pluie
Haïku
Pluie d'été
rafraîchissante
le chien est content
Avril perpétuel de l'âme
Salue la lumière
qui t'ouvre les lèvres : ensuite
écarte les rideaux.
Dès le seuil invente
un mot toujours neuf,
précaire, ce sera "seuil".
Peut-être du givre
ou la frondaison, avance,
aux chemins de répondre.
Où que tu ailles, l'humus,
le sable, prends modèle
sur les ondes, allège-toi.
Ne sois que souffles
et vois : une glycine
a débordé le mur.
Ne coupe aucune fleur,
tu t'élargis
dans l'air des cimes.
Oublie tous les noms
sauf ceux du jardin,
à la fois ceux des plages.
Pleines mains sur ce tronc,
écoute, équitable,
le silence, la sève.
Rien ne reste invisible,
dis à présent
le parfum des lilas.
Pluie fine, la chair en liesse,
la clairvoyante, réveille
un chant de grive.
Les ailes, le coeur,
laisse-les battre,
laisse-les battre ensemble.
Si tu t'arrêtes, fais-le
à l'ombre d'un érable,
pense alors aux falaises.
Le vent sur les épaules,
n'aie soif ou faim
que d'embruns, de pollen.
Au soleil un vanneau,
un galet sous l'écume,
choisis l'un avec l'autre.
D'une même voix parle
à la nuit comme à l'aube
uniquement de ce qui va éclore.
Et toujours réserve
au creux de tes paumes
une place à l'écho.
Rends grâce au poème,
franchis l'horizon,
l'essor s'y régénère.
Pierre Dhainaut Rudiments de lumière ed Arfuyen
Il pleut
Il pleut - c'est merveilleux. Je t'aime
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d'arrière-saison.
Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit... qu'on ne s'entend plus.
C'est merveilleux : il pleut. J'écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte...
Et tu me souris tendrement.
Je t'aime. Oh ! ce bruit d'eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l'heure :
On dirait qu'il pleut dans tes yeux.
Francis Carco (1886-1958) Poèmes et proses
Haïkus Sôseki
Journée de printemps qui s'étire
Un bâillement entraîne l'autre
Deux amis se quittent
Vent d'est vent de printemps
Si je savais que tu m'attends
M'en irais de suite
Bois musical
Au parfum de paulownia
Pluie de printemps
Le jardin mouillé
La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu,
Sur le jardin frais et dormant.
Feuille à feuille, la pluie éveille
L'arbre poudreux qu'elle verdit ;
Au mur, on dirait que la treille
S'étire d'un geste engourdi.
L'herbe frémit, le gravier tiède
Crépite et l'on croirait, là-bas,
Entendre sur le sable et l'herbe
Comme d'imperceptibles pas.
Le jardin chuchote et tressaille,
Furtif et confidentiel ;
L'averse semble, maille à maille,
Tisser la terre avec le ciel.
Henri De Régnier Les médailles d'argile
LXVII
La journée est belle, la brise est tiède et pure ;
La pluie a lavé la poussière qui ternissait la joue des roses.
Le rossignol dit à la rose, en la langue antique et sacrée :
"Toute ta vie, enivre-toi de chants suaves et de parfums ! "
Omar Khayyam Les quatrains ed Allia
La pluie
Enfin, la haute Providence
Qui gouverne à son gré le temps,
Travaillant à notre abondance,
Rendra les laboureurs contents.
Sus, que tout le monde s'enfuie !
Je vois de loin venir la pluie,
Le ciel est noir de bout en bout,
Et ses influences bénignes
Vont tant verser d'eau dans les vignes,
Que nous n'en boirons point du tout.
Saint-Amant Poésies
Haïkus Sôseki
Haïkus Ryôkan
Dans le vent d'automne
solitaire se dresse
une silhouette
Le ciel clair d'automne
des milliers de moineaux -
le bruit de leurs ailes
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La fenêtre ouverte
tout le passé me revient -
bien mieux qu'un rêve
Les jours de pluie
la mélancolie envahit
le moine Ryôkan

