Albert Einstein (1879-1955)
J'aime penser que la lune est là, même si je ne la regarde pas.
J'aime penser que la lune est là, même si je ne la regarde pas.
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Comme je m’acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent du Nord. Il était vêtu d’un grand manteau de neige et sa couronne de glaçons étincelait. Il me dit: «Laisse-moi t’emporter vers les immuables blancheurs. «Tu verras les aurores incomparables, les mers immobiles et lumineuses, les montagnes de cristal qui flottent sur les eaux et les solitudes pâles au fond de l’éternel silence.» Je répondis au Vent du Nord: «Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d’une vierge.» Le Vent du Nord s’enfuit dans un frisson d’ailes. Comme je m’acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent de l’Est. Il était vêtu de pourpre et sa couronne de rayons flamboyait. Il me dit: «Laisse-moi t’emporter vers la lumière. «Tu verras le faste des couleurs, les dorures des pagodes aux clochetons bizarres, le chatoiement soyeux des robes de mousmés et la naissance glorieuse du Soleil.» Je répondis au Vent de l’Est: «Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d’une vierge.» Le Vent de l’Est s’enfuit dans un frisson d’ailes. Comme je m’acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent du Sud. Il était vêtu d’or et sa couronne d’étoiles resplendissait. Il me dit: «Laisse-moi t’emporter vers l’azur. «Tu verras les forêts aux végétations paradoxales, la grâce des lionnes et la subtilité des panthères, les reptiles indolents et splendides, les temples et les ruines, les sphinx accroupis dans les déserts, les oasis et les mirages, et l’inexprimable magnificence des fleurs.» Je répondis au Vent du Sud: «Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d’une vierge.» Le Vent du Sud s’enfuit dans un frisson d’ailes. Comme je m’acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent de l’Ouest. Il était vêtu de vert tendre et sa couronne de perles rayonnait. Il me dit: «Laisse-moi t’emporter vers la mer. «Tu verras l’infini des horizons ruisselants et le charme mystique des brumes, le passage des voiles dont la blancheur légère se colore, vers le soir, de violet et d’orange, et l’étendue fabuleuse des Océans.» Je répondis au Vent de l’Ouest: «Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d’une vierge.» Le Vent de l’Ouest s’enfuit dans un frisson d’ailes.
Renée Vivien
Quand la mer est tranquille,
chaque bateau
a un bon capitaine.
Douceur,
Je dis : douceur.
Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t'accueillent
Qui te donnent du temps.
Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.
Je dis : douceur,
Pensant aussi
A des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
A des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,
A des poignées de main.
Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,
A des moments qui disent
Le temps de la douceur venant pour tout de bon,
Cet air tout neuf,
Qui pour durer s'installera.
Eugène Guillevic Terre à bonheur
A travers les grands arbres
le ciel a rajeuni
Brouillards dans la vallée
pâleur sur les sommets
L'étoile du berger
allume son fanal
Les nuages en sari
comparent leurs moirures
Le soleil a trouvé
la couleur qu'il cherchait
*
Michel Butor
Sous l'écorce vive
Éditions de Fallois
Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles.
Une voix, comme un tambour, voilée,
Parvient pourtant distinctement jusqu'à nous.
Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau
Elle ne parle que d'été et de printemps.
Elle remplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.
Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.
Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ?
Elle dit : "La peine sera de courte durée".
Elle dit : " La belle saison est proche ".
Ne l'entendez-vous pas ?
Robert Desnos (19900-1945) Contrée