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voix

Charles Juliet

Publié le par riende9?

ma voix

ne peut rien

contre ce brouhaha

qui nous assourdit

nous expulse de nous-mêmes

nous laisse hébétés

 

mais si faible

et impuissante

qu'elle soit

je voudrais tant

pouvoir la prêter

aux humiliés

de la parole

 

si longtemps

j'ai été l'un d'eux

 

Charles Juliet Moisson choix de poèmes ed P.O.L

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Nohad Salameh

Publié le par riende9?

Je nous vois : cerfs-volants et étoiles filantes

promeneurs égarés dans des forêts de voix.

Je nous vois : insectes précédés

des fragiles antennes de nos mémoires.

Je nous vois meutes d'encre et rires circulaires

debout, à genoux, bientôt à l'envers.

 

Je nous pense : lumière assourdissante

d'un éther sans couture

immensément parallèles à la rose.

 

Je nous rêve : dans la gorge de l'orage

et l'iris du blé.

Je nous rêve bord à bord

à l'issue des longues marches solennelles

quand les cloches de neige

pleuvent de toutes leurs notes

sur les paupières des jeunes filles.

 

Nohad Salameh D'autres annonciations poèmes 1980-2012 ed Le Castor Astral

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Charles Juliet

Publié le par riende9?

oublie ta fatigue

 

refuse de convenir

que tu as marché

en vain

jusqu'à ce jour

 

oublie ta fatigue

 

étouffe la voix

qui t'invite

à renoncer

et sache faire

meilleur accueil

à ton besoin

du retour

 

oublie ta fatigue

 

dresse-toi

à nouveau

 

chemine

à nouveau

 

n'admets pas

que ta patrie

soit l'exil

 

Charles Juliet Moisson ed P.O.L

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Sur la sauterelle et le grillon

Publié le par riende9?

La poésie de la terre ne meurt jamais :

Quand tous les oiseaux abattus par la chaleur du soleil

Se cachent sous la fraîcheur des arbres, une voix courra

De haie en haie le long des prés nouvellement fauchés ;

C'est celle de la sauterelle - qui conduit le concert

Dans la volupté de l'été ; inépuisables

Sont ses délices ; et, lorsqu'elle est lassée de ses jeux

Elle se repose à l'aise, abritée sous quelque roseau hospitalier.

La poésie de la terre ne cesse jamais :

Par une solitaire soirée hivernale, quand la gelée

A imposé un silence général, dans l'âtre grince

Le cri du Grillon, dont la chaleur augmente l'acuité ;

Il semble au dormeur à moitié assoupi

La voix de la Sauterelle parmi les collines herbues.

 

John Keats Poèmes et poésies ed Poésie / Gallimard traduction Paul Gallimard 

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Pourquoi la journée vole

Publié le par riende9?

          Le poète s'appuie, durant le temps de sa vie, à quelque arbre,

ou mer, ou talus, ou nuage d'une certaine teinte, un moment, si la

circonstance le veut. Il n'est pas soudé à l'égarement d'autrui. Son

amour, son saisir, son bonheur ont leur équivalent dans tous les lieux

où il n'est pas allé, où jamais il n'ira, chez les étrangers qu'il ne

connaîtra pas. Lorsqu'on élève la voix devant lui, qu'on le presse

d'accepter des égards qui retiennent, si l'on invoque à son propos les

astres, il répond qu'il est du pays d'à côté, du ciel qui vient d'être

englouti.

          Le poète vivifie puis court au dénouement.

          Au soir, malgré sur sa joue plusieurs fossettes d'apprenti, 

c'est un passant courtois qui brusque les adieux pour être là quand 

le pain sort du four.

 

René Char La parole en archipel ed Gallimard  

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Rainer Maria Rilke

Publié le par riende9?

Ce soir mon coeur fait chanter

des anges qui se souviennent...

Une voix, presque mienne,

par trop de silence tentée,

 

monte et se décide

à ne plus revenir ;

tendre et intrépide,

à quoi va-t-elle s'unir ?

 

Rainer Maria Rilke Vergers et autres poèmes français ed Poésie / Gallimard

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Le mot de passe

Publié le par riende9?

Le coeur croise sa souffrance
sans la reconnaître

Trois brindilles suffisent à l'araignée
pour tisser sa constellation

Le dedans véritable
est peut-être dehors

Un tonerre
qui parlerait à voix basse

Ne demeure
que ce qui change

Marque les choses d'un regard
qui les préservera

Ils te reconnurent
à leurs blessures

Navigue tranquille
entre les phares des mots

Quant aux frontières fuit l'illimité
apparaît l'immobile

Efface pour inscrire
l'invisible

Jean Mambrino Editions José Corti

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Henri Michaux extraits

Publié le par riende9?

...
Qui ayant reçu trois flèches dans la joue se présentera d'un air dégagé ?
...
Qui sur notre sol reçoit encore le baiser de la joie jusqu'au fond du coeur ?

--------

On n'aime plus le jour. Il hurle. On n'aime plus la nuit, hantée de soucis. Mille voix pour s'enfoncer. Nulle voix pour s'appuyer. Notre peau se fatigue de notre pâle visage.

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Au nom du nombre le plus élevé, je t'aide
Comme une fumerolle
S'envole tout le pesant de dessus tes épaules accablées
Les têtes méchantes d'autour de toi
Observatrices vipérines des misères des faibles
Ne te voient plus
Ne sont plus
...
J'ai lavé le visage de ton avenir

                                                   
Choix de poèmes d'Henri Michaux éditions Gallimard
     

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