fleur
Haïku Henri Brunel
Un papillon distrait
s'est posé sur ma joue
je suis devenu fleur
En avance
Je suis un gardeur de troupeaux
Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau, ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
Et avec les mains et les pieds
Et avec le nez et la bouche.
Penser une fleur c'est la voir et la respirer
Et manger un fruit c'est en savoir le sens.
C'est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d'en jouir à ce point,
Et que je m'étends de tout mon long dans l'herbe.
Et que je ferme mes yeux brûlants,
Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,
Je connais la vérité et suis heureux.
Fernando Pessoa je ne suis personne ed Christian Bourgois éditeur
La poésie
En toi, péniblement s'unissent
Le hasard, l'esprit créateur ;
La beauté n'a point de couleurs
Plus fuyantes et plus factices.
Dans l'ardent et houleux désert
Du monde, n'aimant qu'un mirage,
Chercher en d'ineffables vers
La magique fleur du langage ...
Tu nous troubles, irrésistible,
Impalpable, à peine visible,
De pâle et fuyante lueur,
Au point qu'à jamais tu nous lies
Par la pensée et par le coeur ;
Et que l'on t'aime à la folie !
Innocent Annenski Anthologie de la poésie russe ed Gallimard
La magique fleur du langage...
... nous embrasse ! ;-)
illustrations et texte Cédric
http://www.photomonde.fr/la-psychotria-elata-la-fleur-en-forme-de-levres/

Bégonia
Chant accentué
Qu'un nuage sans nom
Laisse un rocher perplexe.
Mes accents papillons
Font sa fleur circonflexe.
Olivier Larronde Oeuvres poétiques complètes ed Le promeneur

Illustration trouvée par Cédric (voir commentaires) ici http://one360.eu/blog/archives/23855
Olivier Larronde
Le vent qui touche à tout, jeune fille sans ailes,
Touche à toi, demoiselle où veut poser sa bouche
L'équilibriste qui tient sur un baiser d'elle
Et tourne sous son fard dès que le vent le touche.
Sur tes genoux moins durs que les genoux du bois,
Votre baiser savant penche comme une fleur,
Penche vers une fleur : c'est la fleur qui vous boit,
Chavirés sous vos fards, comme boit un voleur.
Olivier Larronde Oeuvres poétiques complètes ed Le promeneur
Poésie II (1948) VII
Quand la nuit est brillamment éparpillée
Lorsque la pensée est intouchable
Je dis fleur de montagne pour dire
Solitude
Je dis liberté pour dire désespoir
Et je vais bûcheron de mes pas
Egarer les mensonges
Dans une forêt de bois
Pleine de justice et de romances
Georges Schehadé Les Poésies ed augmentée de Le nageur d'un seul amour ed Poésie / Gallimard
Wou-Ti Le vent d'automne
Le vent d'automne s'est levé,
quel vol de blancs nuages !
L'herbe va jaunir, l'arbre s'effeuiller,
au sud fuit l'oie sauvage.
Mais reste à l'orchidée sa fleur,
l'arôme aux chrysantèmes,
Sans pouvoir l'oublier, mon coeur
songe à celle que j'aime.
De la Fen, ma barque en voguant
franchit l'eau tourmentée,
Et fait en travers du courant
jaillir l'onde argentée.
Au son des flûtes et tambours,
les chants des rameurs naissent.
Des plaisirs épuisés il sourd
d'autant plus de tristesse.
Jeunesse et vigueur, qu'en durent les jours ?
Quoi ! Déjà la vieillesse ?
Trésor de la poésie universelle Roger Caillois Jean-Clarence Lambert ed Gallimard / Unesco



