maisons faisaient le gros dos et des ombres en ronde bosse moutonnaient dans les rues. Au milieu du village, l’église, avec les deux pentes jumelles de son toit rabattues comme des ailes, semblait abriter une couvée de cygnes dans un site norwégien.

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Gustave Roud

Publié le par riende9?

J'aimais la noire vallée, le bruit de l'eau à ma droite, ces flaques d'odeur, inexplicables, que je traversais tout à coup.
Les phares d'une automobile cachée tiraient violemment de l'obscur un dessin d'arbre, arrachaient à l'informe des fûts, des frondaisons figées - touchaient la forêt avec une espèce de doigt hagard.
Puis ils ont peint sur le talus mon ombre trébuchante, avançant, reculant par bonds et (j'entendais déjà ce trot de cheval peupler la solitude) côte à côte avec mon ombre, fraternelle, l'ombre d'un dragon derrière moi, qui s'élança soudain contre la pente, gagna la crête, immense, démesurée, et sauta dans le ciel.

Gustave Roud  Air de la solitude

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Pyramide Guillevic

Publié le par riende9?

Pyramide

 

 

Il me semble que j'imite
Et pourtant je cherche qui.

 

J'ai vu le sable et le vent
Essayer de faire un corps.

 

J'ai vu l'eau se soulever
Mais le plan est fait pour elle.

 

J'ai vu durer les rochers
Plus informes que le ciel.

 

Moi j'ai la stabilité,
J'ai la force dans ma base,

 

La patience dans mes faces
Et l'esprit dans mon sommet.

 

J'ai de coupantes arêtes,
Je suis on ne peut plus nette.

 

Et puis qui n'imite pas,
Qui n'est pas un peu pareil

 

A tout cela qu'il n'est pas,
Qui ne lui ressemble pas ?

 

Nous, figures, nous n'avons
Après tout qu'un vrai mérite,

 

C'est de simplifier le monde
D'être un rêve qu'il se donne.

 

Guillevic ("Euclidiennes"  1967 - Gallimard)

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Automne

Publié le par riende9?

Une chaise, une table, un lit

rien d'autre sinon la beauté

par delà l'horizon d'automne

des grandes pluies tombent

sur les derniers chardons.

 

Saison du travail dans l'ombre

où s'égrènent sans avenir

les patients refrains

de la cour sonore.

 

Mais l'amour de toujours

commandait de laisser

entr'ouverte la porte

sur le seuil que viendra fleurir

un ciel bleu imaginaire.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

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Kôan

Publié le par riende9?

Frappe le ciel et écoute le bruit.

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