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vie

Federico Garcia Lorca

Publié le par riende9?

Chacun des poèmes que tu tiens

entre tes mains, lecteur,

correspond à un bourgeon nouveau

sur l'arbre musical

de ma vie en fleurs.

 

Federico Garcia Lorca 1921

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Charles Juliet

Publié le par riende9?

il y a une marge

entre ce que je suis

et celui que je voudrais être

 

il y a une marge

entre la vie que je mène

et la vie à laquelle j'aspire

 

il y a une marge

entre ce que j'écris

et ce que je voudrais écrire

 

j'ai travaillé et je travaille

avec ténacité à réduire

ces marges qui n'en font qu'une

 

Charles Juliet Moisson choix de poèmes ed P.O.L

Illustration trouvée par Constance ici http://adalberto-mecarelli.net/

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Auguste Chabaud

Publié le par riende9?

Auguste Chabaud

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Pourquoi la journée vole

Publié le par riende9?

          Le poète s'appuie, durant le temps de sa vie, à quelque arbre,

ou mer, ou talus, ou nuage d'une certaine teinte, un moment, si la

circonstance le veut. Il n'est pas soudé à l'égarement d'autrui. Son

amour, son saisir, son bonheur ont leur équivalent dans tous les lieux

où il n'est pas allé, où jamais il n'ira, chez les étrangers qu'il ne

connaîtra pas. Lorsqu'on élève la voix devant lui, qu'on le presse

d'accepter des égards qui retiennent, si l'on invoque à son propos les

astres, il répond qu'il est du pays d'à côté, du ciel qui vient d'être

englouti.

          Le poète vivifie puis court au dénouement.

          Au soir, malgré sur sa joue plusieurs fossettes d'apprenti, 

c'est un passant courtois qui brusque les adieux pour être là quand 

le pain sort du four.

 

René Char La parole en archipel ed Gallimard  

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Cinq heures

Publié le par riende9?

Ma table de Café,

Comme je la chéris... La coquette,

Toute en marbre poli,

Qu'elle est jolie et qu'elle est fraîche !

 

Avec un siphon vert au milieu,

Et, à côté, les allumettes

Devant mon verre rempli

D'une boisson légère.

 

(J'ai toujours proscrit les liqueurs,

Les trouvant peu décoratives :

Les sirops ont des couleurs

Plus vives et plus brutales.)

 

C'est sur elle que je peux écrire

Mes vers argentés,

Au grand étonnement des garçons

Qui me regardent sans compendre.

 

Sur elle je pose mes bras

Avec détachement,

Cherchant dans l'air les vestiges

De ma vie passée.

 

Ou bien, grillant des cigarettes,

- Car cela fait un an que je fume -

J'imagine et je confectionne

Mes petites intrigues bizarres.

 

(Et si par hasard devant moi

Passe l'éclat d'une jolie femme,

La fumée de ma cigarette

Va l'embrasser, bien entendu...)

 

L'arrivée d'un nouveau client,

C'est un nouvel acteur sur la scène,

Car mon regard ennuyé

Lui prête aussitôt un rôle.

 

Et le rouge de ces lèvres

Qu'au fond j'aperçois, si tristes,

Dans ma pensée persiste

Et ne la quitte plus.

 

Telles sont les futilités

Enfermées dans mon souvenir ;

De ces visions fugitives

Naissent mes plus fortes nostalgies...

 

(Telle histoire en Or, si belle,

Dans ma vie avorta :

Je fus un héros de roman

Inemployé par les auteurs...)

 

Dans les Cafés, j'attends la vie

Qui jamais ne vient à moi :

- Je ne suis pas en peine

Du temps qui passe en courant.

 

Mon but est de passer le temps,

L'idéal qui seul me reste :

Pour moi, il n'est plus belle fête,

Et je ne trouve rien plus beau.

 

- Cafés de ma paresse,

Vous êtes aujourd'hui - quel exploit ! -

Tout mon terrain d'action

Et toute mon ambition.

 

                                                         Paris, septembre 1915

 

Mario de Sa-Carneiro Poésies complètes ed Minos La différence  

 

 

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Georges Perros

Publié le par riende9?

Je suis né dans une mansarde

d'où l'on entendait le matin

des laitiers qui drelin drelin

réveillaient les biberonneuses.

 

Ici naquit Georges Machin

qui pendant sa vie ne fut rien

et qui continue Il aura

su tromper son monde en donnant

quelques fugitives promesses

mais il lui manquait c'est certain

de quoi faire qu'on le conserve

en boîte d'immortalité.

 

Prendre l'air était son métier.

 

Georges Perros Une vie ordinaire ed Poésie / Gallimard 

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Pensées

Publié le par riende9?

Penser, vivre, mer peu distincte ;

Moi - ça - tremble,

Infini incessamment qui tressaille.

 

Ombres de mondes infimes,

ombres d'ombres,

cendre d'ailes.

 

Pensées à la nage merveilleuse,

qui glissez en nous, entre nous, loin de nous,

loin de nous éclairer, loin de rien pénétrer ;

 

étrangères en nos maisons,

toujours à colporter,

poussières pour nous distraire et nous éparpiller

   la vie.

 

Henri Michaux Plume précédé de Lointain intérieur ed Poésie /

Gallimard

Illustration trouvée par Cédric ici http://arbrealettres.wordpress.com/2012/10/07/pensees-henri-michaux/

 

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Insomnies

Publié le par riende9?

Longtemps, j'ai maudit

Mes insomnies.

 

Aujourd'hui,

J'oserais les bénir.

 

*

 

Ce sont de longs moments

De repos, de répit.

 

Rencontre avec l'immobile,

Rencontre avec le silence

 

Qui ouvre des voies

Où vivre la pleine vie.

 

*

 

Il m'arrive

De me faire un ruisseau

Et de me laisser aller

Bercé par le courant,

Parlant à des pierres.

Et me voici rivière, fleuve

Hésitant devant l'océan.

 

*

 

Je peux me tansformer

En ciel d'azur

Saluant ce qui me regarde.

 

Je peux être rocher,

Vivant en moi les données

D'un silence qui fait communier

L'homme et la pierre.

 

*

 

Je peux être tigre ou pigeon,

Cheval en liberté.

Tant de parcours, de haltes

Où s'abreuver.

 

*

 

Jamais je ne prêche

Ni ne raconte.

 

Le silence est la religion,

J'en suis le fidèle.

 

*

 

L'univers me fait être

L'amour d'une jeune fille.

 

Ensemble nous nous taisons

Dans un rêve parent

 

Où le silence

Nous fonde en lui.

 

                                  1996

 

Guillevic Relier ed Gallimard 

 

 

 

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Bribes (2me partie)

Publié le par riende9?

Si tu es à l'écoute

de ce qui implore

en toute souffrance

tes mots   un court instant

rassasieront l'affamé

 

 

 

Réduis

comprime

fais s'épanouir

la quintessence

 

 

 

Pouvoir du poème

qui redonne vie

à celui qui mourait

d'inanition

 

 

 

Ton centre

un oeil

qui regarde

en lui-même

 

 

 

Non une flamme dévorante

mais la douce clarté

qu'enchante le murmure

de la source

 

 

 

Quand les eaux

montent   t'emportent

 

que le temps

n'est plus

ce châtiment

que tu as connu

 

 

 

Rien ne peut

déraciner

ta lumière

 

le nuit

ne sera plus

ta prison

 

 

 

Lumière

Intensité

Croissance

 

Mon expérience

de la sphère

 

 

 

Purifiée par l'oeil

la flamme s'élève

ne cesse de grandir

 

 

 

Instants

de folle ébriété

 

Quand un même flux

mêle en son torrent

la lumière et les eaux

 

 

 

Ce feu doux

de l'amour

quand l'oeil

a clarifié la flamme

 

 

 

Femme

c'est de toi

que me vient la vie

et je n'en finirai pas

de te louer   te célébrer

 

Charles Juliet Moisson ed P.O.L

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Bribes (1ère partie)

Publié le par riende9?

Il est un temps où la soif

n'est qu'ennui   brûlure

solitude et détresse

 

 

 

Tu as vaincu la honte

Il te reste à surmonter

le doute

 

 

 

Quand la compassion te relie

à ceux que l'époque rudoie

quand tu deviens celui qui vacille

perd pied   lutte

pour ne pas sombrer

 

 

 

Quand tu te tiens

dans la proximité du centre

la moindre parcelle de vie

est intégrée à la sphère

 

 

 

Avoir la force de t'arracher

aux joies   plaisirs  émotions

que te donnent tes semblables

 

Pour boire à cette source

où capiteuse se fait la vie

 

 

 

Combien seul

combien étranger à ce monde

celui que le manque

contraint à chercher

une vie plus haute

 

 

 

Ces mots que tu graves

sur la feuille

ils naissent des lèvres

de la blessure

 

 

 

Abandonne-toi à ce qui survient

contrôle ce qui prend forme

Sache faire alterner

maîtrise et abandon

 

 

 

Par ta gravité

sacralise les mots

que tu emploies

  

(...)

 

Charles Juliet Moisson ed P.O.L

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