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Albert Einstein (1879-1955)

Publié le par riende9?

J'aime penser que la lune est là, même si je ne la regarde pas. 

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Déménager

Publié le par riende9?

Quitter un appartement. Vider les lieux.
Décamper. Faire place nette. Débarrasser le
plancher.
Inventorier, ranger, classer, trier.
Éliminer, jeter, fourguer.
Casser.
Brûler.
Descendre, desceller, déclouer, décoller, dévisser,
décrocher.
Débrancher, détacher, couper, tirer, démonter,
plier, couper.
Rouler.
Empaqueter, emballer, sangler, nouer, empiler,
rassembler, entasser, ficeler, envelopper,
protéger, recouvrir, entourer, serrer.
Enlever,
porter, soulever.
Balayer.
Fermer.
Partir.

Georges Perec

 

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Liberté

Publié le par riende9?

 

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

 

Sur toutes les pages lues

 
 
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

 

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

 

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

 

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunis
J'écris ton nom

 

Sur le fruit coupé en deux
Dur miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

 

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

 

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

 

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

 

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.



Paul Eluard
in Poésies et vérités 1942
Ed. de Minuit, 1942

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Les Vents Première Partie (Traduite de poèmes norvégiens)

Publié le par riende9?

 

Comme je m’acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent du Nord.
Il était vêtu d’un grand manteau de neige et sa couronne de glaçons étincelait.
Il me dit: «Laisse-moi t’emporter vers les immuables blancheurs.
«Tu verras les aurores incomparables, les mers immobiles et lumineuses, les 
montagnes de cristal qui flottent sur les eaux et les solitudes pâles au fond de 
l’éternel silence.»

Je répondis au Vent du Nord:

«Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d’une vierge.»
Le Vent du Nord s’enfuit dans un frisson d’ailes.
Comme je m’acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent de l’Est.
Il était vêtu de pourpre et sa couronne de rayons flamboyait.
Il me dit: «Laisse-moi t’emporter vers la lumière.
«Tu verras le faste des couleurs, les dorures des pagodes aux clochetons 
bizarres, le chatoiement soyeux des robes de mousmés et la naissance glorieuse 
du Soleil.»

Je répondis au Vent de l’Est:

«Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d’une vierge.»
Le Vent de l’Est s’enfuit dans un frisson d’ailes.
Comme je m’acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent du Sud.
Il était vêtu d’or et sa couronne d’étoiles resplendissait.
Il me dit: «Laisse-moi t’emporter vers l’azur.
«Tu verras les forêts aux végétations paradoxales, la grâce des lionnes et la 
subtilité des panthères, les reptiles indolents et splendides, les temples et 
les ruines, les sphinx accroupis dans les déserts, les oasis et les mirages, et 
l’inexprimable magnificence des fleurs.»

Je répondis au Vent du Sud:

«Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d’une vierge.»
Le Vent du Sud s’enfuit dans un frisson d’ailes.
Comme je m’acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent de l’Ouest.
Il était vêtu de vert tendre et sa couronne de perles rayonnait.
Il me dit: «Laisse-moi t’emporter vers la mer.
«Tu verras l’infini des horizons ruisselants et le charme mystique des brumes, 
le passage des voiles dont la blancheur légère se colore, vers le soir, de 
violet et d’orange, et l’étendue fabuleuse des Océans.» 

Je répondis au Vent de l’Ouest:

«Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d’une vierge.»
Le Vent de l’Ouest s’enfuit dans un frisson d’ailes.


Renée Vivien

 

 

 

 

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Proverbe Suédois

Publié le par riende9?

Quand la mer est tranquille,

chaque bateau

a un bon capitaine.

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Odilon Redon

Publié le par riende9?

Photo de Aurélie Biniek.

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Douceur

Publié le par riende9?

Douceur,

Je dis : douceur.

 

Je dis : douceur des mots

Quand tu rentres le soir du travail harassant

Et que des mots t'accueillent

Qui te donnent du temps.

 

Car on tue dans le monde

Et tout massacre nous vieillit.

 

Je dis : douceur,

Pensant aussi

A des feuilles en voie de sortir du bourgeon,

A des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,

A des poignées de main.

 

Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,

A des moments qui disent

Le temps de la douceur venant pour tout de bon,

 

Cet air tout neuf,

Qui pour durer s'installera.

 

Eugène Guillevic Terre à bonheur 

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Chanson d'aube

Publié le par riende9?

 

 


A travers les grands arbres
le ciel a rajeuni

Brouillards dans la vallée
pâleur sur les sommets

L'étoile du berger
allume son fanal

Les nuages en sari
comparent leurs moirures

Le soleil a trouvé
la couleur qu'il cherchait

*

Michel Butor

Sous l'écorce vive
Éditions de Fallois

 

 

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Nneka Book of job

Publié le par riende9?

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La voix

Publié le par riende9?

Une voix, une voix qui vient de si loin

Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles.

Une voix, comme un tambour, voilée,

Parvient pourtant distinctement jusqu'à nous.

 

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau

Elle ne parle que d'été et de printemps.

Elle remplit le corps de joie,

Elle allume aux lèvres le sourire.

 

Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine

Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,

L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

 

Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ?

Elle dit : "La peine sera de courte durée".

Elle dit : " La belle saison est proche ".

 

Ne l'entendez-vous pas ?

 

Robert Desnos (19900-1945) Contrée

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