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rien

Aveu

Publié le par riende9?

J'écris rien que pour retrouver

en quel lieu j'eus la révélation

parce que j'ai oublié ce lieu

ainsi que toute révélation.

 

Alors selon l'usage

je célèbre l'inconnu

pour tant bien que mal

assurer mon existence.

 

C'est l'utilité des fantômes

que de figurer ce qui

n'a jamais eu de figure

et se doit de naître au jour.

 

Rien n'existe que révélé

sans le vide le plus parfait

de nos heures déficientes.

Pour le moment notre solitude

est une preuve indiscutable

du nécessaire avenir

de nos images dénudées.

 

André Dhôtel Poèmes comme ça ed Le temps qu'il fait

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Le travail du poète (extrait)

Publié le par riende9?

                                                                                                    à Guillevic

I

Les belles manières avec les autres

Sur l'herbe pelée en été

Sous des nuages blancs

 

Les belles manières d'être avec les femmes

Dans une maison grise et chaude

Sous un drap transparent

 

Les belles manières d'être avec soi-même

Devant la feuille blanche

 

Sous la menace d'impuissance

Entre deux temps et deux espaces

 

Entre l'ennui et la manie de vivre

 

II

Qu'êtes-vous venu prendre

Dans la chambre familière

 

Un livre qu'on n'ouvre jamais

 

Qu'êtes-vous venu dire

A la femme indiscrète

 

Ce qu'on ne peut pas répéter

 

Qu'êtes-vous venu voir

Dans ce lieu bien en vue

 

Ce que voient les aveugles

 

III

La route est courte

On arrive bien vite

Aux pierres de couleur

Puis

A la pierre vide

On arrive bien vite

Aux mots égaux

Aux mots sans poids

Puis

Aux mots sans suite

 

Parler sans avoir rien à dire

On a dépassé l'aube

Et ce n'est pas le jour

Et ce n'est pas la nuit

Rien c'est l'écho d'un pas sans fin

 

IV

Une année un jour lointains

Une promenade le coeur battant

Le paysage prolongeait

Nos paroles et nos gestes

L'allée s'en allait de nous

Les arbres nous grandissaient

Et nous calmions les rochers

 

C'est bien là que nous fûmes

Réglant toute chaleur

Toute clarté utile

C'est là que nous chantâmes

Le monde était intime

C'est là que nous aimâmes

Une foule nous précéda

 

Une foule nous suivit

Nous parcourut en chantant

Comme toujours quand le temps

Ne compte plus ni les hommes

Et que le coeur se repent

Et que le coeur se libère

 

V

Il y a plus longtemps encore

J'ai été seul

Et j'en frémis encore

 

O solitude simple

O négatrice du hasard charmant

J'avoue t'avoir connue

 

J'avoue avoir été abandonné

Et j'avoue même

Avoir abandonné ceux que j'aimais

Au cours des années tout s'est ordonné

Comme un ensemble de lueurs

Sur un fleuve de lumière

Comme les voiles des vaisseaux

Dans le beau temps protecteur

Comme les flammes dans le feu

Pour établir la chaleur

Au cours des années je t'ai retrouvée

O présence indéfinie

Volume espace de l'amour

 

Multiplié

 

(...)

 

Paul Eluard Poésie ininterrompue ed Poésie / Gallimard 

 

 

 

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Georges Perros

Publié le par riende9?

Je suis né dans une mansarde

d'où l'on entendait le matin

des laitiers qui drelin drelin

réveillaient les biberonneuses.

 

Ici naquit Georges Machin

qui pendant sa vie ne fut rien

et qui continue Il aura

su tromper son monde en donnant

quelques fugitives promesses

mais il lui manquait c'est certain

de quoi faire qu'on le conserve

en boîte d'immortalité.

 

Prendre l'air était son métier.

 

Georges Perros Une vie ordinaire ed Poésie / Gallimard 

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Rien

Publié le par riende9?

             Plus rien même pas la cendre

même pas le souvenir      plus rien

Plus rien sauf cette joie de l'oubli

ce vent de l'oubli qui arrache tout

détruit tout et saccage le reste

Le moment est enfin venu de ne plus espérer

de ne plus attendre de ne plus croire

de ne plus s'imaginer de ne plus trembler

savoir qu'on ne craint plus le vide

que tout est consommé consumé désincarné

que ce qui était n'est plus     plus rien

même plus     rien    même pas le néant

 

Je ne ricane plus je ne souris plus

je ne baisse plus les yeux ni ne les lève

je ne les frotte même plus je ne dors pas

je veille comme une pierre sans son ombre

et je suis transparent comme le temps

je vis comme vivent les nuages et la fumée

je m'efface jusqu'aux dernières traces

 

 

Philippe Soupault   Poèmes à dire Une anthologie de poésie contemporaine francophone ed Poésie / Gallimard  

 

 

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Au souvenir de qui je fus

Publié le par riende9?

Au souvenir de qui je fus, je vois un autre,

Et le passé n'est le présent qu'en la mémoire.

     Qui je fus est un inconnu que j'aime,

     Et qui plus est, en rêve seulement.

De nostalgie blessée mon âme se languit

Non pas de moi-même, ou du passé que je vois,

     Mais de celui que j'habite

     Derrière mes yeux aveugles.

Rien, hormis l'instant, ne sait rien de moi.

Même mon souvenir n'est rien, et je sens bien

      Que celui que je suis et ceux-là que je fus

      Sont rêves différents.

 

Fernando Pessoa je ne suis personne ed Christian Bourgois  

    

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Fernando Pessoa

Publié le par riende9?

Pour être grand, soit entier : rien

     En toi n'exagère ou n'exclus.

Sois tout en chaque chose. Mets tout ce que tu es

     Dans le moindre de tes actes.

Ainsi en chaque lac brille la lune entière

     Pour ce qu'elle vit haut.

 

Fernando Pessoa Odes de Ricardo Reis dans Poèmes païens ed Points

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Guillevic

Publié le par riende9?

C'est vrai

Qu'il y a aussi des étoiles

Et qu'elles sont belles.

 

Que brûler leur donne

En fruit la lumière,

 

Et que rien ne dit

Qu'en leurs feux de pierre

Elles ne sauront rien

 

De nos mains qui grouillent,

De nos mains qui fouillent.

 

Guillevic Terraqué suivi de Exécutoire ed Poésie / Gallimard

 

 

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Raymond Queneau

Publié le par riende9?

 

VIII

 

Ousqu'est mon registre à poèmes

moi qui voulais...

pas de papier pas de plume

plus de poème

me voici en face de rien

de rien du tout

du néant

ah que je me sens métaphysique

sans feu ni chandelle

pour la poétique

 

Raymond Queneau L'instant fatal III

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Le penseur malgré lui

Publié le par riende9?

Comment la nuit peut-elle

tomber d'un coup sur l'océan

sans faire la moindre éclaboussure ?

 

Il ne faut pas perdre son temps avec ceux

qui croient qu'il suffit de se compliquer

la vie pour la rendre intéressante.

 

Il n'est pas nécessaire de partir très loin

pour être ailleurs.

 

Parfois on appelle imprévu un événement

dont on connaissait les causes

sans imaginer qu'elles pouvaient

avoir de telles conséquences.

 

Certains ont l'esprit tellement ouvert

que les idées ne font que passer.

 

Ceux pour qui l'insomnie

est un vrai cauchemar

n'ont qu'à se réveiller pour que ça cesse.

 

L'obsession d'être original

peut faire tomber dans les pires banalités.

 

Quand je prends un plaisir étrange

à m'ennuyer, je me demande

si je m'ennuie vraiment.

 

Qui ne risque rien n'a rien

et celui qui n'a rien ne peut pas

risquer grand chose.

 

Nous sommes tous

des intermittents du bonheur.

 

Grégoire Lacroix Le penseur malgré lui ed cherche midi

 

3 autres articles du même auteur sur ce blog. Pour les retrouver à recherche taper euphorismes. 

 

 

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Ces petits riens

Publié le par riende9?

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