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solitude

Blues

Publié le par riende9?

Je suis envahi de brume

Et de solitude

Aujourd'hui,

Et je fuis.

 

Livre ouvert en moi.

Dans mon cerveau gris

Défilent des mots vides

Et défilent des pages, rues désertes

Sans cabarets.

 

Chère âme, allonge-toi sur le divan long

Et jette l'ancre,

Et laisse descendre jusqu'au fond.

Oui, jette l'ancre !

 

Léopold Sédar Senghor Oeuvre poétique ed du Seuil Points 

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Haïkus

Publié le par riende9?

 

Profond l'automne -

mon voisin

comment vit-il ?

Bashô

 

Soir d'automne -

il est un bonheur aussi

dans la solitude

Buson

 

De temps à autre

les nuages accordent une pause

à ceux qui contemplent la lune

Bashô

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Poésie II (1948) VII

Publié le par riende9?

Quand la nuit est brillamment éparpillée

Lorsque la pensée est intouchable

Je dis fleur de montagne pour dire

Solitude

Je dis liberté pour dire désespoir

Et je vais bûcheron de mes pas

Egarer les mensonges

Dans une forêt de bois

Pleine de justice et de romances

 

Georges Schehadé Les Poésies ed augmentée de Le nageur d'un seul amour ed Poésie / Gallimard

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Aveu

Publié le par riende9?

J'écris rien que pour retrouver

en quel lieu j'eus la révélation

parce que j'ai oublié ce lieu

ainsi que toute révélation.

 

Alors selon l'usage

je célèbre l'inconnu

pour tant bien que mal

assurer mon existence.

 

C'est l'utilité des fantômes

que de figurer ce qui

n'a jamais eu de figure

et se doit de naître au jour.

 

Rien n'existe que révélé

sans le vide le plus parfait

de nos heures déficientes.

Pour le moment notre solitude

est une preuve indiscutable

du nécessaire avenir

de nos images dénudées.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

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Le travail du poète (extrait)

Publié le par riende9?

                                                                                                    à Guillevic

I

Les belles manières avec les autres

Sur l'herbe pelée en été

Sous des nuages blancs

 

Les belles manières d'être avec les femmes

Dans une maison grise et chaude

Sous un drap transparent

 

Les belles manières d'être avec soi-même

Devant la feuille blanche

 

Sous la menace d'impuissance

Entre deux temps et deux espaces

 

Entre l'ennui et la manie de vivre

 

II

Qu'êtes-vous venu prendre

Dans la chambre familière

 

Un livre qu'on n'ouvre jamais

 

Qu'êtes-vous venu dire

A la femme indiscrète

 

Ce qu'on ne peut pas répéter

 

Qu'êtes-vous venu voir

Dans ce lieu bien en vue

 

Ce que voient les aveugles

 

III

La route est courte

On arrive bien vite

Aux pierres de couleur

Puis

A la pierre vide

On arrive bien vite

Aux mots égaux

Aux mots sans poids

Puis

Aux mots sans suite

 

Parler sans avoir rien à dire

On a dépassé l'aube

Et ce n'est pas le jour

Et ce n'est pas la nuit

Rien c'est l'écho d'un pas sans fin

 

IV

Une année un jour lointains

Une promenade le coeur battant

Le paysage prolongeait

Nos paroles et nos gestes

L'allée s'en allait de nous

Les arbres nous grandissaient

Et nous calmions les rochers

 

C'est bien là que nous fûmes

Réglant toute chaleur

Toute clarté utile

C'est là que nous chantâmes

Le monde était intime

C'est là que nous aimâmes

Une foule nous précéda

 

Une foule nous suivit

Nous parcourut en chantant

Comme toujours quand le temps

Ne compte plus ni les hommes

Et que le coeur se repent

Et que le coeur se libère

 

V

Il y a plus longtemps encore

J'ai été seul

Et j'en frémis encore

 

O solitude simple

O négatrice du hasard charmant

J'avoue t'avoir connue

 

J'avoue avoir été abandonné

Et j'avoue même

Avoir abandonné ceux que j'aimais

Au cours des années tout s'est ordonné

Comme un ensemble de lueurs

Sur un fleuve de lumière

Comme les voiles des vaisseaux

Dans le beau temps protecteur

Comme les flammes dans le feu

Pour établir la chaleur

Au cours des années je t'ai retrouvée

O présence indéfinie

Volume espace de l'amour

 

Multiplié

 

(...)

 

Paul Eluard Poésie ininterrompue ed Poésie / Gallimard 

 

 

 

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La solitude

Publié le par riende9?

Bel arbre noir dans cette chambre

Je te pare de tous mes soucis

Derrière moi

C'est le bruit d'ailes des portes

Qui se referment.

 

Tout ce qui tombe

de l'autre côté des épaules

Tout ce qui plane

Plus haut que la nuit

N'atteint pas mon visage.

 

Je cherche un homme en moi

A qui parler.

 

René Guy Cadou Poésie la vie entière ed Seghers

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Bribes (1ère partie)

Publié le par riende9?

Il est un temps où la soif

n'est qu'ennui   brûlure

solitude et détresse

 

 

 

Tu as vaincu la honte

Il te reste à surmonter

le doute

 

 

 

Quand la compassion te relie

à ceux que l'époque rudoie

quand tu deviens celui qui vacille

perd pied   lutte

pour ne pas sombrer

 

 

 

Quand tu te tiens

dans la proximité du centre

la moindre parcelle de vie

est intégrée à la sphère

 

 

 

Avoir la force de t'arracher

aux joies   plaisirs  émotions

que te donnent tes semblables

 

Pour boire à cette source

où capiteuse se fait la vie

 

 

 

Combien seul

combien étranger à ce monde

celui que le manque

contraint à chercher

une vie plus haute

 

 

 

Ces mots que tu graves

sur la feuille

ils naissent des lèvres

de la blessure

 

 

 

Abandonne-toi à ce qui survient

contrôle ce qui prend forme

Sache faire alterner

maîtrise et abandon

 

 

 

Par ta gravité

sacralise les mots

que tu emploies

  

(...)

 

Charles Juliet Moisson ed P.O.L

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Jean Mambrino

Publié le par riende9?

Le mot de passe est un recueil composé de textes de deux lignes, ci-dessous quelques uns de ces textes.

 

Un jardin où demeure

l'odeur de la pensée.

 

L'oubli

pour se souvenir.

 

Trouve ce nulle part

en tous lieux.

 

Naître

dans un regard.

 

Un poème dont chaque mot

imite le silence.

 

Le coeur croise sa souffrance

sans la reconnaître.

 

Trois brindilles suffisent à l'araignée

pour tisser sa constellation.

 

Plus lente que l'indolence

l'irruption du poème.

 

Tout partage approfondit

le mystère du désir.

 

Lorsque la solitude

devient le havre de l'amour.

 

En allant vers lui, vers elle,

c'est toi que tu découvres.

 

Tous les chemins divergent

pour aider les rencontres.

 

Un tonnerre

qui parlerait à voix basse.

 

Ne demeure

que ce qui change.

 

Ils se reconnurent

à leurs blessures.

 

Efface pour inscrire

l'invisible.

 

Jean Mambrino Le mot de passe ed José Corti

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Gaspard Hons

Publié le par riende9?

La solitude souffre, elle écrit des poèmes très ordinaires, la solitude descend au fond des mots, ferme toutes les portes, pleure doucement sur les malheurs du monde. La solitude se détache du monde, elle devient étrangère au monde, aux choses, aux êtres. La solitude se tait, mâche le désespoir, assiste impuissante à la destruction du monde. L'odeur du café, le ricanement du tiroir, la présence de l'ange, la température trop basse pour la saison, l'ombre des âmes mortes, ... tout cela aussi connaît la solitude

 

Gaspard Hons L'orage en deux ed Le dé bleu

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Les nouveaux euphorismes de Grégoire

Publié le par riende9?

Soyons clairs :

pour les jeunes,

le temps passe aussi vite

que pour les vieux ;

la seule différence

c'est que les jeunes,

eux s'en foutent.

 

J'ai peu de considération

pour ces agités

qui voudraient nous faire croire

qu'ils sont dynamiques.

Je ne respecte pas les imitations

de vitesse.

 

De quel territoire

sont-elles gardiennes,

ces fleurs barbelées

qu'on appelle les roses ?

 

Qui peut le plus

aurait bien tort

de s'en priver.

 

Si cela va sans dire,

ne le dites pas.

 

Tout ce qui est agréable

ne l'est plus

dès qu'il devient

indispensable.

 

Quand le ciel a oublié

de pleuvoir,

les fleurs baissent la tête

en signe de désapprobation.

 

Il n'y a pas que du pire

il y a aussi du moins bon.

 

Croyant nous surprendre,

le soleil, peu imaginatif,

n'a pas trouvé d'autre idée

que de se lever ailleurs

que là où il s'était couché.

 

Peut-on vraiment affirmer

qu'une larme de tristesse

et une larme de bonheur

se ressemblent comme

deux gouttes d'eau ?

 

La valeur de mes bonnes idées

résulte essentiellement

de leur rareté.

 

Sur un mur aveugle,

le poète non seulement dessine

des portes mais,

en plus, il les ouvre !

 

Etonnantes ces personnes qui,

prenant des airs supérieurs,

arrivent à nous faire croire

qu'elles le sont.

 

Tellement aux prises

avec sa solitude,

il n'a même pas le temps

de se faire des amis.

 

Grégoire Lacroix les nouveaux euphorismes de Grégoire ed Max Milo

 

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