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temps

La pluie

Publié le par riende9?

Enfin, la haute Providence

Qui gouverne à son gré le temps,

Travaillant à notre abondance,

Rendra les laboureurs contents.

Sus, que tout le monde s'enfuie !

Je vois de loin venir la pluie,

Le ciel est noir de bout en bout,

Et ses influences bénignes

Vont tant verser d'eau dans les vignes,

Que nous n'en boirons point du tout.

 

Saint-Amant Poésies

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Publié le par riende9?

Les trésors sont partout,

trop nombreux pour les voir.

Vols d'oies sauvages

dont la trace demeure

sur l'automne, le soir ;

bignone et hibiscus

tremblants de n'être plus,

gestes de tendresse,

caresses dissimulées

sur le front en sueur,

ce qui reste entre nous

des regards et des heures,

larmes et beauté

qui traversent les âges

du temps à l'éternité.

 

Jean Mambrino Grâce ed Arfuyen

Photo trouvée par Cédric

 

 

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Les quatre pétales

Publié le par riende9?

Frileux automne

Aux roux feuillages :

Chanson qui prône

Charrues, sillages.

 

Pluvieux Hiver :

Sève abondante

Aux dons divers

D'où naît la plante.

 

Brumeux printemps :

Sucré breuvage

Qu'offre le temps,

Aux fleurs sauvages.

 

Torride été,

Aux cheveux blancs :

Virilité...

Epis et vans.

 

Aherdan Le reflet du vent ed Marsam

 

File:Gustave Courbet 014.jpg

Les cribleuses de blé Gustave Courbet

illustration trouvée par Cédric

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Migrateur pris

Publié le par riende9?

Mortes couleurs de mauvais temps

Novembre en plumes de voyage

- Autant en portent les autans -

Seul des vols reste ce langage

Pris à la source en la quittant

Dont un reflet tenait en cage

Sourire outremer des printemps.

 

Olivier Larronde Œuvres poétiques complètes ed Le promeneur

oiseaux-en-vol-ombres-chinoises-sur-ciel-stylise

photo trouvée par Cédric

 

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Théodore Tutchev

Publié le par riende9?

Il est au début de l'automne

Un temps trop court d'enchantement

Que des jours de cristal jalonnent

Et dont les soirs sont rayonnants.

 

Où passait la serpe vaillante,

Le grand vide de la saison,

Et l'araignée a, patiente,

Tissé son fil sur le sillon.

 

Bien que l'hiver soit loin, morose,

L'air se vide, l'oiseau se tait ;

Sur la plaine qui se repose

Le ciel reprend sa pureté.

 

22 août 1857 dans Anthologie de la poésie russe ed Gallimard 

2010-12-19-Coucher-devant-l-Eglise-St-Eloi-011.jpg

Photo trouvée par Cédric ici http://peterjbrand.over-blog.com/article-oiseaux-piquets-soleil-couchant-et-63367740.html

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Habib Tengour

Publié le par riende9?

Le soir tombe inconscient de sa chute

un trouble t'enveloppe            là

le temps te file des mains

 

tu rêves de chemins de lune

de révolutions sidérales

l'aube en train de consolider une voûte

se dissimule derrière

 

Tu interroges :

La terre sera-t-elle toujours vierge à nos assauts

 

Habib Tengour L'arc et la cicatrice Clepsydre Editions de la différence   

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Passé, présent, futur

Publié le par riende9?

Je fus. Mais ce que je fus je ne m'en souviens déjà plus :

Mille couches de poussière masquent, voiles,

Ces quarante visages inégaux,

Si marqués par le temps et les mascarets.

 

Je suis. Mais ce que je suis est si peu :

Grenouille échappée de la mare, qui a sauté,

Et lors du saut qu'elle fit, aussi haut qu'elle pouvait,

L'air d'un autre monde l'a faite éclater.

 

Il manque de voir, si cela manque, ce que je serai :

Un visage recomposé avant la fin,

Un chant de batracien, même rauque,

Une vie qui court comme ci comme ça.

 

José Saramago Les poèmes possibles traduit par Nicole Siganos ed Jacques Bremond 

 

 

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Cinq heures

Publié le par riende9?

Ma table de Café,

Comme je la chéris... La coquette,

Toute en marbre poli,

Qu'elle est jolie et qu'elle est fraîche !

 

Avec un siphon vert au milieu,

Et, à côté, les allumettes

Devant mon verre rempli

D'une boisson légère.

 

(J'ai toujours proscrit les liqueurs,

Les trouvant peu décoratives :

Les sirops ont des couleurs

Plus vives et plus brutales.)

 

C'est sur elle que je peux écrire

Mes vers argentés,

Au grand étonnement des garçons

Qui me regardent sans compendre.

 

Sur elle je pose mes bras

Avec détachement,

Cherchant dans l'air les vestiges

De ma vie passée.

 

Ou bien, grillant des cigarettes,

- Car cela fait un an que je fume -

J'imagine et je confectionne

Mes petites intrigues bizarres.

 

(Et si par hasard devant moi

Passe l'éclat d'une jolie femme,

La fumée de ma cigarette

Va l'embrasser, bien entendu...)

 

L'arrivée d'un nouveau client,

C'est un nouvel acteur sur la scène,

Car mon regard ennuyé

Lui prête aussitôt un rôle.

 

Et le rouge de ces lèvres

Qu'au fond j'aperçois, si tristes,

Dans ma pensée persiste

Et ne la quitte plus.

 

Telles sont les futilités

Enfermées dans mon souvenir ;

De ces visions fugitives

Naissent mes plus fortes nostalgies...

 

(Telle histoire en Or, si belle,

Dans ma vie avorta :

Je fus un héros de roman

Inemployé par les auteurs...)

 

Dans les Cafés, j'attends la vie

Qui jamais ne vient à moi :

- Je ne suis pas en peine

Du temps qui passe en courant.

 

Mon but est de passer le temps,

L'idéal qui seul me reste :

Pour moi, il n'est plus belle fête,

Et je ne trouve rien plus beau.

 

- Cafés de ma paresse,

Vous êtes aujourd'hui - quel exploit ! -

Tout mon terrain d'action

Et toute mon ambition.

 

                                                         Paris, septembre 1915

 

Mario de Sa-Carneiro Poésies complètes ed Minos La différence  

 

 

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Rien

Publié le par riende9?

             Plus rien même pas la cendre

même pas le souvenir      plus rien

Plus rien sauf cette joie de l'oubli

ce vent de l'oubli qui arrache tout

détruit tout et saccage le reste

Le moment est enfin venu de ne plus espérer

de ne plus attendre de ne plus croire

de ne plus s'imaginer de ne plus trembler

savoir qu'on ne craint plus le vide

que tout est consommé consumé désincarné

que ce qui était n'est plus     plus rien

même plus     rien    même pas le néant

 

Je ne ricane plus je ne souris plus

je ne baisse plus les yeux ni ne les lève

je ne les frotte même plus je ne dors pas

je veille comme une pierre sans son ombre

et je suis transparent comme le temps

je vis comme vivent les nuages et la fumée

je m'efface jusqu'aux dernières traces

 

 

Philippe Soupault   Poèmes à dire Une anthologie de poésie contemporaine francophone ed Poésie / Gallimard  

 

 

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Paysages

Publié le par riende9?

Paysages paisibles ou désolés.

Paysages de la route de la vie plutôt que de la surface de la Terre.

Paysages du Temps qui coule lentement, presque immoblile et parfois comme en arrière.

Paysages des lambeaux, des nerfs lacérés, des "saudades".

Paysages pour couvrir les plaies, l'acier, l'éclat, le mal, l'époque, la corde au cou, la mobilisation.

Paysages pour abolir les cris.

Paysages comme on se tire un drap sur la tête.

 

Henri Michaux Choix de poèmes ed Gallimard

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