Charles Juliet
j'avance nu
sur une terre
que mon besoin
de l'immense
rend désertique
en proie
à la sécheresse
l'être se morfond
s'impatiente
supplie
des mots
me viennent
ils sont
les mots arides
de la soif
Charles Juliet Moisson choix de poèmes ed P.O.L
haïku
Derrière moi
le printemps de la vie _
je croque une fraise
Misuhara shûôshi
Charles JULIET
centrée
et combien
grave
tes yeux ta faim
comme un puits
un gouffre
immergés
tous deux
au plus reculé
d'un silence
qui efface
le monde
la calme
tension
de ton écoute
prends
prends
mes mots
donnons-nous
du vivant
Charles Juliet Moisson choix de poèmes ed P.O.L
Charles JULIET
Souvent
quand il avançait
à tâtons dans sa nuit
il a douté s'est révolté
a voulu remonter
vers la vieille lumière
mais une force le tenait
qui lui enjoignait
de poursuivre
de s'aventurer
une fois de plus
une fois encore
au plus épais
de sa ténèbre
un jour au comble de la détresse
vidé de toute force
acculé à reconnaître
que l'inaccessible se refusait
il admit qu'il lui fallait
renoncer
à sa vive surprise
sans qu'il eût
à progresser d'un seul pas
il franchit le seuil
déboucha dans la lumière
Charles JULIET Moisson choix de poèmes ed P.O.L
Sous la pluie
Les nouveaux euphorismes de Grégoire
Soyons clairs :
pour les jeunes,
le temps passe aussi vite
que pour les vieux ;
la seule différence
c'est que les jeunes,
eux s'en foutent.
J'ai peu de considération
pour ces agités
qui voudraient nous faire croire
qu'ils sont dynamiques.
Je ne respecte pas les imitations
de vitesse.
De quel territoire
sont-elles gardiennes,
ces fleurs barbelées
qu'on appelle les roses ?
Qui peut le plus
aurait bien tort
de s'en priver.
Si cela va sans dire,
ne le dites pas.
Tout ce qui est agréable
ne l'est plus
dès qu'il devient
indispensable.
Quand le ciel a oublié
de pleuvoir,
les fleurs baissent la tête
en signe de désapprobation.
Il n'y a pas que du pire
il y a aussi du moins bon.
Croyant nous surprendre,
le soleil, peu imaginatif,
n'a pas trouvé d'autre idée
que de se lever ailleurs
que là où il s'était couché.
Peut-on vraiment affirmer
qu'une larme de tristesse
et une larme de bonheur
se ressemblent comme
deux gouttes d'eau ?
La valeur de mes bonnes idées
résulte essentiellement
de leur rareté.
Sur un mur aveugle,
le poète non seulement dessine
des portes mais,
en plus, il les ouvre !
Etonnantes ces personnes qui,
prenant des airs supérieurs,
arrivent à nous faire croire
qu'elles le sont.
Tellement aux prises
avec sa solitude,
il n'a même pas le temps
de se faire des amis.
Grégoire Lacroix les nouveaux euphorismes de Grégoire ed Max Milo
Freesias
NGC 224
"Quelqu'un qui ne sait pas lire l'air (kuki ga yomenai hito)", disent les Japonais pour décrire une personne qui ne sent pas une situation.
On ne sait plus si l'autre sait, mais on sait qu'il ne sait pas bien s'il sait ou non.
Un malheur ou un bonheur se produisent quand on n'y pense plus.
Il y a deux sortes d'onomatopées. Celles pour les sons, et celles pour les images. En japonais "tefu tefu" décrit le battement d'ailes des papillons.
"J'ai l'impression de comprendre (wakatta ki ga suru)", dit-on en japonais pour signifier qu'une chose nous échappe.
Ito NAGA NGC 224 ed CHEYNE



