Haïkus Salim Bellen
Le vent débarrasse
ici à longueur d'année
l'arbre de ses feuilles
L'enfant sur la crête
au filet à papillons
attrape le ciel
Le vent débarrasse
ici à longueur d'année
l'arbre de ses feuilles
L'enfant sur la crête
au filet à papillons
attrape le ciel
La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu,
Sur le jardin frais et dormant.
Feuille à feuille, la pluie éveille
L'arbre poudreux qu'elle verdit ;
Au mur, on dirait que la treille
S'étire d'un geste engourdi.
L'herbe frémit, le gravier tiède
Crépite et l'on croirait, là-bas,
Entendre sur le sable et l'herbe
Comme d'imperceptibles pas.
Le jardin chuchote et tressaille,
Furtif et confidentiel ;
L'averse semble, maille à maille,
Tisser la terre avec le ciel.
Henri De Régnier Les médailles d'argile
Dans la sobriété des roches provençales
Les amandiers noueux se crispent de douleur,
Mais, vers la février, des fleurs blanches et pâles
Eclosent brusquement de leur âpre noirceur.
Et moi aussi je suis comme l'arbre en torture.
Je suis crispé, rugueux et l'on me croit méchant,
Mais je sens sourdre en moi un candide murmure
Rien que d'avoir frôlé un peu votre printemps.
Sous mes airs renfrognés et mon écorce dure
Je porte au fond de moi de candides clartés,
Et par ce soir divin où la nuit est si pure
Mon cœur vient de fleurir ainsi que l'amandier.
Auguste Chabaud "poésie de la période sentimentale"
L'arbre de la tristesse
ne le plante pas dans ton cœur.
Relis chaque matin
le livre de la joie
Un arbre sous la lune
le vent chuchote
dans les branches
L'arbre dans la forêt tient un discours d'oiseau.
La discipline électrise une ruche.
Le zéphyr sous l'azur dodine le roseau.
Une mousse verte habille la bûche.
Quand l'homme aux lèvres d'or arrive dans la plaine,
Le mot amour parfume son haleine.
Rougeoyant au soleil, les pavots pavillonnent.
Midi ! les clochers à jour carillonnent.
Henri Pichette Poèmes offerts ed Gallimard

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Chacun des poèmes que tu tiens
entre tes mains, lecteur,
correspond à un bourgeon nouveau
sur l'arbre musical
de ma vie en fleurs.
Federico Garcia Lorca 1921
Voici venir la nuit.
Aux enclumes du soir
frappent les rayons de lune.
Voici venir la nuit.
Un grand arbre s'est vêtu
de paroles mélodieuses
Voici venir la nuit.
Si tu venais me voir
par les sentiers de l'air,
Voici venir la nuit
Tu me verrais en pleurs
sous les grands peupliers
ô fille brune !
sous les grands peupliers.
Federico Garcia Lorca La nuit en poésie ed Gallimard Folio junior
Photo trouvée par Cédric
Si tu révèles ton secret au vent, tu ne dois pas lui reprocher de le révéler à l'arbre.
Khalil Gibran Le sable et l'écume ed Albin Michel Spiritualités vivantes
Le poète s'appuie, durant le temps de sa vie, à quelque arbre,
ou mer, ou talus, ou nuage d'une certaine teinte, un moment, si la
circonstance le veut. Il n'est pas soudé à l'égarement d'autrui. Son
amour, son saisir, son bonheur ont leur équivalent dans tous les lieux
où il n'est pas allé, où jamais il n'ira, chez les étrangers qu'il ne
connaîtra pas. Lorsqu'on élève la voix devant lui, qu'on le presse
d'accepter des égards qui retiennent, si l'on invoque à son propos les
astres, il répond qu'il est du pays d'à côté, du ciel qui vient d'être
englouti.
Le poète vivifie puis court au dénouement.
Au soir, malgré sur sa joue plusieurs fossettes d'apprenti,
c'est un passant courtois qui brusque les adieux pour être là quand
le pain sort du four.
René Char La parole en archipel ed Gallimard